PRESIDENTIELLE AU CONGO : Victoire sans panache de Sassou Nguesso en téléchargement
La campagne pour la présidentielle du 15 mars prochain bat son plein au Congo-Brazzaville, depuis le 28 février dernier. Mais la ferveur est à peine perceptible, comme si cette élection était le cadet des soucis des Congolais. Toujours est-il que les sept candidats en lice pour ce scrutin, sont sur le terrain pour conquérir un électorat qui n’est visiblement pas très emballé. Parmi les sept candidats déclarés, figure le président sortant, Denis Sassou Nguesso, qui refuse de prendre sa retraite politique dans ce pays d’Afrique centrale. En effet, à 82 ans avec plus de la moitié passée au pouvoir, ce militaire de carrière veut briguer un cinquième mandat à la magistrature suprême.
Confrontés à un système complètement verrouillé, certains partis ont été contraints à l’abstention
C’est à croire que le “patriarche” s’est lancé un ultime défi: celui de pulvériser le record de longévité au pouvoir en Afrique, jusque-là détenu par Teodoro Obiang Nguema Mbasogo de la Guinée équatoriale. Mais il faut le dire tout de go: on se dirige encore une fois de plus vers une élection sans enjeu au Congo-Brazzaville. En effet, le vainqueur, comme il est de coutume dans cette ancienne colonie française depuis quatre bonnes décennies, semble déjà connu d’avance. En l’occurrence, le président sortant qui s’est toujours fait élire à la tête de ce pays sans coup férir. A l’instar donc des présidentielles passées, c’est une nouvelle victoire sans panache de Denis Sassou Nguessou, qui est en téléchargement. Et il est fort à parier que même les six autres accompagnateurs, pardon, adversaires du président Nguesso, ne se font pas d’illusions quant à l’issue de ce scrutin. «C’est dur, parce que nous faisons face à des moyens presque insolents et gigantesques de la part du pouvoir en place», a notamment reconnu un des candidats. La victoire de Sassou est d’autant plus prévisible que l’homme a verrouillé toutes les issues du Palais de la Nation pour préserver son fauteuil. Agissant avec une ingéniosité digne des plus grands autocrates, le président candidat à sa propre succession, a pris le soin d’écarter tous les opposants crédibles capables de lui tailler des croupières. La preuve, sur les six challengers qui se présentent face à lui, trois sont novices et n’ont pas de poids véritable sur la scène politique congolaise. Confrontés à un système complètement verrouillé qui ne leur laisse aucune chance, certains partis ont été contraints à l’abstention. Par exemple, l’Union des démocrates humanistes (UDH-Yuki) et l’Union panafricaine pour la démocratie sociale (UPADS), les deux principaux partis d’opposition, n’ont pas présenté de candidats à cette présidentielle. Voyant que les conditions n’étaient pas réunies pour une élection crédible, ces partis ont fait le choix de ne pas servir de faire-valoir au président pour légitimer sa future reélection certaine. Paradoxalement, c’est dans un tel contexte d’exclusion et de fermeture que le président sortant, Denis Sassou Nguesso a appelé, au cours de sa campagne, au respect des règles démocratiques et au fair-play. C’est assurément l’hôpital qui se fout de la charité.
Sassou gagnerait plus à passer la main à la jeune génération pendant qu’il est encore temps
Comment peut-il encore parler de respect de règles démocratiques et de fair-play quand il s’est lui-même transformé, au fil de ses longues années de gouvernance à la tête du pays, en fossoyeur de la démocratie? En rappel, deux de ses adversaires à la présidentielle de 2016, croupissent toujours en prison, après avoir été condamnés pour «atteinte à la sûreté intérieure» en 2018 et 2019. Il s’agit du général Jean-Marie Michel Mokoko et André Okombi Salissa, qui avaient osé contester les résultats officiels qui donnaient 60% des voix au prince régnant. Aujourd’hui, le véritable adversaire du président sortant à cette élection du 15 mars prochain, sera le taux de participation. Ainsi, c’est à l’aune de la mobilisation des Congolaises et des Congolais dans les urnes, que l’on jugera la crédibilité de ce scrutin. Denis Sassou Nguesso ne s’imagine pas une autre vie après le pouvoir, à telle enseigne qu’il se retrouve aujourd’hui en train de disputer le fauteuil présidentiel avec ses enfants, du moins avec ceux qui pourraient l’être. En effet, il faut signaler que l’un de ses rivaux à cette élection, a 43 ans, en la personne de l’universitaire Vivien Romain Manangou, alors que le plus jeune candidat (Melaine Destin Gavet Eléngo) n’en a que 35. Du reste, que peut le président Sassou encore offrir au Congo qu’il n’ait pas encore offert pendant ses plus de 40 ans de pouvoir à la tête du pays? Il est réputé pour avoir ramené une certaine stabilité dans le pays marqué par la guerre civile dans les années 1990 et dans une région en proie à des conflits. Ce faisant, il gagnerait plus à passer la main à la jeune génération pendant qu’il est encore temps.
“Le Pays”
