HomeA la unePRESIDENTIELLE EN OUGANDA : Tant que Museveni sera candidat…

PRESIDENTIELLE EN OUGANDA : Tant que Museveni sera candidat…


Le 15 janvier 2026, les Ougandais se rendent aux urnes pour les élections générales (présidentielle et législatives) qui se tiennent, cette année encore, dans un climat de fortes tensions. A 81 ans, le président Yoweri Museveni, au pouvoir depuis quarante ans, est candidat pour un septième mandat. Son principal challenger est le chanteur Robert Kyagulanyi alias Bobi Wine, devenu l’égérie d’une opposition qui est loin d’abandonner le combat pour l’alternance, face à l’octogénaire et boulimique chef de l’Etat qui refuse de s’imaginer une autre vie en dehors du pouvoir.

 

Tout est mis en œuvre pour une victoire sans coup férir de l’octogénaire président

 

Comment peut-il en être autrement quand le maître de Kampala qui a travaillé depuis belle lurette à lever tous les verrous limitatifs de mandat, considère son pays comme « sa bananeraie », pour ne pas dire une propriété privée qu’il ne saurait abandonner au moment où sa plantation devient florissante ? Autant dire que tant que Museveni sera candidat, il ne faut pas rêver d’alternance en Ouganda. On est d’autant plus porté à le croire que depuis que l’ancien maquisard et leader du Mouvement de résistance nationale (NRM) est au pouvoir, les élections se suivent et se ressemblent en Ouganda. Avec invariablement le même scénario d’intimidations, d’arrestations et de répression d’opposants sur fond de pression accrue sur les médias et les acteurs de la société civile, et de violences électorales qui ont toujours abouti à la victoire proclamée du natif de Ntungano. Toujours est-il qu’en quatre décennies, Yoweri Museveni est resté indéboulonnable du fauteuil présidentiel que, de Kizza Besigye à Bobi Wine, aucun de ses opposants n’a jusque-là pu lui contester. Et tout porte à croire qu’à l’image des précédents, le scrutin du 15 janvier 2026, ne sera qu’une simple formalité visant à entériner les résultats d’une élection jouée d’avance. Cela est d’autant plus prévisible qu’au-delà de la campagne électorale où l’opposition a eu du mal à exister, tout est mis en œuvre pour une victoire sans coup férir de l’octogénaire président. Lequel, après six mandats consécutifs, ne montre toujours pas de signes de satiété, dans un contexte où les institutions peinent à se montrer jalouses de leur indépendance quand elles ne sont pas accusées d’être à la solde du prince régnant. Autant dire que quel que soit le vote des Ougandais, le vainqueur sera toujours Yoweri Museveni qui, soit dit en passant, détient, avec le Camerounais Paul Biya, le Congolais Denis Sassou Nguesso et l’Equato-guinéen Teodoro Obiang Nguema, la palme des plus longs règnes sur le continent noir. De quoi se demander s’il est encore utile d’organiser des élections dans ce pays d’Afrique de l’Est, à l’image des pays ci-dessus cités où des dirigeants séniles continuent de s’accrocher au pouvoir, en refusant de faire valoir leurs droits à la retraite. Ainsi va la démocratie sous nos tropiques africains où la fin justifie bien souvent les moyens. Et dans le cas de l’Ouganda, au regard de la campagne menée sur fond de répression de l’opposition, c’est peu dire que Yoweri Museveni n’a pas lésiné sur les moyens pour mettre de son côté, toutes les chances de rempiler à l’issue du scrutin du 15 janvier prochain.

 

Une démocratie en trompe l’œil et en pleine agonie

 

Surtout que lors de la précédente présidentielle, son challenger Bobi Wine, qui est plus que jamais décidé à bousculer le chef de l’Etat dans les urnes, s’en sortait officiellement avec 35% des voix contre 58% pour le chef de l’Etat, là où l’opposant revendiquait tout simplement la victoire. Cette fois-ci sera-t-elle la bonne pour l’artiste-musicien qui jouit d’une grande popularité au sein d’une jeunesse qui ne cache pas sa soif de changement ? Rien n’est moins sûr dans un pays au système verrouillé, et où le degré de transparence du scrutin est souvent sujet à caution. En tout état de cause, le renforcement, par les autorités de Kampala, du dispositif sécuritaire marqué par une forte présence militaire, est un indicateur qui en dit long sur le climat de peur et de tensions ainsi que sur les craintes de violences qui entourent ces élections. C’est dire l’enjeu de ce scrutin qui pourrait marquer un tournant dans l’histoire de l’Ouganda. Avec, d’une part, un vieux dinosaure de la faune politique africaine qui s’accroche à son fauteuil tout en préparant son fils à une dévolution dynastique du pouvoir et, d’autre part, une opposition ougandaise qui ne lâche pas prise malgré les embûches, dans l’espoir de changer la physionomie d’une démocratie en trompe l’œil et en pleine agonie.

 

 « Le Pays »  

 

 

 


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