HomeA la unePROCES DU PUTSCH MANQUE : « J’étais contre la Transition mais je n’étais pas favorable au coup d’Etat », dit le Général Honoré Traoré

PROCES DU PUTSCH MANQUE : « J’étais contre la Transition mais je n’étais pas favorable au coup d’Etat », dit le Général Honoré Traoré


Au Tribunal militaire, la hiérarchie militaire dont on a tant parlé tout au long du procès, commence à défiler à la barre pour ses dépositions sous serment. Le mercredi 20 février 2019, c’est le général Oumarou Sadou qui était à la barre dans l’après-midi. Mais auparavant, il a été précédé par le général Honoré Nabéré Traoré. Le témoignage des deux généraux laisse croire que la hiérarchie militaire n’a pas soutenu le coup d’Etat manqué de septembre 2015.

 

« En toute honnêteté, nous lui avons dit que nous ne pouvons pas l’accompagner », affirme de prime abord, le général Honoré Nabéré Traoré à la barre. Quand Me Ali Neya lui demande qu’est-ce qu’il a eu à dire au cours de la réunion avec le général Diendéré, il lance ceci : « J’ai pris la parole et j’ai dit que j’étais contre la Transition mais que je n’étais pas favorable au coup d’Etat ». Il faut noter que c’est au cours de cette réunion, que le général Traoré dit qu’il « a senti qu’il y avait un coup d’Etat en téléchargement ». Mais le parquet, lui veut savoir à quel titre le général Diendéré participait à cette réunion. Celui-ci prend le soin de noter qu’à chaque fois qu’il y a des problèmes au RSP, il était mis à contribution pour calmer la situation. Et cette fois-ci, c’est à l’issue des échecs des pourparlers qu’il a décidé de prendre la tête du CND. Et le parquet de faire observer que les négociations ne pouvaient qu’échouer parce que le général Diendéré n’était pas pour la résolution de la crise sinon « il aurait fallu libérer les autorités de la Transition et la crise serait finie ». Et au général Diendéré de répliquer : « Ce que vous dites est trop facile. Je ne pouvais pas les libérer puisque ce n’est pas moi qui les ai arrêtées ». En tout état de cause, le général Honoré Nabéré Traoré soutient qu’au cours de la réunion, « le père spirituel du RSP » a dit ceci à la hiérarchie militaire : « J’ai besoin de votre aide ; soutenez-moi ». Selon le général Honoré Nabéré Traoré, en prononçant ces mots, « le général Diendéré ne souhaitait pas que ce soit le coup d’Etat du RSP mais le coup d’Etat de l’Armée ».  Me Kam estime qu’à partir de ce moment la hiérarchie pouvait mettre aux arrêts le général Gilbert Diendéré. « Mais pourquoi vous ne l’avez pas fait ?», interroge-t-il.  En guise de réponse, le général Traoré fait comprendre que la hiérarchie ne pouvait pas l’arrêter parce que cela pourrait tourner mal. Du reste, « cette idée ne nous a pas traversé l’esprit et les textes ne nous autorisent pas à le faire », fait-il comprendre à Me Prosper Farama qui réplique : « alors quelles sont les fonctions régaliennes de l’armée ? » Réponse du général Traoré : « en tout cas, ce n’est pas pour arrêter le général Gilbert Diendéré ».

 

« On n’avait pas cette habitude de faire des triples sauts au niveau des grades »

 

Par ailleurs, le général Traoré relève que les problèmes dans l’Armée ont commencé à partir de l’Insurrection d’octobre 2014. Et il mentionne que l’une des sources de ces problèmes, c’est le fait qu’on ait  fait passer le Premier ministre Zida de lieutenant-colonel à général. « On n’avait pas cette habitude de faire des triples sauts au niveau des grades ». Et il ajoute : « Le président a fait une poussée dorsale à Isaac Zida qui lui a fait gagner 13 ans ». Le général Traoré continue dans son énumération : « Le président Kafando a vu qu’il y avait beaucoup de problèmes au sein du gouvernement et il a demandé la conduite à tenir à la hiérarchie militaire qui a estimé que les militaires devaient quitter le gouvernement de la Transition. Mais la volonté de la hiérarchie n’a pas été respectée ». Et il relève que même « la descente des autres garnisons sur Ouaga  est de la chienlit » parce qu’il trouve que « ne pas passer par le Chef d’état-major général des Armées pour entamer une telle démarche est une transgression du règlement militaire ». Et Me Zanliatou Aouba d’enfoncer le clou en relevant que les problèmes étaient réels dans l’Armée burkinabè et connus de tous. Et ce n’était pas le RSP qui était le problème. Il n’en fallait pas plus  pour que Me Mireille Barry dise que « le 16 septembre est la conséquence des 30 et 31 octobre ».  Après avoir répondu aux questions des avocats et du parquet, le président du tribunal demande au général Traoré de rejoindre le public pour suivre l’audience. A la suite du général Honoré Nabéré Traoré, le président du tribunal appelle à la barre le témoin le général Oumarou Sadou pour son témoignage sous serment. Il est catégorique : « J’ai dit que  vu l’opinion internationale, vu les syndicats et les OSC, un coup d’Etat dans le contexte ne passera pas ». Le général Diendéré, dans ses explications, a fait comprendre que c’est un ras-le-bol qui a conduit les hommes à agir de la sorte. Jusque-là, pour le général Sadou, « c’était un mouvement d’humeur et qu’il était facile à gérer. Mais le général a dit que les hommes étaient déterminés à aller jusqu’au bout ». C’est pourquoi j’ai dit donc : « assumez ». Et le parquet récupère le mot au bond en demandant au général Sadou : « Qu’ils assument quoi ? » Le témoin fait comprendre qu’il a dit d’assumer leurs actes. Mais le général Diendéré dit que peut-être ils n’ont pas eu la même compréhension du mot « assumer ». Sinon quand lui, il a entendu « assumer »,  il a compris dans le sens où les sages ont dit que le pouvoir était vacant et qu’il fallait prendre ses responsabilités ». Après avoir écouté le général Diéndéré, Me Kam trouve qu’il n’est pas logique parce que quand on lui a demandé « d’assumer », le pouvoir n’était pas vacant. Donc à partir de ce moment, on ne peut lui demander d’assumer un pouvoir non vacant. L’audition du général Oumarou Sadou se poursuivra, le vendredi 22 février 2019.

Françoise DEMBELE

 

 


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