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MARIAM DAO GABALA, PRESIDENTE DU COMITE DE NORMALISATION, A PROPOS DES CANDIDATS A LA PRESIDENCE DE LA FIF


Sénatrice de la République de Côte d’Ivoire, Mariam Dao Gabala, puisque c’est d’elle qu’il s’agit, a passé sa carrière dans le développement et la finance et est reconnue comme une personnalité qui redresse les entreprises en difficulté. Elle est aussi très active dans le monde de la société civile pour avoir dirigé des organisations dont la Coalition des femmes leaders de Côte d’Ivoire. Pour de nombreux observateurs avertis du football ivoirien, le choix porté par l’instance internationale du football sur cette dame, pour diriger la transition d’un football ivoirien en crise, n’est pas fortuit. En effet, c’est le 21 janvier 2021 qu’elle a été installée à la présidence du Comité de normalisation de la Fédération ivoirienne de football (CONOR-FIF). Invitée à Ouagadougou par la Fédération burkinabè de football (FBF) dans le cadre des finales de la Coupe du Faso Dames et Hommes jouées les samedi 19 et dimanche 20 juin 2021, nous avons saisi l’opportunité pour échanger avec elle sur la situation actuelle du football en Côte d’Ivoire. Sans détour, Mariam Dao Gabala s’est prononcée sur différents sujets, juste quelques heures avant son retour sur Abidjan le lundi 21 juin 2021.

 

Le Pays : Présente à Ouagadougou suite à une invitation de la FBF pour suivre les finales de la Coupe du Faso Dames et Hommes, comment avez-vous vécu ces rencontres et votre appréciation sur le partenariat entre les deux fédérations ?

 

Mariam Dao Gabala : J’ai pris un très grand plaisir à suivre la finale des dames et trouvé qu’elle est beaucoup plus gracieuse. Nous avons vu des talents purs qu’on voit émerger. Pour dire que la technique n’a pas submergé les talents. Au niveau des hommes, nous avons eu droit à un beau match avec des équipes qui se valent. L’ASFB me semble avoir été tétanisée et cela a fait que son jeu n’a pas été aussi précis et construit comme on pouvait l’espérer. Mais, il faut dire que l’ASFA-Y a mérité sa victoire. J’aimerais relever que pour cette finale, il y avait une dame dans le trio arbitral ivoirien. Juste pour dire que nous avons fait comme cela se passe en Côte d’Ivoire. Je saisis l’occasion pour féliciter le quatuor d’arbitres qui a réussi à apaiser le jeu. Pour ce qui est du partenariat entre nos deux instances, il faut le maintenir et après la finale des hommes, je disais au président de la FBF que nous devons penser à créer une coupe de la Fraternité. Et elle pourrait être jouée entre les clubs champions du Burkina et de la Côte d’Ivoire et alterner entre les deux pays pour abriter les oppositions. Cela va encore redonner aux uns et aux autres, le goût du football et nous allons y travailler pour voir si, d’ici le mois d’août ou septembre, nous pouvons matérialiser cette idée.                

 

Comment le choix de présider aux destinées du Comité de normalisation de la FIF, a-t-il été porté sur votre personne alors que vous nous disiez, dans la présentation, n’avoir aucun passé avec le milieu du sport a fortiori celui du football ?

 

J’ai posé cette question à Veron Mosengo-Omba (NDLR : il était alors, directeur de la division Associations membres de la FIFA), secrétaire général de la CAF et il m’a répondu que la FIFA a un réseau plus dense que celui de l’ONU. Mais, je ne sais pas comment mon nom est arrivé à la FIFA. Un jeudi, en fin de matinée, j’ai été contactée au téléphone par Veron alors qu’il était arrivé à Abidjan la veille, soit le mercredi et il m’a dit que la délégation de la FIFA aimerait me rencontrer dans l’après-midi puisqu’elle repartait le même jour dans la soirée. A ce rendez-vous, nous avons discuté pendant environ un quart d’heure et il m’a dit, « Madame, nous sommes venus de la Suisse pour vous proposer de diriger le Comité de normalisation ». Mais à l’analyse, je pense que cela est lié à mon passé dans la société civile et professionnel. Dans la société civile, j’ai été et je suis toujours une personne qui prône la paix à travers les organisations que j’ai dirigées, notamment la Coalition des femmes leaders de Côte d’Ivoire. Au niveau professionnel, on me reconnaît comme une personne qui redresse les entreprises en difficulté. Je pense que ce sont ces deux éléments qui ont pesé dans le choix de ma personne.

 

Comment se porte aujourd’hui le football ivoirien sous la normalisation ?

 

Le football ivoirien est revenu sur pieds. Nous sommes arrivés au CONOR-FIF qui est composé de quatre personnes dont deux femmes et deux hommes, où il y a trois juristes et un financier en ma personne tout en étant pratiquement tous des néophytes. Venant du secteur privé, je me suis dit que la FIF est une usine à tourner le ballon. Dès lors, la première des choses était de faire en sorte que le ballon tourne. Cela était important puisque nous nous sommes rendu compte qu’après plus d’un an d’arrêt, le secteur du football ivoirien était en paupérisation croissante. Il n’y avait plus de flux financier qui circulait, les joueurs n’étaient plus payés puisqu’ils ne jouaient pas. C’est ainsi que nous avons mis le ballon au centre en commençant par la première division puisqu’il fallait que nous connaissions nos deux représentants en compétitions africaines interclubs au plus tard le 30 juin 2021. Et nous avons pris le pari de relancer ce championnat national en trois mois, alors que les gens estimaient que ce n’était pas possible puisque cela n’a jamais été fait. Mais, nous y sommes parvenus à travers une formule particulière et nous connaîtrons le champion et le vice-champion le 27 juin prochain. Un peu plus tard, nous avons entamé le championnat de la ligue 2 et celui du foot féminin a aussitôt démarré. Je dirais que le football ivoirien est à nouveau debout et on avance.

 

 

« Ce n’est pas parce que les fédérations de football ont, en majorité, les subventions de l’Etat, qu’elles ne devraient pas être gérées comme les entreprises privées »

 

 

Six mois après votre installation, qu’est-ce qui, selon vous, explique qu’il y a eu crise au sein du football ivoirien pour qu’on en arrive à la normalisation ?

 

En prenant du recul, je pense qu’il y a deux problématiques. Mais, lorsque je regarde ce qui se passe à la FIF, j’essaie de l’étendre aux Fédérations africaines et je pense qu’elles devraient accepter de sortir de l’informel pour entrer dans le formel, dans un mode de gouvernance qui aura pour avantage de mieux valoriser le football africain. La majorité des fédérations sont des associations et on pense que lorsqu’il s’agit d’une association, il n’y a pas besoin de gouvernance, de la gérer comme une entreprise privée et finalement, on reste dans l’informel. Pour le cas de la Côte d’Ivoire, c’est ce tournant que la FIF n’a pas pris. Elle est une association mais elle doit accepter d’être gérée comme une entreprise, pas comme une association. La FIF a eu la bonne idée d’avoir un directeur exécutif, mais à mon avis, il ne doit pas être un fonctionnaire, mais une personne qui vient du privé et qui peut amener cette machine qu’est la FIF à déployer le maximum de ses qualités, à mieux s’organiser pour offrir un football performant. Ce n’est pas parce que les fédérations de football ont, en majorité, les subventions de l’Etat, qu’elles ne devraient pas être gérées comme les entreprises privées. La preuve, nos Etats commencent à adopter une gouvernance axée sur les résultats, de style privé. Je suis d’autant plus à l’aise pour en parler, que j’ai passé plus de vingt ans dans ma carrière à travailler dans le développement et je me suis rendu compte que c’est parce que c’est le développement qu’on avait besoin d’une gouvernance de qualité pour que l’impact soit beaucoup plus important. J’ai relevé, dans le deuxième point, que par rapport aux fédérations européennes, les fédérations africaines ont une délégation de pouvoir de l’Etat dans la formation et l’emploi des jeunes. L’Etat ne donne pas des subventions, juste parce que c’est le football, mais il délègue à la fédération, sa fonction de formation et d’emploi des jeunes. Quand on est conscient de cela, toutes les actions que nous allons mener vont être orientées vers des résultats concrets aussi bien dans la formation que dans l’emploi des jeunes. Au-delà de ces problématiques, il faut relever que la crise à la FIF a été liée aux élections, mais lorsque nous sommes arrivés, nous n’avons pas senti une vision qui pouvait fédérer toutes les associations ni les acteurs, sauf des personnes qui ne voulaient qu’être candidates. Tant que cette vision fédératrice ne sera pas développée, on va rester dans des batailles de personnes. La crise est aussi survenue du fait de la mauvaise interprétation des textes, notamment en ce qui concerne les parrainages. La nature a horreur du vide et dès qu’il y a un vide juridique, on fait vite de s’y engouffrer pour ses propres intérêts. Mais, nous travaillons sur les statuts et le règlement intérieur et sur le Code électoral pour d’abord les mettre en conformité avec ceux de la FIFA. Et y intégrer quelque chose qui va permettre au football d’évoluer et d’avoir de l’impact.

 

Pensez-vous que le Comité de normalisation va pouvoir respecter le calendrier électoral ?

 

Dans le calendrier électoral que nous avons établi, nous allons avoir une assemblée générale au mois d’octobre 2021 pour réviser les textes et l’assemblée générale élective un mois après, c’est-à-dire en novembre. Notre souhait est que tout se passe bien et que la FIF retourne à sa normalité. Notre mission, au CONOR-FIF, est d’amorcer une transformation structurelle de la fédération pour que le Comité exécutif qui vient, puisse avoir des bases saines de travail et continue les transformations. Je pense que nous allons respecter les délais et tout dépend, pour les clubs, de nous les faire tenir et ne pas faire traîner les discussions.

 

Où en est-on avec l’audit sur la gestion de la FIF, que vous avez initié au lendemain de votre arrivée ? Puisque des informations nous font savoir qu’il y a de fortes sommes d’argent qui n’arrivent pas à être justifiées.

 

L’audit se déroule bien. Nous venons de recevoir les premières conclusions et nous avons fait une séance de débriefing avec le cabinet en charge de l’audit. Il faut que les uns et les autres sachent que ce n’est pas l’audit de la gestion précédente de la FIF et cela, pour deux raisons. Cette gestion précédente a reçu le quitus, même si c’est sur le fil. Donc, on n’a pas besoin de repartir dessus. C’est un audit pour faire l’état des lieux afin de savoir ce qui est bon et ce qui ne l’est pas pour qu’au moment où nous allons partir, on puisse dire ce que nous avons trouvé et ce que nous laissons. Je dis souvent que c’est d’abord les clubs qui sont intéressés par cet audit, de même que l’Etat de Côte d’Ivoire. C’est aux clubs et à l’Etat que nous allons rendre compte et c’est à eux d’en faire ce qu’ils veulent. Je trouve que dans le milieu du football, on y va très vite pour indexer l’un ou l’autre. On n’oublie que ce sont tous des pères de famille et nous devons avoir de la tempérance quand on parle des autres. Avoir de la tempérance ne veut pas dire de ne pas reconnaître les défauts, les erreurs ou ne pas aller en justice, mais c’est de respecter celui qui est en face et utiliser le canal qu’il faut pour que le droit soit dit. Malgré tout ce qui se dit, nous travaillons avec l’équipe qui est en place et je me rappelle que les clubs disaient que nous ne pouvions pas travailler avec telle ou telle personne parce qu’elle était affichée. Si elle a la compétence, nous travaillons avec cette personne jusqu’à ce qu’elle veuille saboter notre travail. Nous n’avons changé que le directeur exécutif parce qu’il avait été trop impliqué dans la crise en outrepassant les attributs de sa fonction alors qu’il ne doit pas prendre partie dans un débat qui concerne le Conseil d’administration.

 

« Nous ne sommes pas là pour installer qui que ce soit et notre souhait, c’est de mettre balle à terre pour aller à des élections apaisées et qui sont ouvertes »

 

Au soir de votre installation à la présidence du CONOR-FIF, des informations révèlent que le choix porté par la FIFA sur votre personne, a pour objectif de préparer l’élection, à la présidence de la FIF, de Didier Drogba qui, dit-on, est soutenu par l’instance internationale. Qu’en dites-vous ?

 

Le travail que nous sommes en train de faire est presque bénévole et cela veut dire qu’on y vient pour le football ivoirien. Pour qui connaît la qualité des membres du CONOR-FIF et moi personnellement, je ne vois pas une personne me donner une mission pour redresser quelque chose et dire derrière, « viens installer quelqu’un ». Si c’était le cas, j’aurais été la première à démissionner. La preuve, toute ma carrière dans la société civile milite pour croire que je ne suis pas une personne qu’on peut facilement manipuler. Je pense que toute cette rumeur vient de deux choses. La première, c’est que Didier Drogba a été écarté des élections et cela se sentait bien que c’était une manipulation des statuts, et des gens voient en cela, une revanche pour qu’il soit candidat. Et qu’on le veuille ou non, Didier Drogba est une des légendes les plus populaires du football ivoirien et il y a toute cette émotion qui tourne autour de l’homme. Ce qui fait penser qu’on nous a demandé de venir l’installer. Mais, nous avons fait en sorte de ramener les trois acteurs de la crise en leur disant que pour le bien de la Côte d’Ivoire et du football ivoirien, faites taire les tensions qu’il y a entre vous. Je dis bien les acteurs de la crise parce qu’ils sont nombreux à parler des candidats alors qu’il n’y a pas encore de candidat puisque les appels à candidature ne sont pas encore lancés. Que ce soit Sory Diabaté, Yacine Idriss Diallo, ils ont tous une légitimité à vouloir diriger la FIF pour avoir consacré une partie de leur vie au football de même que Didier Drogba qui y a consacré toute sa vie. Maintenant, cette légitimité doit être confirmée par les clubs à travers l’élection de celui qu’ils pensent être le mieux pour diriger la FIF. Nous ne sommes pas là pour installer qui que ce soit et notre souhait, c’est de mettre balle à terre pour aller à des élections apaisées et qui sont ouvertes. Je peux vous affirmer qu’il n’y a pas que trois candidats et je pense qu’il y en aura cinq. Un ancien candidat nous a écrit pour dire : « je ne me suis pas désisté et lorsque vous parlez de candidats, ne m’éloignez pas ». Il y a un autre président de club qui dit être candidat, mais n’a pas encore fait acte de candidature.

 

Que pensez-vous alors de ce consensus autour de cette élection dont ont parlé les présidents de la FIFA, Gianni Infantino et de la CAF, Patrice Motsepe, lors de leur dernier séjour à Abidjan ?

 

Je me rappelle que le président Patrice Motsepe a demandé qu’on amène les trois candidats à se parler ensemble, d’apaiser le secteur et d’aller aux élections. Ce n’était pas un consensus autour d’un candidat. Apaiser le secteur veut dire qu’en plus de la mission des élections, on vous confie une mission de médiation, d’apaisement et de négociation. On ne fera pas de consensus obligatoire et je pense qu’il faut laisser les candidats se présenter. Dans toutes les élections, même présidentielles, le consensus se fait, mais après un premier tour et il doit être naturel.

 

Au sortir de cette transition, Mariam Dao Gabala pourrait-elle avoir, un jour, des ambitions pour revenir briguer un mandat à la FIF ou serait-elle prête à rester dans cet environnement du football si le prochain président lui demandait d’être une collaboratrice ?

 

Je n’ai aucune ambition pour diriger la FIF où il y a beaucoup de travail, de rudesse. Si un candidat élu me demandait de l’aider dans sa tâche, je dirai pourquoi pas, mais pas au quotidien comme nous sommes en train de le faire. Pour l’instant, le virus du foot ne m’a encore happée.

 

« L’avenir du football réside dans le football féminin tout simplement parce qu’il y a beaucoup de choses à construire »

 

Qu’est-ce que vous auriez aimé dire que nous n’avons pas pu aborder ?

 

Je dirais simplement que c’est une mission exaltante, de redressement dans l’espoir d’avoir une fédération forte de sorte que, quels que soient les hommes qui viennent, la fédération reste une institution forte. Dans ce sens, je voudrais encourager toutes les fédérations africaines de football à bâtir une structure solide qui ira au-delà du président parce qu’elle va être celle qui accompagnera nos Etats dans la formation et le développement du football. L’avenir du football réside dans le football féminin tout simplement parce qu’il y a beaucoup de choses à construire. Au niveau où on est arrivé dans le foot masculin, c’est le moment de relancer la dynamique du football féminin. D’ailleurs, nous avons bien commencé en Côte d’Ivoire mais mieux, il y a une mixité des arbitres lors des matchs, où les dames se comportent bien.

 

Propos recueillis par Antoine BATTIONO

 

Mariam Dao Gabala et son passé en sport

 

Lorsque nous avons demandé à la présidente du Comité de normalisation de la FIF, si elle avait un passé avec le monde du sport, voici ce que Mariam Dao Gabala a dit :

 

« Pas du tout puisque je n’y connaissais pas grand-chose. Mon passé, dans le foot, se résumait à avoir organisé pour le ministère des Sports, il y a quelques années, les états généraux du sport. Ma première entrée dans un stade, c’était lors de l’arrivée de Diego Maradona en Côte d’Ivoire alors que j’étais étudiante et avec des amies, nous nous sommes dit pourquoi ne pas aller suivre son match. Quand j’ai remis ensuite les pieds dans un stade, c’était lors de la finale de la CAN 2006 perdue par la Côte d’Ivoire devant l’Egypte au Caire. Mais, j’ai quand même cinq garçons et les dimanches, ma maison vibrait pour le sport ».

 

Propos recueillis par A.B


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