A la uneFocus

PROCES DU BOMBARDEMENT DU CAMP FRANÇAIS DE BOUAKE

Des condamnations pour la forme

Ouvert le 29 mars dernier à Paris, le procès du bombardement d’un camp militaire français à Bouaké en Côte d’Ivoire, a connu son épilogue et ce, après près de trois semaines d’audiences publiques. En effet, statuant publiquement et contradictoirement mais aussi en box d’accusés vide, en l’occurrence, la Cour a rendu son verdict, hier, 15 avril 2021. Elle a suivi  le parquet général dans ses réquisitions, en condamnant par contumace, les trois accusés à la réclusion criminelle à vie. Il s’agit du mercenaire biélorusse Yury Sushkin et deux officiers ivoiriens que sont Ange  Gnanduillet et Patrice Ouei. Mais comme l’a si bien reconnu l’avocat général lui-même, la probabilité que les trois prévenus qui viennent d’être condamnés soient, un jour, arrêtés, est «  faible » pour ne pas dire très faible. Car, faut-il le rappeler, les deux co-pilotes ivoiriens condamnés par la Justice française, ont été jugés et amnistiés dans leur pays. Or, il est un sacro-saint principe du droit qui veut qu’un prévenu ne soit pas jugé deux fois pour les mêmes faits. Quant au pilote biélorusse, personne ne sait avec exactitude où il se cache. Conscient qu’il peut, d’un moment à l’autre, être alpagué, il  ne prend pas de risques. Il choisit ses destinations pour ne pas dire qu’il sait là où il met les pieds.

 

 

Force ne restera pas à  la loi

 

C’est dire donc que ces condamnations ne constituent que de la poudre jetée aux yeux des blessés et des familles des victimes. Surtout que défilant à la barre en qualité de témoins, des autorités politiques de l’époque telles que l’ex-Premier ministre Jean-Pierre Raffarin ; l’ex-ministre de l’Intérieur, Dominique de Villepin ; l’ex-ministre de la  Défense, Michelle Aliott Marie et l’ex-chef de la diplomatie française, Michel Barnier, ont botté en touche, rejetant parfois la responsabilité sur l’Elysée pour ne pas dire sur Jacques Chirac qui n’est plus de ce monde. Tant et si bien que même à l’issue du procès, l’on continue de se poser des questions : qui a donné l’ordre de bombarder le camp français de Bouaké et à quelle fins ? Pourquoi la France n’avait-elle pas procédé à l’arrestation des pilotes biélorusses alors même que ces derniers ont été arrêtés par les autorités togolaises qui jurent, la main sur le cœur, d’en avoir informé Paris ? En tout cas, pour s’en laver les mains, le président de la Cour, à l’énoncé du verdict, a déclaré ceci, en rajoutant ainsi au désarroi des parents des victimes : « Il n’appartient pas à la Cour de discuter des raisons ayant conduit les autorités françaises à décliner l’offre du ministre de l’Intérieur du Togo ». En clair, pour un procès atypique, c’en est un ; tant le mystère, au fil des audiences, n’a fait que s’épaissir davantage. Cela dit, si le rôle de la Justice française était d’évacuer à tout prix le dossier du bombardement du camp de Bouaké, en 2004, on peut dire qu’elle a atteint son but même si, dans le cas d’espèce, on sait que force ne restera pas à  la loi.

 

B.O

Articles similaires

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.

Bouton retour en haut de la page
Google+
Fermer