HomeA la uneJOURNEE MONDIALE DE L’EAU : Aller au-delà des slogans

JOURNEE MONDIALE DE L’EAU : Aller au-delà des slogans


Chaque 22 mars, la Journée mondiale de l’eau instituée depuis 1993, revient avec ses promesses d’équité, ses résolutions solennelles et ses indignations recyclées. Plus de trois décennies de commémorations, et pourtant, le contraste ne cesse de se durcir. Pendant que le monde célèbre, une partie de l’humanité continue de lutter, bidon à la main, pour accéder à ce minimum vital que d’autres tiennent pour acquis. Dans sa réalité la plus brute, la question de l’eau touche d’abord les pays en développement. En Afrique, l’accès reste précaire, aggravé par le terrorisme qui sévit au Sahel et qui provoque le déplacement de milliers de personnes, dépeuplant certaines zones rurales et surchargeant des centres urbains déjà fragiles. A cette pression humaine s’ajoutent les effets du changement climatique, avec une raréfaction des ressources, des pluies irrégulières et un épuisement des nappes phréatiques. Au final, des infrastructures vieillissantes, conçues pour une époque révolue, se retrouvent incapables de répondre à une demande croissante, et l’eau manque là où elle était déjà rare. Dans ce contexte, les femmes sont les premières à subir les défaillances du système, puisqu’elles doivent parcourir de plus longues distances, attendre dans des files interminables et faire chaque jour des choix difficiles entre leurs besoins essentiels. On parle d’égalité dans les discours, mais sur le terrain, l’eau continue de distribuer l’injustice sans relâche. Certes, des efforts ont été faits. Des forages ont été réalisés, des réseaux étendus, des politiques élaborées, mais toutes ces avancées peinent à suivre le rythme des crises qui s’accumulent.

 

L’eau n’est pas seulement vitale, elle reflète notre capacité à distribuer justice et équité dans le monde

 

Trop d’ouvrages tombent en panne, trop de systèmes manquent d’entretien, trop de décisions restent déconnectées des réalités locales. En clair, l’intention existe, mais le changement durable, lui, se fait attendre. Et puisqu’un brin d’ironie aide parfois à mieux faire passer le message, allons jusqu’au bout. La femme bwaba de Dara dans la Kossi, puise l’eau au marigot pour préparer le « dolo » (boisson hautement alcoolisée et dangereuse pour la santé), dont raffolent des consommateurs pourtant bien conscients des risques. A quelques centaines de kilomètres de là, la femme peule de Banh refuse de produire du « gappal » (une préparation alimentaire semi-liquide hautement nutritive) sans eau potable. Là où l’une s’adapte, l’autre choisit de dire non. La scène peut prêter à sourire, mais elle révèle l’essentiel. Certains acceptent le risque, d’autres peuvent s’en protéger. Ce n’est pas une question de culture, mais d’accès et de sécurité de l’eau. Dans sa forme la plus simple, l’eau décide qui peut agir et qui ne le peut pas, qui est exposé et qui est protégé. Pour que l’eau devienne un vrai vecteur d’égalité, il ne suffit pas de la célébrer. Il faut repenser les infrastructures, sécuriser les ressources, impliquer les communautés et garantir à chacun un accès réel à ce droit fondamental. L’eau n’est pas seulement vitale, elle reflète notre capacité à distribuer justice et équité dans le monde.

 

Hamadou GADIAGA

 


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