20 ANS APRES LA CHUTE DU ROI DU ZAIRE : Kabila, un Mobutu au petit pied

20 ANS APRES LA CHUTE DU ROI DU ZAIRE : Kabila, un Mobutu au petit pied

 

Il y a de cela 20 ans que prenait fin, sur les rives du fleuve Congo, la tragique épopée du roi du Zaïre, Mobutu Sese Seko Kuku Ngbendu wa Za Banga, après 32 ans de règne sans partage. En effet, le 16 mai 1997, le « Léopard », traqué par les troupes rebelles de l’Alliance des Forces démocratiques pour la libération du Congo conduites par Laurent Désiré Kabila, était contraint de quitter Kinshasa. La suite de l’histoire, bien pathétique, est connue. Elle sera celle de la décadence d’un monarque errant comme un pauvre hère sur les chantiers de l’exil, de son village natal au Maroc en passant par le Togo, avant de laisser ses restes dans l’anonymat dans un petit carré du cimetière chrétien de Rabat. Ce malheureux épilogue contraste bien pourtant avec la splendeur passée de cet homme qui faisait la pluie et le beau temps au Congo. Après s’être débarrassé du leader nationaliste Patrice Lumumba, Mobutu accède au pouvoir  par un coup d’Etat le 24 novembre 1965,  qui dépose le président Joseph Kasa-Vubu et son gouvernement conduit par Moise Tshombé. Surfant sur la lutte anticommuniste dans le contexte de la guerre froide, avec la bénédiction des puissances occidentales, en l’occurrence les Américains, il instaure un régime autoritaire à parti unique, et développe à l’envi le culte de la personnalité.

Le pays n’a pas encore assouvi sa soif d’alternance démocratique

On retiendra particulièrement de ce pouvoir totalitaire, la sanglante répression de la révolte estudiantine de 1969, avec en prime la condamnation à mort de 12 étudiants et l’enrôlement de 2000 autres de force dans l’armée, ou encore le massacre  de plusieurs dizaines d’étudiants de Lubumbashi en 1990 par la Division spéciale présidentielle (DSP). Au plan économique, bradant les richesses nationales aux investisseurs étrangers attirés par l’eldorado minier que constitue le pays, Mobutu érige la corruption en mode de gouvernance. Dans le domaine culturel, les années Mobutu auront été marquées par la révolution culturelle caractérisée par le mouvement du retour à l’authenticité au cours duquel il troque son nom Joseph Désiré Mobutu contre celui de Mobutu Sese Seko Kuku Ngbendu wa Za Banga. La « débaptisation » du Congo en Zaïre participe aussi de cet élan. Dans la décennie 80, la chute des cours des matières premières entraîne le pays dans une grave crise économique et la fracture se crée alors entre un peuple qui a faim et son chef multimilliardaire et mégalomane. Cependant, ce qui aura véritablement été fatal au régime mobutiste, c’est la fin de la guerre froide qui, en le privant de ses généreux soutiens extérieurs, l’isole face à son opposition galvanisée par le discours de la Baule. Il est contraint à autoriser le multipartisme et à partager son pouvoir. Usé par le pouvoir, l’âge et la maladie, Mobutu recevra le coup de grâce de l’Est du pays d’où  est partie en 1996 la rébellion de l’Alliance des Forces démocratiques pour la libération du Congo, bras armé du Front patriotique rwandais et de l’Ouganda et dont la progression a été facilitée par la révolte latente d’une population blasée par la gestion chaotique du pays. Le 20ème anniversaire de cette débâcle du régime de Mobutu intervient à un moment où la République Démocratique du Congo est confrontée au même problème qu’elle traîne au pied comme un boulet, depuis son accession à la souveraineté nationale: le pays, en 60 années d’existence, n’a pas encore assouvi sa soif d’alternance démocratique. En 20 ans donc, le pays aura dansé dans le même cercle maléfique sans parvenir à le briser. Et demain ne semble pas être la veille de la fin de ce sort maléfique que les djinns de la forêt ont lancé aux Bantous.

Le 20e anniversaire de la chute de Mobutu aura été pour Kabila un rendez-vous manqué avec son peuple

En effet, défiant l’histoire, le présidant Joseph Kabila joue des pieds et des mains pour demeurer ad vitam aeternam au pouvoir. Lorsque l’on regarde l’extrême précarité des conditions de vie des populations congolaises aujourd’hui et que l’on entend l’écho des bruits de bottes au Centre et à l’Est du pays, qui vient se mêler au vacarme des manifestations de l’opposition à Kinshasa ou à Lubumbashi, l’on a la terrible impression que l’histoire est sur les sentiers de la vengeance. L’on ne peut, dans une telle situation, qu’établir le même constat que  Aldous Huxley quand il disait ceci : «  Le fait que les hommes tirent peu de profit des leçons de l'Histoire est la leçon la plus importante que l'Histoire nous enseigne." « Nul n’échappe à son destin », dit-on, et les risques sont énormes dans un Congo au bord de l’implosion, si fait que l’on a envie de dire que le locataire du Palais de marbre de Kinshasa, sera contraint de reprendre les mêmes sentiers de l’exil frayés par Mobutu il y a de cela deux décennies. Ailleurs, la chute du Léopard de Kinshasa n’a pas mis fin à l’ère des grands timoniers sur le continent. Des « Léopards », il en subsiste encore dans les savanes et forêts africaines et qui rêvent encore de mourir au pouvoir. Dans la liste de cette race résiduelle, figurent des noms comme Yuweri Museveni d’Ouganda, Paul Biya du Cameroun, Robert Mugabe du Zimbabwe ou encore Denis Sassou Nguesso du Congo, pour ne citer que ceux-là qui guident les pas de jeunes félins comme Pierre Nkurunziza du Burundi ou Faure Gnassingbé du Togo. Même s’ils comptent sur leur aura personnelle pour ne pas connaître le même sort que Mobutu, ils doivent bien se rendre à l’évidence que l’Afrique est résolument engagée sur la voie de la démocratisation.

Cela dit, la commémoration du 20ème anniversaire de la chute de l’immense baobab qui toisait la forêt congolaise, aura été pour Kabila un rendez-vous manqué avec son peuple. L’occasion était, en effet, belle pour lui d’offrir à ce peuple le cadeau qu’il a si longuement chéri, c’est-à-dire l’alternance démocratique à la tête de l’Etat congolais, en annonçant publiquement qu’il renonçait à toute velléité de tripatouillage constitutionnel pour se maintenir au pouvoir. Sans nul doute, les Kinois auraient acclamé cette annonce  avec la même ferveur et le même enthousiasme qu’ils avaient réservé à la proclamation de son père  quand il disait « Mobutu est fini….le pouvoir, il n’en aura plus… ».

 

« Le pays »

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