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POLITIQUE AFRICAINE DE LA FRANCE AU SAHEL

Changer ou se faire hara-kiri

Les autorités militaires et politiques de l’Hexagone ont certainement poussé un grand ouf de soulagement au moment où le convoi militaire français a fait son entrée à Gao au Mali. En effet, parti d’Abidjan en Côte d’Ivoire, il y a plus de deux semaines, pour rallier Gao, ce convoi militaire, fort de 90 véhicules, aura connu des misères sur son chemin. Le premier obstacle de ce parcours de combattant a été la ville de Bobo-Dioulasso au Burkina Faso où des populations ont perturbé son passage par des barricades. Mais cela n’était qu’une sorte de mise en bouche par rapport à ce qui attendait le convoi à Kaya, capitale de la région du Centre-Nord. Là-bas, en effet, le convoi a vécu l’enfer, et cela durant de longs jours. Les croquants de Kaya, dont la détermination à casser du soldat  français était palpable, en voulaient à leurs « ancêtres les Gaulois » pour leurs accointances supposées ou réelles avec les terroristes. En tout cas, pour bien des Kayalais, le doute n’est plus permis, les soldats français supportent les terroristes.  D’ailleurs, ils sont convaincus que le convoi   transportait des armes et de la logistique pour ceux qui ont pratiquement réussi le coup de force d’inscrire leur région à l’article de la mort, à coup d’attaques et d’incursions osées. A leurs yeux donc, pour cela, la France doit payer. Il a fallu de longues et âpres négociations pour que les « révolutionnaires » de Kaya consentent à permettre au convoi de progresser vers le Niger.  Dans ce pays également, un comité d’accueil attendait le convoi à Téra. Des populations, à la mine patibulaire, y ont crié leur colère contre la France. Mieux,  comme à Kaya, ils ont voulu, par la force, vérifier le contenu des cargaisons. Comme à Kaya, les croquants de Téra sont convaincus que les boys de  Macron sont de mèche avec le diable.

 

L’Afrique d’hier n’est plus celle d’aujourd’hui

 

 

Au Burkina comme au Niger donc et encore plus au Mali, des populations sont vent debout aujourd’hui contre la France, accusée de rouler pour les terroristes ou de ne pas en faire assez pour leur casser les reins. Alpha Blondy, la star ivoirienne, avait martelé dans une de ses chansons, ceci : « Armée française, allez-vous-en de chez nous ». Au Mali, au Niger comme au Burkina, ce morceau a de fortes chances de se vendre comme de petits pains désormais ; tant les populations, de plus en plus nombreuses, croient, dur comme fer, que seul le départ des troupes françaises de leurs pays respectifs, peut ouvrir la voie à la paix et au développement. Et face à ces sermons antifrançais, l’on développe du côté de Paris, un contre-discours tendant à justifier la présence des troupes françaises en Afrique en général et au Sahel en particulier. Et ce contre-discours pourrait être ceci : « Vous faites erreur d’exiger notre départ de chez-vous. Nous y restons parce que sans nous, la situation pourrait être pire ». Et c’est là où réside toute l’absurdité de l’attitude de la France. En effet, pendant qu’on réclame à Ouagadougou, à Bamako et à Niamey, qu’elle s’en aille,  la France s’échine et s’obstine à rester. Et cette obstination de la France à maintenir ses troupes en Afrique en général et au Sahel en particulier où elles sont conspuées au quotidien, est la preuve que derrière la présence des troupes hexagonales au Mali, au Burkina au encore au Niger, se cachent des intérêts, ceux de la France. Et cela vient confirmer l’idée de cet homme politique français, selon laquelle « la France n’a pas d’amis mais des intérêts ». De ce point de vue, on peut dire que la France n’est pas au Sahel rien que pour des raisons philanthropiques. Cette raison qui avait été brandie pour justifier l’œuvre coloniale, a eu le temps de montrer toute sa fausseté. En tout cas, le blocage de ses troupes à Kaya et à Téra ainsi que tout le discours antifrançais virulent qui a été développé à ces occasions, doivent amener la France à se poser les  bonnes et vraies questions à propos de sa présence militaire en Afrique. L’une de ces questions pourrait être la suivante : peut-on faire le bonheur d’un pays à sa place  et contre son gré ? Cette question est d’autant plus justifiée que dans le cas d’espèce, il s’agit de pays qui se disent jaloux de leur souveraineté. L’autre raison qui doit pousser la France à inscrire son rapport à l’Afrique dans un  nouveau paradigme, est que bien des dirigeants africains aujourd’hui sont en porte-à- faux avec leurs peuples. Pendant que les premiers ne se lassent pas de développer des discours laudateurs vis-à-vis de l’ancienne puissance coloniale (cas de Bazoum), leurs peuples, eux, ont une attitude critique, voire hostile à l’égard des anciens maîtres. Et cela est chose normale, car l’Afrique d’hier n’est plus celle d’aujourd’hui.  Et l’Afrique de  demain a de fortes chances d’être encore plus virulente à l’égard de la France si elle se refuse à revoir sa copie. Car, dans ce village plus que jamais global, en termes de vision, les peuples africains, avec à leur tête, des sociétés civiles et des élites à forte puissance prospective, sont en avance sur leurs dirigeants. L’Hexagone a donc intérêt à changer son regard sur l’Afrique, à refonder sa philosophie dans son rapport au continent noir. Faute de quoi, elle se fera hara-kiri.

 

Pousdem PICKOU

 

 

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