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SORTIE DE L’OPPOSITION SUR LES OBSEQUES DE DJ ARAFAT : A récupérateur politique, récupérateur et demi

Comme une force occulte libérée par un patricien de la magie noire qui peine à la maitriser, la mort de DJ Arafat n’en finit pas de défrayer la chronique en Côte d’Ivoire.  Suite à  la profanation de la tombe du Daishikan, qui a conduit à l’arrestation d’une douzaine de « Chinois », l’opposition politique ivoirienne est sortie du bois  pour tirer à boulets rouges sur le pouvoir d’Alassane Dramane Ouattara (ADO). En effet,  le député Alain Lobognon que l’on sait proche de l’ex-président de l’Assemblée nationale, Guillaume Soro, en rupture de ban avec le Chef de l’Etat,  n’est pas allé avec le dos de la cuillère pour pointer du doigt la faillite, dans l’organisation des obsèques du roi du « coupé-décalé »,  des autorités qui, selon lui, auraient dû impliquer l’ensemble de la classe politique et même associer les illustres aînés de la musique ivoirienne tels Alpha Blondy et Tiken Jah Fakoly, afin qu’ils tempèrent les ardeurs des fans les plus excités.

Les funérailles grandioses de DJ Arafat ne sont que l’expression de l’instrumentalisation politique de l’émotion populaire

Embouchant la même trompette, le président de Liberté et démocratie pour la République, Mamadou Koulibaly, voit dans ces funérailles, « un calcul politicien » du gouvernement qui, finalement,  « s’est retrouvé à troubler l’ordre public ». Bref, en un mot comme en mille, l’opposition politique accuse le gouvernement d’avoir récupéré politiquement la mort et les funérailles de l’une des icônes de la musique ivoirienne.

Le moins que l’on puisse dire après cette volée de bois vert  sur la majorité au pouvoir, est que l’opposition est dans son rôle. Elle a profité de la faillite des organisateurs pour s’inviter au débat sur une question nationale dont l’envergure a largement débordé des frontières de la Côte d’Ivoire.  Mieux qu’une simple prise de parole pour prendre part au débat national, il y a du vrai dans le réquisitoire que dressent les opposants contre le gouvernement ivoirien. En effet, non seulement les soupçons de récupération politique des obsèques du Daishikan ne sont pas sans fondement, mais aussi la responsabilité du pouvoir est pleine et entière dans le malheureux épilogue qu’a connu l’évènement. Et pour cause.

Les funérailles grandioses accordées à DJ Arafat sur financement des fonds publics ivoiriens, ne sont que l’expression de l’instrumentalisation politique de l’émotion populaire avérée ou supposée, par le pouvoir du président ADO pour s’attirer la sympathie de milliers de « Chinois ». Mais en faisant les yeux doux à « l’empire chinois », établi sur les bords de la lagune Ebrié, le pouvoir a commis une monumentale erreur. En effet, à quoi d’autre pouvait-il s’attendre, sinon à des actes d’indiscipline, en inscrivant dans le panthéon ivoirien, quelqu’un qui s’est illustré par ses frasques et ses inconduites notoires et tout cela dans une impunité totale ? Et pire, après avoir célébré le culte de l’impunité à coups de grandioses libations, les autorités ont commis l’erreur de ne pas tenir compte de la psychologie de leurs convives aux funérailles en oubliant de ne pas prendre les mesures sécuritaires adéquates.

C’est à une guerre de positionnement que l’on assiste

Cela dit, l’opposition politique en Côte d’Ivoire, en faisant le procès du pouvoir dans cet immense gâchis des funérailles du Daishikan, s’inscrit dans la même dynamique que le pouvoir. Car elle est, elle-même, dans la logique de la récupération politique. Sans nul doute espère-t-elle ainsi rattraper son retard sur un terrain où les moyens colossaux du pouvoir lui avaient largement rabattu le caquet !

Ceci étant, l’on sait que cette nouvelle déchirure sur la scène politique ivoirienne née des obsèques de DJ Arafat, n’est que le remou de surface d’une lame de fond qui n’en finit pas de secouer le pays de l’Eléphant dans  la perspective des élections de 2020. C’est donc à une guerre de positionnement que l’on assiste. Et même si l’on ne peut pas forcément compter sur les « Chinois »  dans les urnes,  il faut compter avec eux pour la sérénité du scrutin. Et Dieu seul sait de quelles ressources, ces derniers disposent en termes de capacité de nuisance. Mais l’on peut bien se poser la question de savoir si l’opposition, tout comme la majorité, ne filent pas du mauvais coton en cherchant à pactiser avec le diable, c’est-à-dire avec une frange de la jeunesse ivoirienne désœuvrée et amorale qui a dénié à sa propre idole, la dignité en profanant sa sépulture.

En tout état de cause, au-delà de la perspective des élections qui se profilent à l’horizon, ce fiasco des funérailles de DJ Arafat doit amener une  prise de conscience de la classe politique ivoirienne. Sur quel projet de société et sur quelles valeurs humaines et morales a-t-elle bâti la Côte d’Ivoire ?  Et surtout de quelles valeurs sera faite la Côte d’Ivoire de demain ? Il y a vraisemblablement urgence à répondre à ces questions et à développer une gouvernance conséquente si le pays ne veut pas revivre une autre fois les heures sombres de son histoire.

 

«  Le Pays »

  

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