ABLASSE OUEDRAOGO, PRESIDENT DE LE FASO AUTREMENT : « La table ronde de Paris sur le PNDES est un leurre »

ABLASSE OUEDRAOGO, PRESIDENT DE LE FASO AUTREMENT : « La table ronde de Paris sur le PNDES est un leurre »

Il est le président du parti Le Faso Autrement, par ailleurs président sortant de la Coalition pour la démocratie et la réconciliation (CODER) dont il fut l’un des pères fondateurs. Ablassé Ouédraogo, puisque c’est de lui qu’il s’agit, est connu pour n’avoir pas sa langue dans sa poche. Avec lui, nous avons abordé plusieurs sujets liés à l’actualité politique nationale, notamment le discours du Premier ministre sur la situation de la nation et le récent séjour de la CODER à Abidjan, en Côte d’Ivoire où elle a rencontré l’ex-président burkinabè, Blaise Compaoré, dans le cadre de la réconciliation nationale. Ablassé Ouédraogo, rappelons-le, était de la délégation.

Comment votre Parti, Le Faso Autrement, prépare-t-il les élections partielles du 28 mai 2017 ?

De la meilleure manière possible ! Le Faso Autrement, contrairement à certaines formations politiques du pays, prépare les élections partielles avec sérénité et foi. Nous avons présenté des candidats dans l’Arrondissement 4 de Ouagadougou et dans les Communes de Dandé, Zoaga et Zogoré. Cela peut paraître modeste, mais c’est un choix fait en tenant compte des expériences vécues par le parti lors des élections passées. C’est uniquement par esprit de réalisme politique. Nos équipes sur le terrain, sont prêtes pour la campagne et nous espérons avoir, au soir du 28 mai 2017, des élus pour augmenter les effectifs de nos conseillers aujourd’hui au nombre de 87, et ainsi consolider notre implantation sur le territoire national. L’enjeu de ces élections partielles est d’abord local et Le Faso Autrement n’a pas voulu voir plus grand que ses yeux. C’est cela qui explique que nous ne sommes pas présents dans toutes les 19 localités concernées par les présentes élections.

Comment réagissez-vous aux propos du MATD qui dit qu’il n’y aura pas de subvention spéciale pour les élections partielles du 28 mai 2017 ?

Certainement que nous aurions voulu bénéficier d’un appui de l’Etat pour ces élections partielles. C’est dommage car le MATD lui-même connaît la situation précaire de nombreux partis. Et si le Burkina Faso veut voir sa démocratie se consolider et s’enraciner, il y a un prix à payer. Et l’Etat a sa part de responsabilités à assumer. Je regrette cette décision du MATD, car il faut organiser les élections dans les meilleures conditions possibles, si l’on veut avoir des périodes post-électorales de tranquillité et de sérénité. La paix et la stabilité dans un pays, ont un coût qu’il faut couvrir. L’Etat a cette responsabilité régalienne.

Le CFOP annonce un meeting d’interpellation et de protestation le 29 avril prochain. Y prendrez-vous part ?

Le Faso Autrement a déclaré, le 21 juillet 2016, son appartenance à l’opposition politique au Burkina Faso et à ce titre, il se sent concerné par toutes les actions entreprises par l’opposition. Surtout si, comme vous l’avez dit dans votre question, il s’agit d’interpeller le gouvernement sur des sujets bien précis et de lui faire part du mécontentement et de l’impatience de la population qui nourrissait, avec les élections de novembre 2015, de grands espoirs. Nous disons que le pays va mal et vacille. D’ailleurs, le Président de l’Assemblée nationale, Salifou Diallo « himself », partage notre évaluation en soulignant avec force, dans sa réaction au discours du Premier ministre Paul Kaba Tiéba sur la situation de la nation le 14 avril 2017 à l’hémicycle, que les populations vivent dans la misère et la souffrance. Nous devons tous ensemble, Pouvoir et Opposition, faire quelque chose pour redresser la situation que vit notre pays. Aussi, il ne vous a pas échappé que Le Faso Autrement est initiateur, conjointement avec les autres membres de la CODER, d’un processus capital pour la paix, la stabilité et la prospérité de notre nation et qui doit nous conduire à une véritable réconciliation nationale sincère, inclusive et définitive afin que les Burkinabè, comme un seul homme, se bâtissent un destin commun radieux. La réconciliation nationale représente l’avenir du Burkina Faso et je suis d’avis, comme beaucoup de compatriotes, qu’il faut tout faire pour éviter de faire traîner le processus ou tenter de le déstabiliser en provoquant des crises institutionnelles qui ne feront qu’accroître les difficultés des populations en approfondissant la crise multidimensionnelle jamais égalée que traverse le Burkina Faso.

Quelles solutions proposez-vous pour la relance économique du Burkina ?

J’ai coutume de dire que la pauvreté du Burkina Faso et les échecs successifs des politiques économiques, depuis l’indépendance de notre pays jusqu’à nos jours, ne sont pas une fatalité. Lorsque vous regardez de près, aucun des pays dits développés n’a atteint son niveau de développement dans une situation constante de division interne. Le Burkina Faso n’a certes pas d’énormes ressources naturelles, mais sa principale richesse, ce sont ses femmes et ses hommes. Le capital humain est la richesse la plus sûre, sur cette terre des hommes. Tout le monde reconnaît au Burkinabè ses qualités de travailleur courageux, intègre et intelligent. Le capital humain est un atout pour faire du Burkina Faso un pays de services, comme la Suisse ou la Tunisie. Mais pourquoi n’arrivons-nous toujours pas à émerger ? Notre drame est que nous sommes habités par les trois « M » : la méchanceté, la médiocrité et la mesquinerie, si bien que nous travaillons toujours les uns contre les autres. Nous n’avons jamais confiance les uns aux autres et nous sommes toujours égocentriques dans nos comportements. C’est moi d’abord, ma famille, mon village, ma province et mon pays ensuite. L’intérêt général et la Nation sont rarement pris en considération dans nos comportements. La condition sine qua non pour une véritable relance réussie de l’économie de tout pays, c’est l’instauration et l’enracinement de la confiance en interne et avec l’extérieur.
La première condition pour une relance économique réussie, c’est la consolidation ou la prise de conscience de notre esprit-nation. Nous avons un destin commun qui nous engage tous et tant que nous ne serons pas réconciliés entre nous et avec nous-mêmes, alors tous nos programmes et projets connaîtront toujours le même sort : l’échec ! C’est donc la réconciliation nationale franche, sincère et inclusive, la première des conditions à remplir. Je ne prône nullement la promotion d’une pensée unique.
Et quand nous aurons réalisé cette réconciliation nationale, les gouvernants devront travailler sur trois axes principaux à mon avis. Il s’agit de donner un second souffle à l’économie nationale, de donner confiance aux opérateurs économiques nationaux et d’inciter et susciter les investissements étrangers. Pour faire court et simple, je dirai que donner un nouveau souffle à l’économie nationale revient à donner un ballon d’oxygène aux entreprises locales en les refinançant et ceci passe, entre autres, par l’apurement de toute ou grande partie de la dette intérieure. Les mécanismes pour y parvenir existent et sont connus. Par ailleurs, pour donner confiance aux opérateurs économiques nationaux, il faudra déjà éviter de faire la chasse aux « amis » du régime défunt et tout faire pour éviter les délocalisations d’entreprises, car ces délocalisations sont toujours synonymes de fuite de capitaux. Il ne s’agit bien évidemment pas de promouvoir l’impunité pour les crimes économiques, mais plutôt d’éviter à tout prix de remplacer un favoritisme par un autre favoritisme. Une application stricte du code des investissements et des règles d’attribution des marchés publics doit être observée. Et pour finir sur cette question, je dirai que si nous réussissons à refinancer les activités des entreprises locales et que nous empêchons la fuite des capitaux, alors, les investisseurs internationaux reprendront confiance et viendront investir massivement au Burkina Faso, puisque le potentiel existe et la situation géographique de notre pays est un atout considérable. Naturellement, tout ceci passe par la garantie d’une sécurité tant sur le plan juridique que pour les personnes et leurs biens, ainsi que d’une situation de paix et de stabilité. C’est d’ailleurs ce qui été rappelé à juste titre dans les conclusions du rapport de la conférence de Paris des 7 et 8 décembre 2017 sur le financement du PNDES (Plan national de développement économique et social).

Une délégation de la CODER s’est entretenue avec l’ancien Président Blaise Compaoré, le 11 avril 2017 à Abidjan. Que s’est-il passé exactement ?

Tout s’est très bien passé et la délégation de la CODER a échangé, pendant trois heures, le 11 avril 2017 à Abidjan, avec le Président Compaoré sur la démarche en vue de réaliser une réconciliation nationale sincère et inclusive dans notre pays. Et pour taire toute éventuelle polémique inutile et nauséabonde qui n’a pas sa place, je confirme qu’au cours des entretiens, moi, Ablassé Ouédraogo, j’ai décelé en Blaise Compaoré, un homme en pleine forme, un homme sans amertume, sans rancune et un homme qui a pardonné. Ce qui confirme d’ailleurs aisément notre présence à Abidjan, pour le rencontrer. Et les photos postées sur le net et publiées dans les journaux, illustrent amplement mon appréciation qui reste bien sûr personnelle et c’est mon droit de donner mon appréciation de ce que j’ai vécu. A l’entame de notre entretien, le Président Compaoré qui reste, quoique l’on pense, attaché à la vie du pays qui l’a vu naître, se préoccupe toujours de son évolution. Il a souhaité aux Burkinabè tout le bonheur et au Burkina Faso la paix, la stabilité et la sécurité, conditions incontournables pour construire et pour poursuivre le développement de notre cher et beau pays. Il a insisté sur le fait que « rien ne peut se construire si la nation n’est pas réconciliée et que le peuple doit se retrouver pour revenir sur des bases saines ». Il a salué la démarche de la CODER et souhaité que le processus de réconciliation auquel il adhère, réussisse pleinement. Il nous a conseillé « de redoubler d’efforts et de continuer dans la même dynamique en élargissant le consensus autour de la réconciliation nationale ». Cette audience, qui s’inscrit dans le cadre de la mise en œuvre du programme d’activités de la CODER, a été très fructueuse et positive tout comme les entretiens antérieurs que nous avons eu l’honneur d’avoir avec le Président du Faso, Roch Marc Christian Kaboré, le Président de l’Assemblée nationale, Salifou Diallo, les anciens Présidents Jean-Baptiste Ouédraogo et Michel Kafando, les autorités morales, coutumières et religieuses, le Haut Conseil pour la réconciliation et l’unité nationales, les structures de la société civile, l’Union d’action syndicale, le MBDHP, l’ancien ministre d’Etat chargé de la Réconciliation nationale et des réformes politiques, Ram Ouédraogo. Nos échanges se poursuivront dans les prochains jours avec les associations des familles des victimes de l’insurrection des 30 et 31 octobre 2014 et de la tentative du coup d’Etat du 16 septembre 2015, et probablement avec le ministre de la Justice, des droits humains et de la promotion civique garde des sceaux et le Premier ministre ainsi que des partenaires internationaux et des représentants de missions diplomatiques auprès de notre pays. Nous attendons aussi la réaction du Général Isaac Zida, suite à notre demande d’audience.
Dans la vision de la CODER, le processus de la réconciliation nationale place la justice au cœur et se veut sincère et inclusif. Mais cette justice ne doit pas être sélective ou à double vitesse, mais une justice équitable. La démarche comporte deux étapes, à savoir la tenue du Forum préparatoire et l’organisation des assises nationales sur la réconciliation nationale. Avec une volonté politique prenant en compte l’intérêt général, le processus peut être bouclé d’ici fin 2017. Nous n’avons pas d’autres alternatives, et la réconciliation nationale est l’avenir du Burkina Faso.

Le Premier ministre Paul Kaba Thiéba a livré le 14 avril 2017, aux députés de l’Assemblée nationale, son discours sur la situation de la nation. Que pensez de son message ?

Le Premier ministre Paul Kaba Thiéba s’est soumis à l’article 109 de la Constitution pour présenter la situation de la nation. Mais au lieu de présenter la photographie de la situation, il a préféré infliger une punition aux députés, ainsi qu’à tous ceux qui l’ont suivi sur les radios et les télévisions en leur imposant la lecture chaotique de son « mémoire » de 62 pages, pendant trois (3) heures. Il était hors sujet et naturellement qu’il a dit beaucoup de contrevérités, pour paraître et sauver son fauteuil. Faire croire que tout est rose au Burkina Fao et que les Burkinabè sont heureux actuellement, est une insulte à l’intelligence de notre peuple. L’exercice a été laborieux, ennuyeux et assommant et l’on peut comprendre les honorables députés qui ont pu s’assoupir au cours de cette séance plénière de l’Assemblée nationale. Le format de l’exercice doit être revu et corrigé pour l’adapter au contexte moderne. Comme nous l’avions proposé en 2012 quand nous étions député, il serait judicieux que le discours du Premier ministre soit communiqué aux députés quelques jours avant la date de la cérémonie, pour leur permettre de l’étudier et de se présenter à la séance avec des questions au Premier ministre et aux membres de son gouvernement. Le format de l’exercice tel que vécu le 14 avril 2017, est obsolète sans refonte, si l’on recherche l’efficacité. Sur le fond, je ne serai pas plus royaliste que le roi. Je voudrais saluer le Président de l’Assemblée nationale qui, avec honnêteté, courage et objectivité, a recadré le Premier ministre et son gouvernement en reconnaissant que les Burkinabè sont dans la souffrance. Les députés devraient d’ailleurs chercher à comprendre davantage ce chiffre de 6,2% qui ne peut pas refléter la réalité, car l’on sait que les secteurs moteurs de la croissance au Burkina Faso, sont le coton et les mines. Malheureusement, ces deux secteurs ont rencontré les difficultés que nous connaissons tous et qui les ont certainement handicapés. Le pouvoir d’achat et les capacités de consommation des Burkinabè se sont dégradés et l’augmentation du coût de la vie est devenue intenable. Le commun des Burkinabè s’en plaint et grogne. A titre d’illustration, citons la hausse du prix de certains produits de première nécessité comme, entre autres : le prix du pain qui est passé de 130 FCFA à 150 F CFA, le sac de 100 kg de maïs blanc qui est passé de 14 000 F CFA à 16 500 F CFA, le sac de petit mil de 19 000 F CFA à 20 000 F CFA, le kg de riz américain de 400 à 450 F CFA, le plat de 3 kg de haricot de 400 à 450 F CFA.
A la pompe d’essence, les motocyclistes qui s’approvisionnaient avec 1 000 à 2 000 F CFA ne peuvent payer que 500 F CFA aujourd’hui, quand les automobilistes qui payaient 10 000 F CFA ne peuvent plus payer que 1 500 F CFA ou 2 000 F CFA. Le Premier ministre n’a rien dit sur la réconciliation nationale, considérée comme la seule alternative pour permettre au Burkina Faso de se relancer. La réconciliation est l’avenir du Burkina Faso. Par contre, il s’est étalé sur le PNDES qui semble être son seul résultat. Malheureusement pour les Burkinabè, la Table ronde de Paris sur le PNDES est un leurre car ce ne sont que des intentions que les partenaires financiers ont indiquées. Ce ne sont pas des promesses et a fortiori des engagements de financements. En plus, des conditions comme la garantie de la stabilité, de la paix, de la sécurité et la réalisation de la réconciliation sont exigées par les partenaires. C’est ce qui nous fait dire que la période du PNDES, de 2016 à 2020, sera tout simplement une période de décroissance pour l’économie de notre pays. Ce discours du Premier ministre Paul Kaba Thiéba sur la situation de la nation, nous permet de comprendre que le gouvernement qui nous dirige aujourd’hui, semble le plus faible des gouvernements que notre pays ait connus. Que Dieu sauve le Burkina Faso.

Propos recueillis par Boundi OUOBA

 

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