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TRANSITION POLITIQUE AU TCHAD

Deby fils a intérêt à civiliser le régime

Les obsèques de l’ancien président tchadien, Idriss Deby Itno, se sont déroulées le 23 avril  dernier. Le grand chef des Blancs, Emmanuel Macron, en personne, a fait le déplacement de Ndjamena pour rendre un dernier hommage au soldat et surtout à « l’ami » de la France. Des chefs d’Etat de l’Afrique centrale et ceux des pays du Sahel africain, y ont également fait le déplacement pour traduire non seulement leur reconnaissance à l’illustre disparu, mais aussi pour apporter leur soutien au nouvel homme fort du pays, c’est-à-dire Mahamat Idriss Deby. Au plan donc exogène, ce dernier  peut se réjouir de la presque unanimité qui s’est dégagée pour saluer son avènement au pouvoir. Il peut notamment se satisfaire de ce que le premier responsable de l’ex-puissance coloniale, lui ait donné la garantie qu’il veillera sur la stabilité et l’intégrité territoriale du Tchad, comme du lait sur le feu. Le message est clair et net. Et il a été certainement entendu du côté de la Libye ; elle qui a toujours été une menace pour l’intégrité territoriale du Tchad et dont le territoire sert aujourd’hui de base arrière aux rebelles du FACT (Front pour l’alternance et la concorde au Tchad). Le message presque martial du grand chef des Blancs, a été certainement entendu également par ce mouvement politico-militaire.

 

Le problème du Tchad ne se réduit  pas aujourd’hui seulement à la rébellion armée

 

La France fera tout pour la stabilité du Tchad. Elle déploiera donc l’armada qu’il faut, si ce n’est déjà fait, pour empêcher les rebelles de marcher sur Ndjamena. Et à moins de vouloir se faire harakiri, les rebelles n’ont pas d’autre choix que de prendre en considération l’avertissement des autorités hexagonales. En tout cas, l’on peut faire le constat que depuis le décès du président Idriss Deby, les rebelles du FACT observent une trêve. Mieux, ils ont laissé entendre ceci : « Nous sommes d’accord pour un cessez-le-feu, pour une solution politique aux problèmes tchadiens ». Deby fils va-t-il accéder à cette offre de paix de ceux qui ont tué son père ? Rien n’est moins sûr. En tout cas, son armée continue de bombarder les positions rebelles. Et fort du soutien officiel de la France, Deby fils pourrait être tenté de venger son père. Et cela pourrait passer non seulement par une victoire militaire totale sur les rebelles, mais aussi par  la mort de leur chef, Mahamat Mahadi Ali. Deby fils pourra donc entamer sa prise de pouvoir par  des offensives militaires significatives contre les rebelles du FACT. Et  avec l’appui de la France, cela sera  un jeu d’enfants. Mais même si ce scénario se réalise, le pays n’aura pas pour autant la tête hors de l’eau. En effet, le problème du Tchad ne se réduit  pas aujourd’hui seulement à la rébellion armée. Tout le monde ou presque est vent debout pour dénoncer cette forme de dévolution monarchique du pouvoir. Et aucun démocrate, qu’il soit du Tchad ou en dehors, ne peut accepter d’avaler la couleuvre que Macron et compagnie tentent de faire avaler aux Tchadiens. En tout cas, les jours à venir pourraient être très agités au Tchad. Demain mardi déjà, la société civile appelle à manifester contre les généraux qui se sont retranchés au CMT (Comité militaire de transition) pour perpétuer le système Deby père et défendre leurs intérêts.

 

La force  militaire ne peut pas régler les problèmes politiques

 

Et Deby fils commettrait une grande faute politique, s’il  faisait couler le moindre sang des croquants. Car,  dans ce cas de figure, l’opinion politique française pourrait monter au créneau pour appeler Macron à revoir sa copie vis-à-vis de Deby fils. Macron tout comme Deby fils sont en train de marcher sur des œufs. En dehors du MPS (Mouvement patriotique du salut), parti fondé par Deby père, qui se dit favorable au CMT, tous les autres partis  et associations de la société  militent pour une transition démocratique au Tchad. Rien que ce dimanche, le Cardinal de Ndjamena a appelé  à une transition démocratique et inclusive au Tchad. A la vérité, Deby fils a intérêt à civiliser le régime. Et le décès brutal de son père est une opportunité pour lui, d’arrimer enfin le Tchad à la démocratie, la vraie. C’est seulement à ce prix  que le Tchad peut aspirer à la stabilité et au développement. Toutes les autres options  sont sans issue. La force  militaire ne peut pas régler les problèmes politiques. C’est sûr que les faucons de son clan tenteront de le maintenir dans la logique militariste et tribale de son défunt père, pour préserver  leurs privilèges. Mais il doit tout faire, pour autant qu’il aime le Tchad, pour s’affranchir de cette logique qui ne peut que conduire le pays au chaos et même menacer sa vie. C’est de  cette façon seulement qu’il apportera la preuve qu’il n’est pas venu aux affaires pour venger son père, mais pour apporter sa contribution à la réalisation de la première alternance démocratique du pays.

 

« Le Pays »

 

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