RAMADAN 2026 AU BURKINA : La foi à l’épreuve des problèmes existentiels
Après un mois de pénitence, les fidèles musulmans du monde entier s’apprêtent à célébrer l’Aïd el-Fitr, la fête qui marque la rupture du jeûne du mois de Ramadan. Au Burkina Faso, cette fête est attendue entre le vendredi 20 et le samedi 21 mars. Toujours est-il que les membres de la Commission lune de la Fédération des associations islamiques du Burkina (FAIB) se réunissent au 29e jour du mois de Ramadan 1447H, pour procéder à la recherche du croissant lunaire. C’est donc dire que ce sont les résultats de cette recherche qui détermineront la date de la fête dans notre pays. Cela dit, que cette fête tombe sur le 20 ou le 21 mars, il y a au moins une chose qui ne change pas. C’est le fait que le Ramadan 2026, à l’instar des années précédentes, intervient dans un contexte de crise multidimensionnelle, où la majorité des Burkinabè tirent le diable par la queue. On a pu le remarquer durant tout ce mois de jeûne de Ramadan. En effet, c’est un moment habituellement marqué par des remises de sucre, d’huile, de riz et de bien d’autres dons en nature comme en espèces. Mais cette année, on a moins senti cette ferveur. Si l’élan de solidarité ne s’est pas arrêté, il s’est, tout de même, moins exprimé. Pour cause, bien que la volonté d’aider soit restée intacte chez bien des croyants, le contexte marqué par une sécheresse financière leur a laissé très peu de marges de manœuvre. Et même à quelques pas de la fête, les commerçants en ressentent l’impact sur leurs affaires qui ne tournent plus comme autrefois. C’est dire si on se dirige irrémédiablement vers une fête morose où les uns et les autres seront contraints à la sobriété.
L’heure ne doit pas être aux célébrations excessives, mais à la retenue et à la solidarité
En tout cas, le contexte actuel et surtout le timing de la fête ne permettent pas de faire la bamboula. En effet, l’Aïd el-Fitr tombe, cette année, sur une période où la grande majorité des travailleurs ne vont pas percevoir leur salaire de fin de mois. C’est dire à quel point ce sera dur pour bien des chefs de familles, de satisfaire aux besoins des autres membres de la famille. Beaucoup feront le nécessaire pour au moins faire bouillir la marmite et acheter quelques cadeaux pour les enfants. Mais peu pourront se permettre de faire des folies. Comment peut-on d’ailleurs se le permettre quand on sait que certains de nos compatriotes manquent du minimum vital et d’autres sont contraints de fuir leurs localités respectives pour sauver leur peau? C’est la preuve que la foi des fidèles musulmans est, une fois de plus, à l’épreuve des problèmes existentiels du pays. Cela dit, l’heure ne doit donc pas être aux célébrations excessives, mais à la retenue et à la solidarité. Une solidarité envers toutes les personnes qui sont dans le besoin afin de leur permettre de fêter dans la joie auprès des leurs. C’est l’esprit même du jeûne du Ramadan qui recommande à chaque fidèle, à travers la Zakat al-Fitr, d’avoir une pensée envers les plus démunis. Ces valeurs de partage et de solidarité sont donc à préserver. Par ailleurs, et c’est sans surprise, ce mois béni de jeûne a été marqué par des prières pour la paix, la cohésion sociale et le vivre-ensemble dans notre pays. C’est même devenu un rituel depuis près d’une décennie. Malheureusement, on a l’impression que les années se suivent et se ressemblent. Comme si nos prières ne montaient pas au Ciel, ou comme si Dieu avait décidé de rester sourd à nos supplications. Plaise à Allah qu’il n’en soit ainsi. Mais c’est à se demander si, pour certains, on est vraiment sincère dans nos prières. En tout cas, on ne peut pas demander une chose et faire le contraire. Autrement dit, on ne peut pas invoquer la paix et la cohésion sociale dans les prières et cultiver la haine et la division dans nos actes. Si on veut vraiment la paix et la cohésion sociale, elles ne se décrètent pas et ne tomberont pas non plus du Ciel. C’est seulement à travers nos actes et comportements qu’on peut les acquérir. Et le jeûne musulman et le carême chrétien sont des moments propices de spiritualité pour purifier les cœurs endurcis et retourner à des valeurs plus humaines.
«Le Pays»
