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SITUATION EN LIBYE : L’opération de charme du Général Haftar

 

Le président Idriss Deby Itno du Tchad a reçu mardi dernier, le commandant en chef de l’armée nationale libyenne (ANL), le Général Khalifa Belqasim Haftar, accompagné pour l’occasion d’une forte délégation. Au menu des échanges, il y avait évidemment la situation politico-militaire libyenne de plus en plus délétère et volatile, mais aussi les bruits de bottes de plus en plus menaçant en provenance de la frontière nord du Tchad, avec la présence supposée, dans cette partie du territoire, de rebelles tchadiens dont la base arrière se trouverait dans le sud de la Libye. Cette rencontre entre le patron de l’ANL et les autorités tchadiennes, est intervenue au lendemain de la prise du « croissant pétrolier » libyen par les forces fidèles au Général Haftar, et il s’agissait pour les deux parties, de clarifier les intentions de ce dernier et de rassurer les partenaires occidentaux et africains de plus en plus inquiets, face aux agissements de l’insaisissable Général. Certes, ce dernier a accepté de remettre la gestion des quatre ports (Sidra, Ras Lanouf, Brega et Zoueitina) qu’il occupe de force depuis le 11 septembre, aux autorités intérimaires, mais il n’en reste pas moins un casse-tête pour les amis de la Libye qui doutent de sa capacité à régler les antagonismes qui ont toujours existé entre Libyens, mais qui ont été exacerbés depuis la chute de Mouammar Kadhafi. Le pays que le Général controversé rêve de diriger, est devenu en effet un champ de mines à ciel ouvert, où des groupes armés opposés les uns aux autres, dictent leur loi dans des parties entières du territoire qu’ils considèrent comme étant leurs fiefs, sans se soucier ni du respect des droits de l’Homme, ni de l’unité du pays. Comment peut-on, dans ce chaos généralisé, empêcher des têtes brûlées comme Khalifa Haftar, de prendre des initiatives dangereuses pour la paix et la survie même de la Libye en tant qu’Etat ? L’espoir que le gangstérisme de Nicolas Sarkozy et de David Cameron a, malgré tout, suscité chez une bonne partie des Libyens au lendemain de l’intervention franco-britannique en 2011, s’est révélé être un véritable désastre pour ce pays naguère stable et prospère, puisque le fallacieux argument de l’ingérence humanitaire n’a finalement servi qu’à anéantir Mouammar Kadhafi, et plusieurs dizaines de milliers de Libyens avec. Ce n’est donc pas étonnant que les deux comparses (Sarkozy et Cameron) soient aujourd’hui sur la sellette pour avoir non seulement désarticulé la Libye, mais aussi pour avoir contribué à faire de la bande sahélo-saharienne, le sanctuaire du terrorisme islamiste. La nature ayant horreur du vide, des individus au passé sulfureux et aux connexions troubles comme le Général Haftar, ont occupé le terrain, et essaient tant bien que mal d’asseoir leur légitimité à travers des opérations de communication et de charme vis-à-vis de leurs concitoyens et vis-à-vis de la Communauté internationale de plus en plus désespérée de la situation sécuritaire dans ce pays. Les actions de déstabilisation menées par les Français et les Britanniques en 2011, sous le couvert et au nom de la Communauté internationale, ont totalement décrédibilisé les efforts consentis par cette dernière pour réparer ses torts, et il n’est pas étonnant que le gouvernement d’union nationale qu’il a débarqué manu militari au large de Tripoli, peine à unir, comme il  devrait le faire, l’ensemble des Libyens.

L’Union africaine devrait aider les Libyens à transcender leurs querelles picrocholines

C’est peut-être conscient de l’irréparable erreur commise par les Occidentaux en 2011 et de l’hostilité de la majorité des Libyens vis-à-vis de tous ceux qui sont réputés être proches de ces derniers, que Khalifa Haftar qui, jusqu’à une date récente, était  soutenu à bout de bras par les Américains notamment, a, pour ainsi dire, tourné casaque pour se rapprocher davantage de ses voisins africain et arabe comme le Tchad et l’Egypte. L’Union africaine pourrait profiter du cuisant échec des Américains et des Européens dans leur tentative de pacifier la Jamahiriya pour reprendre les choses en main, elle dont la voix a été inaudible pendant que les missiles et les chasseurs français et britanniques paradaient au-dessus de Tripoli, de Benghazi et de Syrte. Car, en rendant visite à son vieil ennemi Idriss Deby qui avait menacé de l’extrader vers la Libye au lendemain de sa prise du pouvoir en 1990 s’il ne quittait pas le territoire tchadien où il avait été emprisonné avant d’être libéré et retourné contre Kadhafi par le président tchadien d’alors Hissène Habré, le général Kalifa Haftar a non seulement, rencontré le président d’un pays voisin, mais aussi celui de l’Union africaine, qui pourrait parier sur lui pour le retour progressif de la paix en Libye. C’est peut-être dans cette perspective qu’il s’est rendu coup sur coup au Tchad et en Egypte, tout en posant des actes teintés de nationalisme en Libye même, avec la guerre sans merci qu’il a engagée contre les islamistes radicaux, et contre les gouvernements successifs à Tripoli, qu’il a toujours considérés comme de simples faire-valoir des puissances occidentales. Ceux qui connaissent le passé de l’homme diront que c’est « l’hôpital qui se moque de la charité », mais si par réalisme politique, Haftar décide de changer de camp et de partenaires afin de trouver des solutions endogènes à la crise libyenne, il y a lieu de l’encourager et de le soutenir. Pour autant, ses paroles et ses actes devront être scrutés à la loupe, car ses récentes visites chez ses voisins Deby et Al Sissi pourraient être une entourloupe pour se faire adouber par deux puissants dictateurs afin de faire main basse sur la Libye et ses immenses richesses pétrolières. Dans le contexte actuel de la Libye, ce serait une gravissime erreur de penser qu’on peut s’imposer à toutes les autres factions armées, quelle que soit sa puissance de feu, et l’Union africaine devrait aider les Libyens à transcender leur ego et leurs querelles picrocholines en invitant les chefs de guerre et les chefs de tribus à la table de négociations, afin de choisir celui qui sera le plus apte à rabibocher les positions antagonistes, qu’il s’appelle, Fayez el-Sarraj, Khalifa Haftar ou autre.

Hamadou GADIAGA

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