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SOMMET AFRIQUE-FRANCE DE MONTPELLIER

Quel impact sur la politique des dirigeants africains ?

Demain vendredi 8 octobre 2021, se tient, à Montpellier en France, un sommet Afrique-France au format inhabituel. En effet, en lieu et place des têtes couronnées du continent africain, ce sont des représentants de la société civile des 54 pays du continent noir, qui seront les hôtes du président français. Pour un sommet qui sort vraiment de l’ordinaire, on pouvait difficilement trouver mieux. Et cette façon, pour le président Macron, de casser les codes en élevant, peut-on dire, ces jeunes acteurs de la société civile à la dignité des chefs d’Etat qui sont généralement ses interlocuteurs en pareille circonstance, est aussi inédite qu’elle peut être porteuse d’espoir d’un changement qualitatif pour le continent africain. C’est dire si ce sommet se présente comme celui de la rupture, et cela devrait permettre à l’Afrique d’en tirer le meilleur parti.  D’autant que ces membres de la société civile africaine, a priori théoriquement apolitiques, sont censés être plus proches des aspirations profondes des peuples africains dont elles sont par ailleurs l’émanation.

 

 

La tenue de ce sommet inédit est un changement de paradigme qui paraît pour le moins bien pensé

 

 

En tout cas, dans sa forme, le sommet de Montpellier tranche déjà avec le décor un brin humiliant de cette cohorte de chefs d’Etat africains réunis autour d’un grand chef blanc pour débattre des problèmes du continent, et où les sujets qui fâchent sont généralement soigneusement éludés. Avec des sommets qui se suivent et se ressemblent, sans impact réellement visible sur le quotidien des populations africaines. Cette fois-ci, en misant sur la jeunesse et surtout la société civile, gageons que le président Macron qui a fait le pari du changement, sera bien servi sur les interrogations de la jeunesse africaine en vue de redéfinir les fondamentaux de la relation entre la France et le continent africain. Cela est d’autant nécessaire que ce sommet avec la jeunesse africaine, intervient à un moment charnière où la France est en difficulté dans ses rapports avec certains de ses partenaires traditionnels africains. Ce sur fond de développement d’un certain sentiment antifrançais, au moment où  des pays comme la Chine ou encore la Russie semblent se positionner en alternative crédible pour le continent africain. L’occasion faisant le larron, qui sait si ce sommet ne sera pas l’occasion de crever l’abcès et de mettre les points sur les I d’une relation qui est en train de prendre du plomb dans l’aile ? Le jeu en vaut d’autant plus la chandelle que le feuilleton en cours des velléités de rapprochement des autorités de la transition malienne avec les russes de Wagner, semble marquer un tournant dans les relations entre la France et ce qui passe encore pour être son pré-carré en Afrique. L’enjeu, pour Paris qui ne voit pas d’un bon œil un tel rapprochement, étant d’éviter que l’exemple malien ne fasse tache d’huile si Bamako venait à franchir…le Djoliba.

En tout état de cause, la tenue de ce sommet inédit avec la jeunesse africaine, est un changement de paradigme qui paraît pour le moins bien pensé.

 

 

Macron prêchera-t-il dans le désert ?

 

 

Et en faisant le choix de la jeunesse, l’on est tenté de dire que le président Macron fait le pari de l’avenir, dans une Afrique en proie à ses propres démons, parfois farouchement hostiles au changement et dont une certaine élite politique désireuse de se fossiliser au pouvoir, est la parfaite incarnation. C’est pourquoi on peut déjà souhaiter que ce genre de sommet survive à son initiateur. La question est maintenant de savoir quel impact le sommet de Montpellier pourrait avoir sur la politique des dirigeants africains. Quand on voit la manière dont certains de ces dinosaures de la faune politique africaine se comportent en véritables prédateurs de la démocratie et des règles de l’alternance, on se demande l’accueil qu’ils pourraient bien réserver aux conclusions et autres recommandations d’un tel sommet qui se veut celui de la rupture et dont ils ont été royalement écartés. C’est dire si, même avec le soutien de l’Elysée, le combat de la société civile africaine est loin d’être gagné d’avance. Et, sans jouer les Cassandre, tout porte à croire qu’il faudra bien plus que des sommets de Montpellier pour faire bouger les lignes dans le sens du changement qualitatif attendu par les populations africaines, y compris les sociétés civiles qui ont déjà vécu l’amère expérience des répressions barbares qui sont le seul langage des dictateurs du continent. Macron prêchera-t-il alors dans le désert ?  On espère que non. Mieux, l’on espère que le sommet de Montpellier n’accouchera pas d’une souris. Et que ce n’est pas las de la monotonie des rencontres au sommet avec ses pères/pairs que le jeune président français a décidé de s’offrir un bol d’air avec des gens de sa génération.

 

 « Le Pays »

 

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