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PLAN D’ACTION DU PREMIER MINISTRE MALIEN DE LA TRANSITION

Vers un glissement du calendrier électoral ?

Le Premier ministre malien de la Transition, Choguel Maïga, était devant les membres du Conseil national de transition (CNT), le 30 juillet dernier. Et pour cause. Il y est allé pour présenter aux parlementaires, le plan d’action du gouvernement lors d’une session extraordinaire. Le chef du gouvernement, dans son propos, a insisté sur 4 axes. Le premier est le renforcement de la sécurité, notamment la lutte contre le terrorisme et le banditisme. A ce sujet, il s’est engagé à mettre « tous les moyens matériels et humains nécessaires» à la disposition des Forces de défense et de sécurité (FDS). Dans la foulée, il a évoqué une relecture de l’accord de paix d’Alger. Cette relecture, il la veut « intelligente et consensuelle » afin d’en favoriser « une appropriation collective ». Le deuxième axe de son grand oral est en lien avec les réformes politiques et institutionnelles. L’objectif, selon lui, est de rendre les institutions « plus fortes et plus légitimes ».  Le troisième axe est l’organisation des élections générales, présidentielle et législatives. Il faut ajouter, et cela vaut son pesant d’or au Mali, que Choguel Maïga a assuré qu’il entend respecter les délais temporels de la Transition,  c’est-à-dire  février 2022 prochain.

 

On peut se demander si un gouvernement de transition a pour vocation de résoudre tous les mega-problèmes

 

Le quatrième et dernier axe de son exposé est la promotion de la bonne gouvernance et l’adoption d’un pacte de stabilité sociale à l’effet de restaurer la confiance de tous lors des compétitions électorales. De manière générale, l’on peut faire le constat qu’en dehors de la relecture annoncée de l’accord de paix d’Alger qui fait déjà l’objet de réticences de la part des ex-rebelles de la CMA (Coordination des mouvements de l’AZAWAD), tous les autres projets annoncés semblent en phase avec les intérêts supérieurs du pays. L’on peut même affirmer, sans grand risque de se tromper, que leur réalisation est  un prérequis pour positionner le Mali sur la voie de la sécurité, de la paix, de la démocratie et du développement. Après les nombreux tourments que le pays a connus depuis son indépendance en effet, l’on peut dire que le Premier ministre a posé le bon diagnostic pour guérir le Mali des maux qui l’assaillent depuis toujours. L’on peut citer, entre autres, la corruption endémique                et presqu’institutionnelle qui ronge le pays, les élections simulées et la pauvreté généralisée des populations. De ce point de vue, l’on ne peut jeter la pierre à Choguel Maïga d’avoir présenté, dans son premier grand oral, le Mali dans sa nudité. Mais l’on peut se poser des questions quant à la capacité du gouvernement de la Transition, à conduire à leur terme, les projets annoncés. D’ailleurs, l’on peut se demander si un gouvernement de transition a pour vocation de résoudre tous les mega-problèmes auxquels un pays est confronté sans courir le risque de tomber dans la démagogie ou encore dans la diversion.

 

  Ce qui urge au Mali, c’est la bonne tenue des élections et les questions sécuritaires

 

En  tout cas, dans le cas d’espèce, des partis de l’opposition et non des moindres, soupçonnent le gouvernement de Transition de se cacher derrière les projets pharaoniques et mirobolants annoncés pour, in fine, aller vers un glissement du calendrier électoral.  Cette question, l’on peut, en effet, se la poser pour plusieurs raisons. La première est qu’il est difficile d’accorder le moindre crédit à des putschistes assoiffés de pouvoir au point qu’ils détiennent le record mondial d’avoir organisé deux coups d’Etat en un an. La deuxième raison est que la meilleure manière de berner un peuple en Afrique, est de lui vendre des chimères. L’on peut, en effet, avoir l’impression que Choguel Maïga est dans ce registre et dans cette posture. Il est vrai que l’Etat est une continuité. Il est vrai également que Choguel Maïga n’a pas fait mystère de la volonté du gouvernement de tenir son engagement quant au respect des délais électoraux. Mais le plan d’action présenté devant les membres du Conseil national de transition, est si ambitieux voire idyllique que l’on peut être sceptique quant à sa réalisation, même pour un mandat de cinq ans. La bonne démarche eût été de présenter aux Maliens et aux Maliennes, un plan d’action réaliste et réalisable qui prenne en compte les priorités de l’heure. Et l’on n’a nullement besoin de salamalecs pour savoir que ce qui urge au Mali, c’est la bonne tenue des élections et les questions sécuritaires. En tout cas, envisager, par exemple, la relecture de l’accord de paix, c’est prendre le risque d’ouvrir la boîte de Pandore pour le Mali. Du reste, c’est le terme employé par les ex-rebelles de la CMA. Et l’on peut dire qu’ils n’ont pas tort. En tout cas, un gouvernement de Transition ne peut pas s’offrir le luxe de s’engager sur plusieurs fronts. Et puis, réforme pour réforme, l’on peut suggérer aux autorités de la Transition de réformer l’année malienne de sorte à la guérir de sa propension maladive à sortir de ses casernes pour faire irruption sur  la scène politique sous le prétexte facile et fallacieux selon lequel c’est elle qui peut redresser les torts du pays. Et l’on peut dire que les putschistes de Kati sont dans ce cas de figure.

 

« Le Pays »

 

 

 

 

 

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