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SORTIE DES LEADERS RELIGIEUX SUR LA CONDUITE DE LA TRANSITION AU MALI

 Au-delà des appels à l’apaisement…

A six mois de l’échéance, la réussite de la Transition est devenue une préoccupation majeure sur les rives du Djoliba. C’est dans cette optique que, dans une déclaration commune rendue publique à l’issue d’une réunion qui les regroupait le 30 août dernier à Bamako,   les leaders religieux de toutes les confessions religieuses du Mali ont appelé « à un sursaut national et à un changement de comportement. Ils ont aussi exhorté les populations à une mobilisation pour la paix et la stabilité ».  Un appel au calme pour une Transition apaisée qui se justifie à bien des égards, eu égard aux difficultés et pas des moindres liées aux divergences qui divisent déjà les Maliens sur certains sujets. Est de ces sujets-là, la question de la durée de la Transition dont des voix exigent le respect scrupuleux du délai de 18 mois imparti à l’échéance du mois de février 2022, pendant que d’autres s’élèvent de plus en plus, au sein même de l’organe législatif, pour demander une prolongation.

 

 

A six mois de l’échéance, on ne voit rien venir comme signes annonciateurs de la tenue imminente des élections

 

Pendant ce temps, l’unanimité est loin d’être faite sur la question de la création d’un organe unique pour la gestion des futures élections, annoncée par le Premier ministre Choguel Maïga lors de sa récente rencontre avec la classe politique. C’est dire si cet appel des religieux maliens aux différents acteurs à jouer balle à terre pour une issue heureuse de la Transition, ne pouvait pas mieux tomber. Car, sans jouer les Cassandre, il ne serait pas exagéré de dire qu’il y a déjà véritablement péril en la demeure, au vu de l’évolution de la situation.  Et pour cause. A six mois de l’échéance, on ne voit rien venir comme signes annonciateurs de la tenue imminente des élections, comme par exemple la publication du calendrier électoral, la révision du fichier électoral encore moins le calendrier d’enrôlement des électeurs et de retrait des cartes d’électeurs.  Déjà qu’en temps normal, une telle opération n’est pas chose aisée, que dire alors de la prégnance de la crise sécuritaire que traverse le pays et qui devrait en rajouter à la difficulté de la situation ? Et c’est ce moment que choisissent les autorités de la Transition pour s’adonner à une opération « mains propres » aux allures de chasse aux sorcières, contre les anciens dignitaires du régime déchu d’Ibrahim Boubacar Kéïta. Toute chose qui pourrait d’autant faire l’objet de crispation, que le récidiviste putschiste de Kati qui a réussi la prouesse de se hisser à la tête de la Transition au grand dam de la communauté internationale, ne fait pas l’unanimité au Mali. Il est soupçonné de velléités de se porter candidat aux prochaines élections, alors même que l’esprit et la lettre de la Charte de la transition sont censés l’en empêcher. C’est dire si les religieux maliens sont dans leur rôle, et l’on peut comprendre leur volonté de rester à équidistance des différents protagonistes en n’étant pas plus incisifs dans leur appel.

 

 

Plus tôt le pays sortira de l’Etat d’exception, mieux cela vaudra

 

 

Mieux, l’on peut dire qu’ils ont raison de tirer la sonnette d’alarme au regard de tous ces faits apparemment anodins mais qui s’annoncent comme autant de gros nuages qui pourraient dangereusement assombrir le ciel de la Transition malienne.  D’autant que si l’on n’y prend garde, leurs prières et autres incantations, aussi ferventes qu’elles puissent être, ne seront pas en mesure de conjurer le mauvais sort si les principaux protagonistes  n’y mettent pas, chacun de son côté, du sien. C’est pourquoi, face aux appels itératifs à l’apaisement, il convient de pointer du doigt la responsabilité des dirigeants de la Transition. Car, ce sont eux qui impriment le rythme de la marche actuelle de la Nation. Et de leur attitude et de leur capacité à s’inscrire dans la dynamique de la remise, le plus rapidement possible, du pays sur les rails de l’ordre constitutionnel normal, dépendra fortement la réussite de cette Transition. S’ils s’engagent et travaillent consciencieusement au respect des délais, ils trouveront grâce non seulement aux yeux de leurs compatriotes, mais aussi à ceux de la communauté internationale qui veille au grain. Et c’est le Mali qui y gagnerait. Car, plus tôt le pays sortira de l’Etat d’exception, mieux cela vaudra. Mais, si Assimi Goïta et ses camarades sont mus par des intentions malveillantes de ruser dans le but inavoué de rouler tout le monde dans la farine et faire un bébé dans le dos de la Transition, l’opération pourrait être périlleuse à plus d’un titre. C’est pourquoi l’opération « mains propres » en cours aux allures de chasse aux sorcières dans le but de déblayer le terrain des élections à venir, a de quoi interroger. Cela ne pourrait que renforcer les clivages et exacerber la crise latente qui couve déjà sous les cendres. A ce rythme, au lieu d’être la solution d’un nouveau départ, il fait craindre que les futures élections ne soient le début d’une autre crise politique d’envergure. Ce dont le Mali n’a pas besoin.

 

 « Le Pays »

 

 

 

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