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SUSPENSION DES TRAVAUX DU CANAL MOGHO NAABA : Les riverains s’inquiètent, la mairie rassure

SUSPENSION DES TRAVAUX DU CANAL MOGHO NAABA : Les riverains s’inquiètent, la mairie rassure

Les travaux de réalisation du Canal Mogho Naaba, débutés sous la Transition,  ont été suspendus depuis décembre 2016, laissant les riverains dans l’inquiétude. Et ils sont nombreux, les habitants du quartier Cissin, qui s’interrogent sur les raisons profondes de la suspension de ces travaux. Pour certains, ces raisons seraient liées à un manque de ressources financières. Pour en savoir davantage, nous sommes allés à la rencontre des acteurs.

Un grand fossé   s’étendant du stade René Monory au croisement de la Rue Liwaga du côté du lycée Universalis, suscite de la curiosité à Ouagadougou, plus précisément au quartier Cissin. A l’intérieur, un petit barrage aménagé pour la stagnation de l’eau. Quelques vigiles en gilets estampillés COGEB, sont assis à l’entrée. Non loin d’eux, des monticules de sable. Bref, nous sommes sur le site des travaux d’aménagement du marigot Mogho Naaba en canal. Si les travaux finissent bien comme prévu, ce projet porterait le nom « Canal Mogho Naaba ». Long d’environ 4, 7 kilomètres, ce canal fait partie du « Projet d’assainissement des quartiers périphériques de Ouagadougou ». Lequel projet est financé à hauteur de 28 milliards de F CFA par la Banque africaine de développement (BAD), le gouvernement burkinabè et la commune de Ouagadougou.    La BAD y a contribué à hauteur de 25 milliards de F CFA, le gouvernement à hauteur de 2 milliards de F CFA et la commune de Ouagadougou pour 1 milliard de F CFA.

Pour la réalisation de ce Canal, une étude de faisabilité a été réalisée depuis 2010, en même tant que les trois autres composantes du « projet d’assainissement des quartiers périphériques de la capitale» dont l’extension du centre de traitement et de valorisation des déchets de la ville. Les travaux de sa réalisation ont été lancés en 2014, avec un délai d’exécution de 18 mois hors saisons de pluies. Ils consistent, entre autres, en la construction d’un canal allant du stade René Monory au croisement de la Rue Liwaga du côté du lycée Universalis. Cette infrastructure a pour objectif de renforcer le réseau de drainage des eaux pluviales de la commune de Ouagadougou, afin de réduire les inondations récurrentes qui continuent de sévir dans les quartiers de la ville.

La suspension des travaux crée la panique au sein des riverains

Pour faciliter l’exécution de ces travaux, une zone de servitude de 20 mètres a été définie de part et d’autre du tracé du canal projeté. Mais depuis le 30 décembre 2016, les travaux ont été suspendus. Sur le chantier, le matériel de la société en charge d’exécuter les travaux a été réduit. C’est du moins le constat que nous avons fait, le 4 février dernier. En dehors des vigiles, le chantier est désert, si fait que les riverains se posent mille et une questions. « Nous avons des inquiétudes. On ne comprend pas pourquoi ils ont arrêté les travaux. Pourtant, nous courons beaucoup de risques, surtout avec la saison de pluies qui s’annonce. J’aimerais que l’Etat trouve une solution bien avant la saison pluvieuse», a laissé entendre Robert Guissou, auxiliaire en pharmacie et riverain. Même son de cloche chez la vendeuse de bouillie, Alimata Ouédraogo, dont la cour fait face au « futur » canal. « Quand elle (NDLR : la société en charge des travaux) a débuté les travaux, on se disait qu’on était désormais à l’abri des inondations. Et depuis un certain temps, les bandits ont fui les lieux. Mais depuis décembre, les travaux ont été suspendus. Pourtant, nous serons bientôt en saison de pluies », s’inquiète-t-elle. Tout comme Alimata Ouédraogo et Robert Guissou, le vigile Abou Diasso dont la cour jouxte également le canal, a peur que lui et les siens ne soient envahis par les eaux à la prochaine saison de pluies. « Elle (NDLR : la société en charge des travaux) a creusé des fossés et est partie.  Nous ne savons pas vraiment pourquoi les travaux ont été suspendus. Elle ne nous a rien dit avant de suspendre les travaux et on ne voit plus personne sur le chantier pour pouvoir demander ce qui se passe. On a entendu dire que c’est parce qu’elle a des difficultés avec le gouvernement. Pourtant, si elle avait continué, à l’heure actuelle, les travaux seraient achevés et l’on serait à l’abri des inondations. Donc, vous les journalistes, dites-leur de faire vite, car nous sommes en insécurité », a-t-il souligné. Des inquiétudes qui pourraient se justifier en ce sens qu’autrefois, cet endroit était un dépotoir d’ordures et faisait partie des lieux de prédilection des bandits. « A certaines heures de la nuit, on ne pouvait pas traverser le marigot, car les bandits y étaient fréquents et s’en prenaient aux gens », a confié Mme Ouédraogo. Et l’auxiliaire en pharmacie, Robert Guissou, d’ajouter : « Si on réalise ce canal, cela va résoudre beaucoup de problèmes, notamment l’insécurité et les inondations. Il y avait l’insécurité et nous étions confrontés à un problème d’évacuation des eaux ». Autant de problèmes qu’ils ne souhaitent plus revivre. Toute chose qui l’a amené à lancer ce cri du cœur : «  On aimerait qu’ils reprennent tôt les travaux, parce que nous ne voulons pas continuer à vivre ce cauchemar».

Les ressources financières sont disponibles, selon les autorités communales

Si Robert Guissou, Abou Diasso et Alimata Ouédraogo s’interrogent sur les raisons de la suspension des travaux du Canal, le taximan Issaka Zougrana est convaincu que c’est le nerf de la guerre qui fait défaut. « Pour nous, c’est un problème d’argent. Sinon, je ne vois pas ce qui peut entraîner la suspension d’un tel chantier, aussi important pour la survie des populations. C’est le financement qui manque. Il faut que le gouvernement mette la main à la poche. On ne peut pas réaliser un tel projet sans dépenser», a-t-il soutenu. Mais, selon le Directeur des études et des statistiques de la planification à la commune de Ouagadougou, Boureima Kaboré, par ailleurs Coordonnateur du « Projet d’assainissement des quartiers périphériques de Ouagadougou », la suspension des travaux du Canal n’est pas liée à un manque de ressources financières. Selon cet expert de la planification, le budget alloué pour la réalisation des travaux du canal est bel et bien disponible. « Les ressources financières sont disponibles et sont en lieu sûr. Elles sont disponibles à la BAD qui règle les factures en fonction de l’état d’avancement des travaux. 95% des ressources de financement ne sont pas dans les caisses du gouvernement, ni de la commune. Donc, les ressources sont disponibles au niveau de la BAD, du gouvernement et de la commune de Ouagadougou. Chaque partie a débloqué l’argent de sa contrepartie pour les travaux », a-t-il expliqué.

Contrairement à ce que pensent les riverains, les travaux ont été suspendus pour des problèmes plutôt d’ordre technique. « Il y a des problèmes d’ordre technique à cause desquels nous sommes obligés de suspendre les travaux, pour voir plus clair avant de les continuer », a-t-il soutenu. Selon ses explications, ces problèmes techniques nécessitent une revue des études de faisabilité du canal réalisées en 2010. Car, ces études, a-t-il indiqué, n’allaient pas permettre d’atteindre les objectifs que l’Etat s’est fixés dans le cadre de la réalisation de ce chantier. « Pour le marigot du Mogho Naaba, il y a eu une étude de faisabilité du canal qui a été faite depuis 2010. Sur la base de cette étude, nous avons recruté une entreprise pour l’exécution des travaux et un maître d’œuvre qui doit l’assister pour la surveillance et le contrôle des travaux. Mais, comme ce sont des études qui datent de plus de 5 ans et qu’au niveau du terrain, il y a eu des évolutions liées à la dégradation du marigot, il a fallu que la mission chargée de la surveillance et du contrôle des travaux fasse la revue des études initiales pour pouvoir exécuter les travaux dans les règles de l’art », a-t-il soutenu. A l’en croire, cette revue a pris un peu de temps, pour la simple raison que le bureau en charge des travaux voulait vérifier un certain nombre de choses qui n’étaient pas prévues dans les études initiales avant de valider le dossier technique d’exécution du chantier.

« Si nous obtenons une célérité du traitement du dossier au niveau du gouvernement, nous pouvons redémarrer les travaux avant la saison des pluies », a-t-il soutenu.

A l’entendre, la revue des études peut jouer sur le budget initial prévu pour la réalisation de grands chantiers. « Il est possible qu’au lieu de 28 milliards de F CFA, le budget soit revu à la hausse, parce que les études datent de longtemps et il y a beaucoup de paramètres sur le terrain, qui seront désormais pris en compte. Dans ce cas de figure, le gouvernement et la commune de Ouagadougou pourront s’en charger. Mais, c’est possible aussi qu’on reste dans notre enveloppe financière initiale de 28 milliards de F CFA, étant donné que sur la base des appels d’offres qu’on a lancés pour le recrutement des entreprises, nous avons des reliquats de financement qui peuvent servir à des avenants. Mais, nous espérons pouvoir utiliser l’enveloppe de 28 milliards de F CFA pour pouvoir terminer le chantier », espère-t-il. Toutefois, il a tenu à rassurer les riverains que les travaux reprendront avant la saison des pluies. « Le projet a démarré en 2014, pour un délai d’exécution de 4 ans. La dernière année d’exécution de ce chantier est 2017. Donc, nous n’avons pas intérêt à ce que certaines parties des ouvrages ne soient pas exécutées avant la saison des pluies. Ce n’est vraiment pas dans notre intérêt d’arriver à cette situation. Nous avons presque bouclé les dossiers pour pouvoir reprendre les travaux. Mais, ces dossiers doivent être approuvés par la Commune de Ouagadougou, le gouvernement et la BAD avant qu’on ne puisse signer les avenants nécessaires avec les entreprises pour reprendre les travaux. Tout dépendra du délai de traitement des dossiers par les différents acteurs (...). Sinon, nous sommes à un niveau où tous les acteurs techniques du projet sont tombés d’accord sur les différentes options à retenir et nous pensons que dans les jours à venir, on pourra soumettre au gouvernement les propositions des avenants pour pouvoir reprendre les travaux. Si nous obtenons une célérité du traitement du dossier au niveau du gouvernement, nous pouvons redémarrer les travaux avant la saison des pluies, car la BAD est déjà au courant de ces dossiers après avoir effectué des sorties de terrain pour constater de visu les différentes difficultés auxquelles nous sommes confrontés. Les entreprises sont sur place et sont prêtes à redémarrer les travaux», a-t-il souligné.

Un taux d’exécution physique de 48,25%

Pour avoir une idée sur l’état d’avancement des travaux de réaménagement du canal, nous avons cherché à rencontrer l’entreprise chargée d’exécuter le chantier, en l’occurrence le groupe COGEB International. Après plusieurs rendez-vous manqués, c’est l’ingénieur en eau et assainissement, Alassane Fayama, intervenant par ailleurs dans le projet, qui nous fera l’état des lieux du chantier. A l’en croire, les travaux sont à un taux d’exécution satisfaisant. « A la date du 30 décembre 2016, lorsqu’on suspendait les travaux du canal, on était à un taux d’exécution physique de 48,25% avec un délai consommé de 56,3% », a-t-il révélé. De l’avis du Directeur des études et des statistiques de la planification à la commune de Ouagadougou, Boureima Kaboré, le « projet d’assainissement des quartiers périphériques de Ouagadougou », dans son ensemble, avance très bien. Les différents sous-projets qui le composent, notamment l’aménagement du marigot du Mogho Naaba en canal, l’extension du centre de traitement et de valorisation des déchets solides de la ville de Ouagadougou, l’assainissement des secteurs inondables, la construction d’un pont à Rimkiéta, dans l’ex-secteur 17, sont à un taux d’exécution physique satisfaisant.

Mamouda TANKOANO

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