HomeA la unePROJET DE RESOLUTION SUR LA TRAITE TRANSATLANTIQUE : L’ONU franchira-t-elle le pas ?

PROJET DE RESOLUTION SUR LA TRAITE TRANSATLANTIQUE : L’ONU franchira-t-elle le pas ?


Déjà exposée à la faveur de la 80e Assemblée générale des Nations unies en septembre 2025, l’initiative du Ghana visant la reconnaissance de la traite des esclaves est sur le point de prendre forme. Soutenue par l’Union africaine (UA), la Communauté des Caraïbes (CARICOM) et les populations d’origine africaine, elle entend marquer une rupture définitive que la traite a provoquée dans l’histoire mondiale. Pour rappel, entre le 15e et le 19e siècles, plus de 12 millions d’Africains ont été déportés vers les Amériques et les Iles atlantiques. Nombreux sont ceux qui ont péri durant ce périple.

 

Des pays comme la France et le Royaume Uni, ne verraient pas d’un bon œil, l’adoption d’une telle loi

 

Et ceux qui ont survécu ont été soumis à des travaux forcés, traités qu’ils étaient telles des bêtes de somme. C’est donc dans le souci d’honorer la mémoire de toutes ces victimes que le Ghana a déposé auprès de l’ONU, un projet de résolution, estimant que la traite atlantique a été le « crime le plus grave contre l’humanité ». Si, pour avoir payé un lourd tribut pendant la traite négrière et la période coloniale, le Ghana, en initiant une telle procédure, est dans son bon droit, force est de reconnaître que le chemin pour y arriver, pourrait être parsemé d’embûches. Car, en tant que membres permanents de l’ONU, et en tant qu’anciennes puissances coloniales, des pays comme la France et le Royaume-Uni, par exemple, ne verraient pas d’un bon œil, l’adoption d’une telle loi qui les mettrait face à leurs responsabilités historiques. Mais on n’en est pas encore là, si bien qu’il faut se garder de leur faire un procès en sorcellerie, la realpolitik dictant parfois aux Etats, leur conduite. L’ONU franchira-t-elle le pas en votant la résolution reconnaissant la traite transatlantique des esclaves ? On attend de voir.  Cela dit, tout en saluant la démarche du Ghana, il y a bien des raisons de craindre qu’en qualifiant l’esclavage et la traite négrière de « crime le plus grave contre l’humanité », cela ne contribue à radicaliser des Africains. Car, non seulement on donne ainsi l’impression de remuer le couteau dans la plaie, mais aussi cela pourrait révolter davantage certains Africains qui en ont toujours gros sur le cœur de savoir que leurs aieux, du fait de la couleur de leur peau, ont été traités comme des sous-hommes. Certes, certaines puissances coloniales ont déjà reconnu les erreurs par elles commises sur le continent africain, mais il en faut plus pour solder ce lourd passif. N’est-ce pas d’ailleurs la question mémorielle qui oppose, depuis de longue date, Paris à Alger qui, naguère, a voté une loi criminalisant la colonisation française ? Il en est de même entre la Belgique et ses ex-colonies que sont la République démocratique du Congo (RDC) et le Rwanda, où ont été enregistrées des pires atrocités de l’histoire du continent noir. On peut multiplier les exemples, tant il en existe à gogo.

 

La traite et l’esclavage qui ont marqué l’histoire entre le 15e et le 19e siècles, prévalent encore aujourd’hui

 

Toutefois, si personne ne conteste l’importance de jeter un regard dans le rétroviseur, on ne saurait cependant fermer les yeux sur les crimes contemporains qui, à longueur de journée ou de nuit, sont perpétrés sous nos yeux. En effet, que font les grandes puissances qui composent l’instance décisionnelle de l’ONU, face à certaines atrocités injustes et injustifiées ? On est tenté de répondre : pas grand-chose, surtout quand on sait que certains, parmi les membres permanents de l’ONU, se comportent eux-mêmes en chefs de guerre. Les cas ukrainien et iranien sont fort éloquents. A vrai dire, on a parfois envie de dire que tout n’est que pure hypocrisie ici-bas, où les positions des uns et des autres fluctuent en fonction de leurs intérêts. C’est dire si la traite et l’esclavage qui ont marqué l’histoire entre le 15e et le 19e siècles, prévalent encore aujourd’hui. Ils n’ont fait que changer de forme avec parfois des méthodes violentes, inhumaines et parfois sophistiquées.

 

« Le Pays »


No Comments

Leave A Comment