A la uneDialogue intérieur

POLEMIQUE AUTOUR DU LIEU D’ENTERREMENT DE HISSENE HABRE

Même mort, l’ex-dictateur continue de diviser

La dépouille mortelle de l’ex-dictateur tchadien, Hissène Habré, alimente la polémique, à tel point que l’on peut se demander légitimement où il sera inhumé.  En effet, c’est à une véritable passe d’armes que l’on assiste entre les autorités de la Transition au Tchad et la famille du défunt quant au lieu probable d’inhumation de l’ancien pensionnaire de la prison du Cap Manuel.  En effet, le pouvoir tchadien se dit favorable au rapatriement du corps de l’ancien chef de l’Etat mais se refuse à lui  organiser des obsèques officielles. Cette attitude de Mahamat Idriss Deby, le numéro un de la Transition,  qui a refusé de racheter la vieille bagarre de son défunt père et qui a présenté, malgré tout,  ses « sincères condoléances à sa famille et au peuple tchadien»,  semble donner de l’urticaire à la famille de Hissène Habré qui, par la voix de son avocat, a fait comprendre au régime tchadien qu’elle ne lui demande rien. La première épouse du tortionnaire conditionne même  le rapatriement de la dépouille mortelle de son mari à une réhabilitation politique de ce dernier. Si l’on peut saluer l’attitude de l’Exécutif tchadien qui fait preuve de hauteur d’esprit en ne refusant pas le retour de la dépouille de l’ancien chef de l’Etat pour reposer sur la terre de ses ancêtres, l’on imagine difficilement comment il peut accéder à la requête formulée par sa famille.

 

Il est illusoire  de demander au pouvoir tchadien, de fermer les yeux sur un passé aussi sulfureux

 

 

Car, l’ancien dictateur qui a dirigé le Tchad de 1982 à 1990, faut-il le rappeler,  est présenté comme l’un des dirigeants les plus sanguinaires de l’histoire de l’humanité et a été, de ce fait, condamné pour crimes de guerre et crimes contre l’humanité par les Chambres africaines extraordinaires. L’homme était aussi sous le coup d’une condamnation par la Justice tchadienne. Il est donc tout à fait illusoire  de demander au pouvoir tchadien, de fermer les yeux sur un passé aussi sulfureux pour dérouler le tapis rouge au corps, même sans vie,  de celui qui aurait été à l’origine du massacre de près de 4 000 de ses propres concitoyens et qui n’a manifesté, lors de son procès, aucun remord. Bien au contraire, le vieil homme est resté dans le déni total et n’a pas daigné même demandé pardon au peuple tchadien et ce, jusqu’à ce que la mort l’emporte. Il y a donc fort à parier que les quelques éléments positifs que l’on retient de l’homme, ne suffisent pas à faire pencher la balance en sa faveur. Il est vrai, en effet, que Hissène Habré laisse au Tchad, l’image d’un grand  chef de guerre et grand patriote qui a cherché à consolider le jeune Etat d’alors, mais cela ne sera certainement pas suffisant pour gommer de la mémoire collective, l’image de la féroce répression dont il fut le principal instigateur. Le Tchad ne s’est d’ailleurs jamais remis de cette culture de la guerre laissée par Habré, tant le pays est en permanence en proie à des rébellions armées comme celle qui a coûté la vie à l’ex-président Idriss Deby Itno.

 

 

La polémique avec l’Etat tchadien s’est doublée de celle qui a aussi  lieu avec l’Etat sénégalais

 

 

En tout état de cause, l’on peut présumer, au regard de la revendication que l’on peut trouver maximaliste de la part de sa famille, que Hissène Habré sera enseveli à Dakar, loin de sa terre natale. Il n’échappera  donc pas au destin tragique de ces dictateurs qui, errant sur les sentiers de l’exil, ont fini dans d’obscurs et lointains cimetières comme Mobutu Sese Seko, pour ne citer que ce dernier, qui avait été enterré à la sauvette au Maroc. Mais cela n’est finalement qu’une histoire de vivants et ne constitue plus un souci pour Hissène Habré qui doit avoir fort à faire devant le tribunal divin après avoir affronté, sans succès,  les tribunaux  des hommes et de la conscience.  La leçon est donc pour les autres, en l’occurrence tous les autres dictateurs qui, sur le continent, continuent de se repaître du sang de leurs concitoyens.  Cela dit, la polémique avec l’Etat tchadien s’est doublée de celle qui a aussi  lieu avec l’Etat sénégalais et au-delà, tout le continent africain, accusés aussi par les membres de la famille Habré. En effet, l’un des neveux du disparu  impute la responsabilité de la  mort  de son oncle, à l’ensemble des Etats africains et en particulier au Sénégal. « Sa mort, a-t-il en effet laissé entendre, est de la responsabilité à part entière des Etats africains et d’une manière particulière, de l’Etat sénégalais » avant de poursuivre que « l’Etat sénégalais aurait pu éviter cela, juste en le libérant». Cette accusation a été balayée du revers de la main par le ministre sénégalais de la Justice qui s’est défendu en  ces termes : «Nous devons tous être fiers de la façon dont nous avons accueilli Habré», a-t-il fait savoir. «Là où il est, il sait que le Sénégal a été à la hauteur de la Téranga», la tradition d’hospitalité. Jusqu’au bout donc, l’ex-dictateur aura divisé au sein de l’opinion. Mais cela ne suffira sans doute pas à faire démordre ses victimes qui, tout en disant ne pas garder rancune contre lui, entendent maintenir la pression sur l’Union africaine (UA)  pour être  indemnisées. Les victimes et leurs avocats soupçonnent, en effet, que Hissène Habré était resté à la tête d’une fortune considérable. C’est dire donc que même la mort ne suffira peut-être pas à arracher le dictateur disparu, de la tourmente.

 

« Le Pays »

 

 

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