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 OUSMANE SONKO INCULPE ET LIBERE SOUS CONTROLE JUDICIAIRE

Le juge a-t-il privilégié la paix sociale ?

Les choses semblent aller vite pour l’opposant sénégalais Ousmane Sonko. En effet, arrêté le 3 mars dernier pour « troubles à l’ordre public et participation à une manifestation non autorisée », il a vu le régime de garde-à-vue sous lequel il était placé, levé. Et présenté dans la foulée au juge d’instruction, il a été inculpé et remis en liberté sous contrôle judiciaire pour les faits présumés de viol dont on l’accuse. En prenant une telle décision, le juge a-t-il privilégié la paix sociale au détriment du droit ? On ne saurait y répondre. Toujours est-il que cette décision de justice pourrait contribuer, un tant soit peu, à décrisper l’atmosphère sociopolitique pour le moins surchauffée depuis l’arrestation du patron du Parti sénégalais pour le travail, l’éthique et la fraternité (PASTEF). La situation pouvait davantage dégénérer si, en lieu et place d’une inculpation sous contrôle judiciaire, le doyen des juges d’instruction s’avisait de décerner un mandat de dépôt contre Ousmane Sonko. Certes, d’aucuns diront que la décision du juge lui a été dictée par la rue. Mais peu importe si cela peut contribuer à apaiser le climat social au Sénégal où les violences de ces derniers jours ont laissé officiellement huit  morts sur le carreau.  En tout cas, au nom de la paix et de la cohésion sociales, aucun sacrifice n’est de trop. C’est tant mieux donc si les différents appels au calme et à la retenue semblent avoir été entendus. Car, à l’allure où allaient les choses, le régime même de Macky Sall pouvait s’en trouver ébranlé.

 

Force doit rester à la loi

 

Surtout que le mouvement de contestation né de l’arrestation du natif de Thiès, prenait de l’ampleur si fait qu’au-delà de l’affaire de mœurs dont il est question, se greffaient désormais des revendications sociales et économiques et ce, dans un contexte de crise sanitaire. Cela dit, l’affaire Ousmane Sonko  risque de créer un fâcheux précédent au Sénégal. Car, tout se passe comme si désormais, l’on ne doit plus toucher au cheveu d’un homme politique sans que l’on ne crie à l’acharnement ou au complot politique et ce, même si celui-ci se rend coupable de faits répréhensibles. On l’a déjà vu avec les cas de Karim Wade et Khalifa Sall, dont la condamnation pour détournements de deniers publics, avait aussi provoqué une levée de boucliers. Certes, le président Macky Sall, comme on l’en accuse, travaille depuis peu à faire le vide autour de lui en cherchant des noises à tous ses adversaires capables de lui tailler des croupières. Mais faut-il pour autant donner le bon Dieu sans confession à Ousmane Sonko que l’on accuse de viol ? Assurément, non ! C’est pourquoi force doit rester à la loi. Si, à l’issue de l’enquête en cours, Ousmane Sonko est reconnu coupable, qu’il soit puni conformément à la loi. S’il s’avère qu’il s’agit d’une cabale montée de toutes pièces contre sa personne aux fins de nuire à sa carrière politique, qu’il soit purement et simplement relaxé. C’est ainsi que doit fonctionner un Etat de droit digne de ce nom.

 

B.O

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