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POURSUITES JUDICIAIRES CONTRE L’ANCIEN PM CONGOLAIS

Ponyo ou la tentation du pognon ?

Le bureau du Sénat a finalement lâché l’ancien Premier ministre, Augustin Matata Ponyo. En effet, la Chambre haute a levé l’immunité de ce dernier, ouvrant la voie à des poursuites judiciaires. Et depuis, les choses sont allées très vite. Après avoir été entendu par le parquet général près la Cour constitutionnelle dans le cadre d’une affaire de présumé détournement de fonds, « l’homme à la cravate rouge » a été placé sous mandat d’arrêt provisoire, le 14 juillet dernier. Escorté par la police, il a été finalement placé en résidence surveillée.  In extremis, ce proche de Joseph Kabila a failli être écroué. Mais c’est sans doute un homme en sursis… Il faut dire que l’affaire qui lui vaut ces ennuis judiciaires, ne date pas d’aujourd’hui.  Matata Ponyo est, en effet, soupçonné d’avoir conclu, en 2011, alors qu’il était ministre des Finances, un protocole d’accord en vue de permettre au gouvernement congolais, d’indemniser 300 anciens propriétaires de biens « zaïrianisés ». Devenu Premier ministre, il aurait fait décaisser plus de 110 millions de dollars à cette fin, selon le parquet général. Seulement voilà : des enquêtes menées au sein de la Direction de gestion de la dette publique (DGDP), n’ont trouvé “aucune trace”  de l’existence de ces 300 personnes qui auraient perdu leurs biens meubles et immeubles du fait de la fameuse « Zaïrianisation ». «Il s’est avéré que les fonds décaissés à cette fin par le Trésor Public, ont bénéficié à des personnes complètement étrangères à ce processus [de «Zaïrianisation»]», peut-on lire dans le réquisitoire du procureur général, adressé au Sénat. Où est donc passé le magot ? Ces fonds ont-ils été utilisés au « profit personnel » de cet ex-PM de Kabila, comme le conclut le procureur général près la Cour constitutionnelle ?  En tout cas, cette sombre affaire dégage de fortes et malodorantes exhalaisons de pratiques peu orthodoxes. Ponyo a-t-il cédé à la tentation du pognon ?

 

Il faut croire qu’on s’achemine de plus en plus vers la reddition des comptes

 

 

 A lui d’apporter la preuve du contraire pour autant qu’il n’ait rien à se reprocher.  Si le traitement de ce dossier peut avoir les apparences d’une exhumation, l’affaire remontant à 2011, pour autant, il ne parait pas juste de crier à une cabale politique contre un homme, comme le dénoncent ses partisans et sympathisants. S’il a failli dans sa gestion, en tant que Premier ministre ou dans ses fonctions antérieures, Matata Ponyo doit répondre de ses actes pour que force reste à la loi.  A ce propos, l’on ne peut que se féliciter de la posture du Président Tshisekedi qui aura mis la pression sur la Chambre haute pour qu’elle réponde favorablement à la Justice qui demandait la levée de l’immunité de l’ex-Premier ministre. Que Ponyo soit pro-Kabila, et donc un adversaire politique, peu importe, l’essentiel étant que le président congolais se montre déterminé à aller en croisade contre l’impunité qui a longtemps fait le malheur de la RDC.  Et puis, à ce haut niveau de responsabilités qui était le sien, Ponyo se devait de ne pas prêter le flanc. Il faut, du reste, rappeler que cet homme avait été déjà mis en cause dans un rapport de l’Inspection générale des finances pour son rôle présumé dans une autre affaire : celle relative au projet agro-industriel de Bukanga Lonzo, mis en place pendant son passage à la Primature. Il avait, pour ce cas-ci, échappé de justesse à la levée de son immunité, le 15 juin dernier.  C’est dire si le personnage n’est pas à un scandale présumé près. Et si sa culpabilité venait à être établie dans l’affaire qui lui vaut d’être aujourd’hui en résidence surveillée, cela n’aurait rien de surprenant ; la gouvernance sous l’ère Kabila ayant été loin d’être vertueuse.  Le magistère du raïs congolais a, en effet, servi de bouillon de culture, propice à l’éclosion ou au développement de nombreux maux tels la corruption, les détournements de fonds et autres pratiques malsaines dont bon nombre n’ont jamais été punis.  Face à l’héritage peu glorieux laissé par son prédécesseur en matière de gouvernance, « Fatshi » avait été d’ailleurs amené à lâcher, aux premières heures de son accession au pouvoir, qu’il ne fouillerait pas dans le passé du régime précédent. Mais, depuis lors, beaucoup d’eau a coulé sous les ponts.  Car, entre-temps, l’alliance FCC-CACH (Kabila-Tshisekedi) a volé en éclats, permettant à l’actuel locataire du Palais de marbre, de s’affranchir de son encombrant allié. La suite, on la connait.  Bien des prédateurs des deniers publics, des droits humains et autres délinquants à col blanc, ont vu leur passé les rattraper et certains d’entre eux ont dû rendre gorge. Et c’est tant mieux pour la RDC. Il faut croire qu’au-delà, on s’achemine de plus en plus vers la reddition des comptes et, pour ainsi dire, la fin de l’impunité, même si certains pays continuent de trainer les pieds. Mais pour combien de temps encore ? En tout cas, les hommes politiques africains sont avertis. De plus en plus, ils auront à rendre compte de leur gestion, tôt ou tard ; le pouvoir d’Etat n’étant pas éternel, du moins dans les véritables républiques qui fonctionnent comme telles.

 

CBS

 

 

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