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RESOLUTIONS DE L’UA SUR L’ESCLAVAGE ET LA LUTTE CONTRE LE TERRORISME : Effet d’annonce ou annonce sans effet ?


La 39e session ordinaire de la Conférence des chefs d’Etat et de gouvernement de l’Union africaine (UA), tenue les 14 et 15 février derniers à son siège à Addis-Abeba en Ethiopie, a refermé ses portes sur des résolutions fortes. Au nombre de celles-ci, celle qualifiant l’esclavage et la colonisation comme des « crimes contre l’humanité ». Une première dans l’histoire de l’organisation panafricaine, qui va dans le sens des aspirations des sociétés civiles africaines, et qui marque une étape importante dans la reconnaissance des exactions commises par le colonisateur et des souffrances endurées par les peuples africains pendant des siècles. Et l’UA ne s’y trompe pas, en soulignant le « caractère systématique et planifié de ces pratiques » qui ont eu des conséquences dévastatrices sur les populations africaines.

 

Le préjudice subi par les Africains, reste énorme

 

Toujours est-il que l’organisation continentale se propose de porter la question devant l’Assemblée générale de l’ONU, dans une volonté de faire reconnaître les injustices subies par les peuples d’Afrique et établir un cadre juridique international qui condamne formellement ces actes odieux. Autant dire que c’est dans un combat plutôt titanesque et de longue haleine que s’engage l’UA, au regard de la position dominante des maîtres d’hier au sein de l’organisation mondiale. Et le combat est d’autant loin d’être gagné d’avance que le préjudice subi par les Africains reste énorme. Si fait que les implications pourraient être lourdes de conséquences pour le colonisateur, notamment par rapport à l’incontournable question des demandes de réparations. De quoi se poser la question : quelles chances une telle plainte a-t-elle de prospérer devant l’ONU ? De quoi se demander aussi si cette résolution sera à même de produire les effets escomptés. Ou, si elle ne restera qu’un effet d’annonce ou une annonce sans effet. Il en va de même pour la question de la lutte contre le terrorisme, qui est l’autre résolution forte de ce 39e sommet d’Addis-Abeba. Un engagement fort des chefs d’Etat, qui paraît plus un clin d’œil aux pays du Sahel frappés de plein fouet par la pieuvre tentaculaire, qu’une volonté de porter l’estocade à un ennemi ondoyant qui a fini de faire la preuve qu’il a plus d’un tour perfide dans sa besace. On est d’autant plus porté à le croire que concernant la question du terrorisme et son approche sur le continent noir, les dirigeants africains sont loin d’avoir la même vision, encore moins de parler le même langage. En effet, entre ceux qui sont déjà dans l’œil du cyclone et ont décidé de compter sur leurs propres forces pour mener le combat contre l’hydre à multiple têtes, et ceux qui se sentent peu concernés par la question quand ils ne fondent pas leurs espoirs sur de douteux soutiens extérieurs, les points de vue sont parfois difficilement conciliables quand les relations entre certains pays ne sont pas marquées par de fortes tensions.

 

L’UA a du mal à peser dans la résolution des conflits sur le continent noir

 

Et ce, dans un contexte de fortes suspicions où certains pays sont soupçonnés de jouer à un jeu trouble ou de pactiser carrément avec les terroristes. C’est dire combien la question divise au sein de l’opinion africaine et même des Etats. Et ce, dans un contexte où la mutualisation des forces qui passe pour être la panacée dans ce combat contre un ennemi à plusieurs visages, peine à être une réalité à l’échelle régionale, a fortiori continentale. C’est dire aussi si c’est un pari qui reste un véritable défi pour l’organisation panafricaine. Et l’on attend de voir si l’UA réussira à le tenir. En tout état de cause, avec une organisation panafricaine qui compte essentiellement sur les financements extérieurs pour son propre fonctionnement, on se demande si au-delà de la force commune et des troupes à mobiliser, l’UA sera à même de réunir les moyens matériels et financiers nécessaires pour combattre efficacement les forces obscurantistes. On reste d’autant plus dubitatif qu’au-delà des difficultés de mobilisation des ressources, l’organisation basée à Addis-Abeba, a du mal à assumer son rôle de leadership et à peser dans la résolution des conflits sur le continent noir. Et ce, dans un contexte où l’expérience amère du G5 Sahel, qui avait été conçu pour casser du terroriste, mais qui est mort de sa belle mort dans les conditions que l’on sait, reste vivace dans les esprits et doit donner à réfléchir.

 

 « Le Pays »    

 

 

 


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