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MANU BERTRAND OWEN KPODA, CHARGE DE MISSIONS, A PROPOS DES CONCOURS PROFESSIONNELS DE LA SANTE ET DE L’EDUCATION

« Même à la NASA, on recrute en procédant par QCM »

Manu Bertrand Owen Kpoda, ce nom ne vous dit pas grand-chose mais il fait partie de l’équipe-projet des différentes réformes entreprises depuis 2018 au sein du ministère de la Fonction publique, du travail et de la protection sociale. Chargé de missions du ministre Séni Mahamoudou Ouédraogo, Manu Bertrand Owen Kpoda, à travers cette interview qu’il nous a accordée dans la matinée du 27 mai 2021, revient sur la question des statuts particuliers, les différentes passerelles de promotion dans les emplois, notamment ceux du métier structurant et l’introduction des QCM dans les concours professionnels de la Santé et de l’Eduction nationale. A vous d’apprécier !

« Le Pays » : Les inscriptions pour les concours professionnels de la Fonction publique sont ouvertes. Quelle appréciation faites-vous du déroulement de cette étape ?

Manu Bertrand Owen Kpoda : Tout se passe bien, contrairement à l’année dernière où on recevait de nombreuses plaintes. La plateforme fonctionne normalement et les difficultés que nous avons connues les années passées, sont derrière nous. Hier (27 mai 2021, ndlr), nous avons enregistré 20 295 candidatures sur la plateforme des concours professionnels. De moins en moins, il y a des plaintes sur les réseaux sociaux, cette année. Il y a des questions de compréhension qui sont enregistrées mais pas de plaintes. On peut donc dire que sur le plan technique, tout se passe bien. Sur le plan des textes, il y a de petits recadrages à faire à cause des statuts particuliers qui viennent d’être adoptés car il y a des subtilités et des interprétations nouvelles à prendre en compte. Mais nous corrigeons autant que possible et nous faisons aussi l’effort d’expliquer.

Cette année, on parle de statuts particuliers qui créent des passerelles. De quoi s’agit- il pour le commun des mortels ?

La passerelle, c’est la possibilité donnée à un agent de changer d’emploi par le biais d’un concours professionnel. C’est simplement cela. Et à l’intérieur, on a donné quelques modalités. Quand un travailleur veut changer d’emploi, on lui demande d’avoir le diplôme que les candidats des concours directs ont pour aller à l’école de formation. Si quelqu’un qui est entré par concours direct avec un diplôme, peut sortir d’une école de formation avec succès, ce n’est pas l’agent de la Fonction publique qui a le même titre s’il part à l’école, qui aura un problème. L’objectif de cette approche, est de faciliter la mobilité des agents dans l’administration et cela permet de régler la situation de ceux qui étaient cloisonnés dans leur emploi. Et tout ceci sous réserve du diplôme demandé et du quota. Le quota est une modalité qui a été adoptée, pour faire en sorte que les titulaires des emplois visés par un tiers, ne soient pas lésés, si d’aventure, ceux qui rentrent devenaient plus méritants ou brillants qu’eux. Ce qu’on peut dire, c’est que la passerelle s’opère sans préjudice des règles de la compétition. Cela voudrait dire qu’on fait le concours ensemble, et c’est à l’admission qu’on regarde. Si ceux qui sont venus par la passerelle sont nombreux, ils ne sauront excéder le 1/3 des admis. Il faut d’abord être plus méritants que les titulaires d’un emploi et même cela, ils ne peuvent pas excéder le quota prévu à cet effet (1/3). Quand certains entendent quota, ils pensent que c’est une part du gâteau qu’on leur donne. Dans un concours où on veut 9 personnes, et que les titulaires sont les 9 premiers, personne ne viendra par la passerelle. A l’inverse, si les 9 premiers viennent par le biais de la passerelle, nous allons juste prendre 3 d’entre eux et reprendre le classement pour compléter les 6 autres postes avec les titulaires admis par ordre de mérite. Je pense qu’il n’y a pas lieu de se plaindre parce que l’administration ne peut pas mieux faire.

« La dérogation permet donc de compenser ce que le statut particulier d’un emploi, n’a pas pu régler »

Le ministre en charge de la Fonction publique a pris un arrêté portant dérogation pour une catégorie d’agents. De quoi s’agit-il ?

C’est un arrêté pris en application du Répertoire interministériel des métiers (RIME) qui avait suggéré, pour les emplois sans perspectives, qu’on ait un amendement au mécanisme des passerelles pour qu’il y ait une mobilité de ces agents. Dans la famille professionnelle des emplois sans perspectives, il n’y a pas une possibilité normale d’évoluer. Ce sont, par exemple, les emplois d’assistant en secrétariat. Il y avait le corps d’attaché de direction de cycle A qui a été retiré. Du coup, les assistants de secrétariat ou les anciens secrétaires de direction, n’ont plus de possibilités d’évoluer dans leur carrière. Mais ceux-ci n’ayant pas été recrutés sur la base d’un diplôme de licence, si vous laissez comme cela, ils ne pourront pas avoir d’opportunités sauf ceux qui seront titulaires d’une licence par leurs propres moyens. Pour ceux qui sont dans les catégories inférieures, à savoir les gardiens, les chauffeurs, les reprographes… si on doit appliquer la passerelle, ils doivent être titulaires au moins d’un diplôme de BEPC. La dérogation vise à dire que pour ces catégories d’agents, le diplôme n’est plus exigé. Quand quelqu’un n’a pas de perspectives, s’il prend part à un concours, la dérogation de quota permet de le considérer comme le titulaire de l’emploi à la condition du mérite. Ceux qui viennent d’ailleurs ont le mérite et ont la limitation du quota qui leur est imposable. Mais ceux qui sont dans les emplois sans perspectives (métier structurant), on leur a fait une dérogation de diplôme et de quota. Il y a aussi les attachés en étude et analyse qui ont des diplômes parce qu’ils sont recrutés sur la base de la licence au minimum, comme c’est la seule modalité pour aller en catégorie supérieure, il a été prévu une dérogation de quota pour eux. Cela voudrait dire que quand ils prennent part à un concours, seul le mérite détermine leurs admissibilités. Le mérite se détermine par le concours. C’est le rang sorti après la composition d’un sujet. La dérogation permet donc de compenser ce que le statut particulier d’un emploi n’a pas pu régler. Cette close du RIME a été activée pour permettre à tout le monde d’avoir un plan de carrière.

Les questions à choix multiples (QCM) remplacent la dissertation ou l’étude de cas dans les examens et concours professionnels de la Santé et de l’Education nationale. Pourquoi ce changement ?

L’année dernière, nous avons implémenté la composition en ligne des concours professionnels. La composition en ligne a une particularité que les sujets poseraient un problème. On a donc adopté les QCM pour répondre à cette difficulté. Nous sommes sur la voie de la généralisation. Comme les concours sont déconcentrés, on préfère aller progressivement. Cette année, on a donc décidé d’étendre les QCM aux sujets de la Santé et de l’Education nationale. C’est juste notre dynamique que nous poursuivons. Sinon, c’est comme les autres concours professionnels qu’on a pu faire avec plus ou moins de critiques. C’est donc un processus que nous sommes en train de dérouler.

« L’Administration se réserve le droit d’utiliser les moyens de recrutement qu’elle souhaite au moins pour l’équité »

D’aucuns estiment que les QCM ne peuvent pas permettre de recruter les meilleurs candidats. Que leur répondez -vous ?

On recrute des gens pour aller les former à l’école. Ils ne sont pas obligés de sortir des écoles. S’ils sortent des écoles, c’est qu’il y a de la compétence. Le QCM est une modalité pour le concours. On aurait pu dire que les concours, c’est 100m plat. L’Administration se réserve le droit d’utiliser les moyens de recrutement qu’elle souhaite tant que l’équité est préservée. Quand vous prenez les QCM, il n y a pas grand-chose à dire par rapport aux sujets classiques où vous avez 3000 candidats pour 100 correcteurs. Si tous les admis sortent chez le même correcteur, même si vous n’êtes pas un gendarme, vous savez qu’il y a un problème. Les QCM ont l’avantage d’avoir une correction objective, surtout que nous les avons automatisés. Ils sont nombreux à penser que cela n’est pas la bonne manière mais nous faisons tous, des formations en ligne. Même à la NASA, on recrute en procédant par QCM. Si vous êtes assis à un concours et que vous ne connaissez rien, vous ne trouverez rien. C’est un mode de recrutement comme tant d’autres mais pour le moment et en raison des moyens qu’on a, nous pensons que cela est en phase avec les objectifs de notre ministère et même des candidats.

Quels sont les avantages des QCM pour les candidats et pour l’Etat ?

Pour l’Etat, c’est que sur le plan organisationnel, cela constitue un avantage. Je donne un exemple. Un sujet au BAC peut être corrigé par un correcteur qui a le BEPC, si nous sommes en mode QCM. Mais dans un sujet classique, il faut trouver quelqu’un qui a du recul et même cela, le caractère subjectif peut faire ses effets. En mathématiques, il faut avoir 39 correcteurs pour arriver à une bonne note. Pour la matière philosophie, on parle d’au moins 70 correcteurs. Alors que pour ces matières-là, nous les faisons corriger au maximum par 2 personnes en mobilisant des moyens énormes et malgré tout, on peut être à côté de la plaque. La mise en œuvre des QCM est plus simple à cause de la réduction des coûts, des délais, la qualité de la correction et la réduction des plaintes des candidats. Nous avons vu des candidats aller à l’AGRE (Agence générale de recrutement de l’Etat) au motif qu’ils veulent voir leurs copies. Mais avec le QCM, c’est la machine qui corrige. Et cela nous épargne des contentieux. Pour les candidats, en tout cas, il nous est revenu que cela leur semble plus simple. Il y a la recherche de l’équité et la possibilité de brasser des thématiques diverses. Quand c’est un sujet à une question et que le candidat ne peut pas répondre à cette question, son concours s’arrête immédiatement. Mais dans des QCM à 60 questions, il y a une variété de thématiques et le candidat répondra aux questions qu’il connaît. C’est le candidat qui aura le maximum de points que nous allons retenir. Les candidats ne feront plus cette préparation lourde car ce sont des questions assez rapides auxquelles tu réponds et tu avances. En sortant aussi de la salle de composition, le candidat sait qu’il a la possibilité d’être admis ou pas.

« L’innovation, c’est que nous allons administrer un seul sujet au cours d’un concours unique par emploi »

Il y a une innovation sur les concours de spécialisation de médecins, pharmaciens, chirurgiens-dentistes. De quoi s’agit –il ?

Pour comprendre la difficulté que nous sommes en train de vouloir régler, il faut remonter aux années passées. On avait une soixantaine de spécialisations. Par conséquent, on organisait 60 épreuves différentes destinées à la même cible qui est constituée de médecins, pharmaciens, chirurgiens-dentistes généralistes. Maintenant, l’innovation, c’est que nous allons administrer un seul sujet au cours d’un concours unique par emploi. Ils seront tous évalués sur la base du même sujet et le choix des options se fera en fonction du mérite. Cela est plus simple. Au lieu d’avoir 60 concours, on a 3 concours. On fait le classement et par ordre de mérite, les candidats choisissent chacun son option jusqu’à épuisement des options. Le sujet sera en QCM. On aura donc la possibilité de composer un sujet complexe et l’administrer. Celui qui sort du lot, nous n’aurons pas de doute qu’il peut suivre n’importe quelle formation liée au 60 concours d’alors. Cette façon de procéder permet de traiter tout le monde sur un pied d’égalité.

Y-a-t-il des mesures prises cette année pour renforcer la transparence et l’équité pendant les concours de la Fonction publique ?

La généralisation des QCM fait partie des mesures de transparence. C’est un signal fort car on n’aura plus besoin de correcteurs. Il y a l’automatisation de la correction et la composition en ligne qui sont aussi des mesures. Les candidats aux concours professionnels, pourront voir leurs notes avant de sortir de la salle de composition pour ceux qui composent en ligne. Il y a d’autres grandes innovations derrières les QCM, qu’on ne peut pas dévoiler. Avec ces innovations, nous ne recherchons que la transparence et l’équité. Travailler en sorte de donner du crédit aux concours de la Fonction publique. Il y a toujours eu des suspicions sur les acteurs qui organisent les concours. On communique pour que tout le monde puisse nous surveiller. Et permettre à la presse et aux candidats, de donner leurs avis. C’est cela notre objectif, la recherche de la transparence et l’équité. La réduction des coûts qui est une nécessité, viendra compléter la vision qui est de permettre aux fonctionnaires et aux sans-emplois, même quand ils ne sont pas admis à un concours, de dire que le dispositif est bon mais c’est eux qui ne sont pas à la hauteur.

« Le nombre de personnes à recruter, que cela soit en concours professionnel ou direct, va baisser »

Bien des Burkinabè pensent que vous avez réduit les postes aux concours directs dans le but et ce, par des voies détournées, de recruter des proches. Quel est votre commentaire ?

Le nombre de postes correspond à des besoins exprimés. Les besoins exprimés obéissent à la question de la rationalisation. Il y a des exercices qui sont faits pour savoir si on a véritablement besoin du nombre de personnes recrutées. Naturellement, le nombre de personnes à recruter, que cela soit en concours professionnel ou direct, va baisser. Mais il y a des ministères qui ont des autorisations de recrutement qu’on appelle mesure nouvelle spéciale. C’est pour recruter directement des agents déjà formés pour l’emploi, notamment à la Santé et à l’Education nationale pour compenser leurs besoins immédiats. Cette modalité de recrutement se fait sur concours. Mais il y a des emplois où le volume de personnes qui pourraient prendre part par rapport au nombre de personnes à recruter, poserait problème. On a donc aussi une autre modalité qui est la sélection sur dossier. Cette modalité existe dans le décret portant organisation des concours. Si on veut recruter un pilote, on ne peut pas le soumettre à un écrit. On prend son diplôme, on organise un entretien avec lui, si cela est concluant, on l’embauche. La sélection sur dossier est une variante du concours. Ce sont des modalités qui obéissent à des procédures simples. Mais cette modalité de recrutement est encadrée pour recruter dans certains emplois précis, notamment les chauffeurs et les agents de liaison par exemple.

Propos recueillis par Boureima KNDO

 

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