NOUVELLES TENSIONS ENTRE L’ERYTHREE ET L’ETHIOPIE : L’Afrique n’a pas besoin d’un autre conflit
Se dirige-t-on vers une nouvelle guerre dans le Tigré? En tout cas, c’est ce que redoutent les populations de cette région de l’Ethiopie qui, on se souvient, avait déjà basculé dans le chaos entre 2020 et 2022, lors du conflit qui avait opposé, à l’époque, l’armée fédérale éthiopienne et le Front de libération du peuple du Tigré (TPLF). Que se passe-t-il au juste dans cette région? En fait, il se trouve des rebelles regroupés au sein du TPLF, qui disent lutter pour l’indépendance de cette région vis-à-vis de l’Etat fédéral d’Ethiopie. Et dans ce bras de fer avec le gouvernement fédéral, l’Erythrée, pays voisin qui a pris son indépendance de l’Ethiopie, en 1993, est régulièrement accusée de souffler sur les braises en apportant son soutien aux rebelles contre l’Etat fédéral.
Il faut éteindre rapidement le feu avant qu’il ne s’embrase
Et ce sont justement ces velléités d’indépendance et d’affirmation de soi qui ont, entre autres, conduit à l’éclatement d’un conflit ouvert en 2020 et qui a duré jusqu’en 2022. Aujourd’hui, le spectre d’un nouveau conflit plane plus que jamais sur cette partie de ce pays de la Corne de l’Afrique. Pour cause, de nouvelles tensions ont éclaté entre le gouvernement fédéral et les dirigeants politico-militaires du TPLF. En effet, depuis les violents affrontements qui ont eu lieu entre les deux parties, il y a une dizaine de jours, les deux belligérants s’accusent mutuellement de préparer une nouvelle guerre dans la région. Une situation inédite qui ne s’était plus produite depuis le dernier conflit qui a été maîtrisé en novembre 2022, en partie grâce à l’accord de Pretoria. On craint donc que les vieux démons de la guerre ne se réveillent de leur sommeil et ne plongent à nouveau le Tigré dans l’abîme. Que devient alors l’accord de Pretoria qui avait convaincu les différents protagonistes de la nécessité de s’asseoir autour d’une même table et de fumer le calumet de la paix? Cet accord aurait-il déjà volé en éclats? Hélas, on a des raisons de le craindre face à cette montée de tensions entre les protagonistes qui ne se font plus visiblement confiance. Et avec les récents affrontements qui ont éclaté entre les deux parties à la fin du mois de janvier, faisant près de 1 300 morts parmi les soldats, selon Addis-Abeba, on craint le pire dans cette région qui n’a pas encore fini de panser les plaies provoquées par le dernier conflit. La situation est si préoccupante qu’elle a obligé l’Organisation des Nations unies (ONU) à sortir de son silence. En effet, elle a affirmé que de l’artillerie et d’autres armes puissantes avaient été utilisées par les deux camps. Face à la recrudescence des tensions, le Haut-commissaire de l’ONU aux droits de l’Homme a vite appelé les belligérants à «prendre des mesures urgentes en faveur d’une désescalade». Même si elle n’est pas certaine d’être écoutée par les protagonistes, cette sortie de l’organisation onusienne est à saluer. En effet, elle a le mérite de prôner l’apaisement entre les deux parties. Et c’est tout ce qui doit prévaloir aujourd’hui, au dessus de toute autre considération. Il faut éteindre rapidement le feu avant qu’il ne s’embrase. Pour cela, les belligérants doivent privilégier le dialogue pour éviter le chaos.
Le continent africain est suffisamment surchauffé qu’il n’a plus besoin d’un autre foyer de tensions
Ainsi, le concours des acteurs qui avaient déjà travaillé à la concrétisation de l’accord de Pretoria ayant mis fin aux hostilités dans cette région en 2022, sera, une fois de plus, nécessaire. Il faut tout faire pour éviter que cette fichue guerre ne reprenne dans le Tigré. Parce que, comme toujours, ce sont les pauvres populations civiles qui en paieront le prix fort. Avec ce début d’escalade, les Tigréens en ressentent déjà les effets. En effet, ces populations sont confrontées à une pénurie d’argent liquide et devront également faire face à l’inflation galopante qui sévit déjà dans la région. Il faut impérativement éviter cette guerre. Parce qu’une guerre, on sait quand elle commence, mais on ne sait jamais quand elle prend fin. Elle cause surtout d’énormes dégâts et fauche de précieuses vies. En vérité, l’Afrique a suffisamment souffert des guerres, qu’elle n’en a plus besoin. Du Soudan, avec les Forces armées soudanaises (FAS) confrontées aux paramilitaires des Forces de soutien rapide (FSR) de Hemedti, à la République démocratique du Congo (RDC) où les Forces armées républicaines font face aux rebelles du M23, en passant par le Nigeria confronté à l’insurrection de Boko Haram, sans oublier les pays du Sahel attaqués par les groupes armés terroristes, le continent africain est suffisamment surchauffé qu’il n’a plus besoin d’un autre foyer de tensions. Enough is enough!
«Le Pays»
