REACTIVATION DE L’AGOA : Quand Trump fait montre de realpolitik
Les Etats-Unis ont réactivé le 3 février dernier, l’African Growth and Opportunity Act (AGOA), du nom de cet accord commercial qui permet à une trentaine de pays africains d’exporter leurs produits sur le marché américain sans droits de douane. Si la Chambre des représentants avait voté pour une reconduction de trois ans, les sénateurs ont finalement ramené la durée à un an. En effet, l’AGOA a été relancé jusqu’au 31 décembre 2026, “avec effet rétroactif au 30 septembre 2025″, date à laquelle il avait expiré, a souligné le représentant au Commerce de la Maison- Blanche (USTR), Jamieson Greer, dans un communiqué.
Trump est allé au-delà des tensions pour se laisser guider par ses seuls intérêts économiques
C’est un rétropédalage du président Donald Trump qui n’avait pas fait de la réactivation de l’AGOA une priorité. En tout cas, il ne s’est pas empressé de relancer cet accord quand celui-ci est arrivé à terme. C’est tout de même curieux venant d’une personne qui, d’habitude, est si réactive. La raison, on la connaît. Le locataire de la Maison- Blanche avait fait de la réactivation de cet accord commercial un moyen de chantage, notamment sur les pays africains, dans le cadre de sa guerre commerciale mondiale qu’il a déclarée dès son retour au Bureau ovale. Sauf que cette stratégie hégémonique ne s’est pas avérée très payante. Puisque les pays concernés, loin de se plier aux desiderata de l’Oncle Sam, se sont plutôt montrés pragmatiques. Face à cette suspension, ils ont commencé à chercher d’autres alternatives en traitant avec d’autres puissances telles que la Chine, qui continue d’étendre son influence sur le continent, la Russie, le Japon, l’Arabie Saoudite, le Qatar qui frappent à la porte du continent pour y faire des affaires. Le président milliardaire, bien averti des questions économiques, était bien conscient des risques qu’il prenait en maintenant les choses en l’état. Il ne pouvait donc pas se permettre de se passer indéfiniment d’une trentaine de pays, donc d’une trentaine de marchés, encore moins prendre l’énorme risque de laisser son adversaire le plus redoutable qu’est la Chine, contrôler seul ce vaste terrain d’opportunités. C’est dire qu’en relançant l’AGOA, Donald Trump a fait montre de realpolitik. Il s’est montré d’autant plus pragmatique qu’il est même allé au-delà des tensions pour se laisser guider par ses seuls intérêts économiques. C’est ainsi qu’il n’a pas pu se passer de la première puissance économique du continent qu’est l’Afrique du Sud, en dépit de ses relations tendues avec ce pays. C’est cela le pragmatisme trumpien! Et on peut facilement le lire à travers le choix des pays qui bénéficient des avantages de ce texte. En effet, parmi la trentaine de pays concernés, on retrouve la République démocratique du Congo (RDC), la Côte d’Ivoire, l’Afrique du Sud, le Nigeria, le Ghana, l’Angola, le Sénégal, le Bénin, le Kenya, la Tanzanie… C’est un choix calculé, d’autant plus que la plupart des pays couverts regorgent d’énormes ressources qui font le bonheur du marché américain.
Pourvu que les pays bénéficiaires de l’AGOA puissent en tirer le maximum de profit
Cela dit, on ne peut que se réjouir de l’activation de l’AGOA qui sonne comme un ouf de soulagement pour l’économie de nombreux pays africains. Cet accord lancé en 2000 sous le président démocrate Bill Clinton, constitue une pièce maîtresse des relations commerciales entre les Etats-Unis et les pays africains. En effet, il permet d’exporter plus de 1 800 produits vers les Etats-Unis sans droits de douane. Même si c’est d’abord pour les intérêts de son pays, cette décision du président Trump est à saluer. Car, avoir de telles facilités dans un contexte marqué par la multiplication des taxes douanières qui n’épargnent presqu’aucun Etat, cela ne peut qu’être bénéfique pour les pays concernés. Oui, on le sait. Tout cela est assorti d’un certain nombre de conditions, notamment le pluralisme politique, le respect des droits humains, la lutte contre la corruption… Mais ce ne sont que des formalités. La seule condition qui vaille, c’est de faire les affaires des Etats-Unis. Le représentant au Commerce de la Maison-Blanche ne s’en est d’ailleurs pas caché. Il a clairement fait savoir que pour obtenir une prolongation de l’AGOA, les pays africains devaient s’ouvrir davantage aux produits américains, leur offrir un meilleur accès au marché. Jamieson Greer a même précisé vouloir travailler avec les parlementaires américains pour moderniser le programme afin de l’aligner sur la politique “America first ou L’Amérique d’abord” du président Trump. Mais qu’à cela ne tienne ! Pourvu que les pays bénéficiaires de l’AGOA puissent en tirer le maximum de profit.
« Le Pays »
