HomeA la uneSECURITE ALIMENTAIRE : Comment éviter les intoxications ?

SECURITE ALIMENTAIRE : Comment éviter les intoxications ?


Dans un contexte de sensibilité des consommateurs aux problèmes de sécurité sanitaire des aliments, il a été développé un instrument pour rassurer d’avantage les consommateurs sur le maintien de la qualité et de l’innocuité des aliments : la traçabilité. Cette technique permet, entre autres, de bâtir un système capable de réagir rapidement en cas de crise sanitaire.

Selon la norme ISO 9000, la traçabilité est définie comme « l’aptitude à retrouver l’historique, la mise en œuvre ou l’emplacement de ce qui est examiné ».

La norme ISO 22000 (§7.9) complète cette définition par une exigence de maîtrise du système documentaire et des enregistrements.

Le Guide ACTA donne la définition suivante : “Aptitude à retrouver l’historique, l’utilisation ou la localisation d’un article, ou d’une activité, ou d’articles et d’activités semblables, au moyen d’une identification enregistrée”.

Il s’agit donc d’une démarche qui consiste à donner la possibilité de retrouver la trace des différentes étapes et lieux de vie d’un produit, depuis sa création jusqu’à sa destruction. Autrement dit, la traçabilité permet d’identifier pour un produit :

  • toutes les étapes de sa fabrication ;
  • la provenance de ses composantes et leurs fournisseurs ;
  • les endroits où le produit et ses composantes ont été entreposés ;
  • les contrôles et tests sur le produit et ses composantes ;
  • les équipements utilisés dans sa fabrication ou sa manipulation,
  • les clients directs qui ont acheté le produit.

Au plan international, la traçabilité est aujourd’hui une exigence réglementaire.

Une des exigences de la règlementation sur la traçabilité est l’étiquetage des denrées alimentaires préemballées. L’étiquetage est régi au Burkina Faso par la Norme nationale NBF 01 – 117 : 2009  « Etiquetage des denrées alimentaires préemballées ».

Cette norme impose à tout producteur de denrées alimentaires préemballées, l’obligation d’informer les consommateurs sur les produits qu’il met à la consommation. Ces informations visent à assurer un niveau élevé de protection de la santé et des intérêts du consommateur. La norme nationale sur l’étiquetage fixe les informations qui doivent obligatoirement figurer sur un emballage.

La liste des mentions obligatoires devant être inscrite de façon claire et indélébile à l’aide d’encre ou de peinture non toxique sur chaque emballage comprenant essentiellement les informations sur :

  • le nom du produit ;
  • la composition du produit (liste des ingrédients) ;
  • le mode d’emploi du produit ;
  • les caractéristiques nutritionnelles ;
  • le nom et l’adresse du producteur ou fabricant et /ou de l’emballeur ;
  • le contenu net (la quantité) ;
  • l’identification de lot (Numéro de lot) ;
  • la date de fabrication / d’emballage s’il y a lieu ;
  • la date de péremption (date limite de consommation ou date limite d’utilisation optimale selon la nature du produit) ;
  • le pays d’origine ;
  • les conditions de conservation.

Il faut noter que ces mentions pourraient permettre de protéger les consommateurs en leur évitant des intoxications alimentaires, des réactions allergiques lorsque l’on est sensible, ou encore en leur permettant d’équilibrer leur alimentation.

Qu’est-ce que le reconditionnement des denrées alimentaires ?

Le reconditionnement d’une denrée alimentaire consiste en un changement d’emballage de cette denrée. Il peut se faire avec ou sans maintien de la quantité initiale du produit.

Sans être exhaustif, le reconditionnement pourrait s’effectuer lors d’une des circonstances suivantes :

– l’emballage d’origine est détérioré et le produit est transféré dans un / des emballage(s) de substitution ;

– le produit se présente dans un grand conditionnement qui ne permet pas au consommateur de l’utiliser dans un laps de temps sans que le produit ne se détériore ;

– le produit se présente dans un grand conditionnement et le prix n’est pas à la portée de la grande majorité des consommateurs.

Dans les deux derniers cas, il est possible de faire des petits conditionnements accessibles, et les vendre dans les rayons de points de vente habituels. Cette pratique est très courante dans la commercialisation de la poudre de lait et du sucre granulé. En effet, de la poudre de lait ou du sucre granulé conditionnés dans des sacs de 25 ou de 50 kg sont reconditionnés dans des emballages de 500 g ou 1 kg pour être revendus dans les rayons des surfaces de distribution et très souvent, au mépris des règles d’étiquetage des denrées alimentaires préemballées.

Il faut remarquer que tout reconditionnement doit toujours s’accompagner d’un transfert des informations essentielles d’étiquetage figurant sur l’emballage d’origine du produit.

En plus de ces informations figurant dans l’étiquetage d’origine, l’étiquetage du produit reconditionné doit comporter le nom et l’adresse  de l’emballeur (celui qui a reconditionné le produit), la date de reconditionnement et surtout la nouvelle date de péremption car, dès l’instant où le produit initial est reconditionné, la date de péremption initiale n’engage plus juridiquement le fabricant. Il appartient à l’emballeur, au regard des conditions de manipulation lors du reconditionnement, de fixer une nouvelle date de péremption en deçà de la date de péremption d’origine du produit (car l’ouverture de l’emballage d’une denrée alimentaire préemballée réduit sa durée de conservation).

Pourquoi le reconditionnement dans le non-respect des règles d’étiquetage pourrait-il être dangereux pour la santé des consommateurs ?

Le reconditionnement, s’il n’est pas conduit dans le respect des règles d’étiquetage des denrées alimentaires préemballées, pourrait être dangereux pour la santé des consommateurs.

Le non-respect des règles d’étiquetage entraîne une rupture de la traçabilité du produit qui pourrait entraîner des dommages inestimables pour les consommateurs et même les distributeurs en cas de crise sanitaire. Une preuve tangible est la présente crise sanitaire causée par certains produits de la firme française LACTALIS. N’eût été les éléments de traçabilité, il aurait été difficile de lier les cas de salmonelloses constatées en France à certains des produits de ladite firme. Ce sont ces mêmes éléments de traçabilité qui ont permis de remonter les chaînes de distribution jusque dans les rayons des officines pharmaceutiques à Ouagadougou. Cette traçabilité a permis le retrait et le rappel des produits par LACTALIS et les autorités sanitaires des pays concernés.

Pour conclure, nous invitons les responsables des surfaces de distribution à effectuer les reconditionnements dans le respect des règles régissant cette pratique.

Aux consommateurs, nous recommandons la prudence lorsqu’ils font leurs achats,  de toujours s’assurer de la présence sur les emballages des denrées alimentaires préemballées, des éléments essentiels d’information et de traçabilité.

Karim KOUDOUGOU, Biochimiste


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