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ABOUBACAR ZIDA DIT SIDNABA

« Des menaces de mort, j’en ai reçu à la pelle »  

Aboubacar Zida dit Sidnaba n’est plus à présenter au Burkina Faso et même à l’international. L’homme de média et de cinéma a un parcours professionnel qui inspire plus d’un. Alors que sa radio, Savane Fm, venait de célébrer son 20e anniversaire, nous sommes allé le rencontrer le 18 octobre 2019.  Pour en savoir sur l’objet de nos échanges, lisez cette interview.

 

« Le Pays » : Comment êtes-vous arrivé à la radio ?

Aboubacar Zida dit Sidnaba :   Je peux dire que j’y suis arrivé de façon accidentelle. Je n’étais pas prédisposé à être un agent de la communication. Mais je faisais partie de ceux-là même qui aimaient la communication, particulièrement la radio. La radio est mon école. Pourquoi ? Je n’ai pas eu la chance d’aller à l’école comme vous. Mais la radio m’a permis de me cultiver. Depuis ma tendre enfance jusqu’ à ce que je commence mon aventure à l’âge de 12 ans après le décès de mon père, j’aimais écouter la radio. J’ai vécu hors du Burkina Faso jusqu’ à l’âge de 25 ans. De 12 à 25 ans, c’est quand même énorme. Mais de l’extérieur, je n’avais pas coupé le cordon avec mon pays qui était à l’époque la Haute Volta. A travers la radio Haute Volta, je vivais comme si j’étais au pays parce que je suivais régulièrement les informations provenant de mon pays. J’étais vraiment amoureux de la radio. Mais compte tenu de mon handicap académique, je ne me voyais pas un jour travailler dans cet organe. Mais comment cela a-t-il pu arriver ? Je vais vous le dire. Quand je suis rentré en septembre 1987 au pays, je prenais plaisir à me rendre chez le Larlé Naaba pour suivre l’enregistrement des émissions de contes qui s’y déroulaient tous les lundis. Il faut dire que j’écoutais les contes du Larlé depuis l’âge de 6 ans. C’était donc un devoir et un plaisir d’aller écouter les conteurs dont j’entendais les voix depuis des années. C’est en m’y rendant   régulièrement  que je me suis un jour proposé de faire comme eux. Et on m’a accepté sans difficulté.  C’est ainsi que j’ai fait mes premiers pas dans le conte. Et par la suite, c’est le Larlé Naaba qui  m’a ouvert ses bras  en tant que bénévole. Quand la radio Horizon Fm a ouvert ses portes le 31 décembre 1990, le lendemain  1er janvier,  je suis allé rendre visite à mon  ami Jean Léonard Compaoré qui, à l’époque, était ministre.  C’est en causant qu’il m’a dit ceci :  Mon ami Moustapha vient de lancer sa radio depuis hier. Et comme tu travailles de façon bénévole à la radio nationale, je pense que tu seras plus utile chez Moustapha. Comme c’est un privé, tu pourras peut-être avoir un salaire. Et sur le champ, il a appelé son directeur de cabinet qui était aussi présent, un certain Zongo, pour lui dire de le rappeler le lendemain au bureau afin qu’ il appelle Moustapha.  C’est ainsi que le 3 janvier au matin, quand  j’ai capté comme d’habitude Horizon Fm très tôt le matin, l’animatrice a passé  un communiqué  émanant du PDG  qui invitait Aboubacar Zida à se présenter à la radio Horizon Fm située à l’immeuble Photo Luxe.  Sans même me doucher, je me suis rendu immédiatement à Horizon Fm. Une fois sur le lieu du rendez-vous, j’ai trouvé Moustapha à la cabine technique avec quelqu’un d’autre. Et c’était Aicha Junior qui était à l’animation. Moustapha m’a aussitôt accosté en me disant. « C’est toi l’ami du ministre ? » Et j’ai répondu par l’affirmative. Alors il m’a dit ceci : « Le ministre m’a  bien parlé de toi. Mais chez moi ici, c’est au pied du mur qu’on reconnaît le vrai maçon. Je vais donc te mettre à l’épreuve  pendant 10 minutes. Si au terme de ces 10 minutes, tu arrives à me convaincre, tu seras retenu. Dans le cas contraire, tu fous le camp ». Et sans autre forme de procès, il m’a introduit.  Aicha Junior a fait une brève introduction avant de me passer le micro. Durant ces 10 minutes, je voyais les gens applaudir à travers la cabine. Après, quand je suis allé le voir, il m’a dit : « Tu es engagé. Reviens ce soir à 20 h pour faire le concert des auditeurs ». Et   c’est ainsi que le 3 janvier 1991, j’ai commencé à faire le concert des auditeurs à Horizon Fm. Mais à Horizon Fm, je n’ai pas tardé à démontrer mes  talents  de créativité. J’ai créé pas mal d’émissions qui continuent de passer en langue mooré. Dans le mois de juin, Horizon Fm a synchronisé deux ouvertures avec radio Burkina en ce qui concerne les émissions    de 13 h et 19 h. Dans cette même période, Moustapha a été convoqué au ministère de la communication.   A cette époque, c’était Hien Théodore Kilimité qui était ministre. Il a  reproché à Moustapha d’avoir synchronisé le journal parlé sans autorisation. « Dorénavant, tu dois payer la synchronisation », lui a-t-il dit. Moustapha qui n’a pas apprécié cette façon de faire du ministre a immédiatement foncé à la radio  pour  improviser  une  réunion  restreinte. A cette réunion, Moustapha nous a demandé ce qu’on pouvait   faire pour pallier cette situation. Parce que  l’objectif était d’empêcher  que nos auditeurs ne s’orientent vers d’autres radios de la place. Nous étions 7 à cette réunion de crise  où chacun de nous a fait des propositions. Certains ont proposé des émissions de PMUB quand d’autres optaient plutôt pour  des émissions sportives ou d’humour    . Quand on m’a donné la parole, j’ai proposé un journal en langue mooré. Dès lors, tout le monde a éclaté de rire. Certains m’ont même traité de rigolo. Seul Moustapha a trouvé ma proposition très originale et a dit ceci. « On peut toujours essayer   . On fait le journal en mooré à 13h  et 19 h pendant une semaine, si ça ne suit  pas, on va changer  ». Sur le champ, il s’est levé pour se diriger dans le studio d’où il nous est revenu avec une musique instrumentale  qu’on a utilisée comme le générique du journal. On m’a fait parvenir la dépêche de l’AIB. Je me rappelle à l’époque  que les sujets majeurs de l’actualité faisaient état,  entre autres, de l’opération chirurgicale du  pape   Jean Paul II, du bombardement de Baranga au Libéria par Charles Taylor et c’était également l’assassinat du président Mohamed Boudiaf de l’Algérie ainsi que  les bombardements de Sarajevo en Bosnie Herzégovine. Ce sont ces éléments que j’ai sélectionnés pour le lancement du journal en mooré. Juste après, nous avons reçu plusieurs appels de félicitations. Certains nous ont reprochés de ne pas avoir commencé plus tôt. C’est ainsi que Moustapha m’a dit que compte tenu de l’évolution de l’actualité , il  fallait que je sois au poste à 19 h pour un autre journal . Et tout s’est enchaîné par la suite. On avait même réussi la prouesse d’éclipser le journal de radio Burkina parce que tout le monde ne jurait que par notre journal en langue mooré   . Je peux dire que  ma célébrité est partie de là et cela, grâce à la radio Horizon FM. En 1992, j’ai obtenu un emploi dans une société de fabrication de bonbons (la nouvelle confiserie du Burkina) comme agent de publicité. Dieu faisant bien les choses, il s’est trouvé que quand Sankara Inoussa s’apprêtait à ouvrir sa radio, son bailleur de fonds principal était mon patron. Et donc, après la création de la radio Energy, on m’a parachuté comme le coordonnateur de radio Energy jusqu’à  sa fermeture. Là-bas aussi, j’ai pu tirer mon épingle du jeu parce que sans me jeter des fleurs, toutes les émissions en langue mooré étaient mes œuvres. Nous sommes aujourd’hui à Savane FM après la fermeture de radio Energy suite au décès du fondateur.  Je me suis retrouvé avec des amis pour créer la radio Savane Fm qui existe depuis vingt ans aujourd’hui.

 

Vous disiez tout à l’heure que vous étiez hors du pays.  C’était où précisément ?

 

Je vivais à l’époque en Côte d’Ivoire. Et je précise que je suis planteur de café /cacao. Depuis l’âge de 18 ans, j’avais déjà ma toute première plantation. Aujourd’hui, j’en ai plusieurs en Côte d Ivoire.

 

Savane Fm a  fêté tout récemment ses vingt ans.  Quelles sont les principales difficultés auxquelles vous avez été confronté ?

 

Les difficultés, ça ne manque pas. Je ne sais pas si c’est opportun de tout relater ici ,  mais on peut parler entre autres des difficultés qui, pour nous, resteront gravées de façon indélébile dans nos mémoires. Si je prends les cas des menaces de mort , je dirais que j’en ai reçu à la pelle. Surtout au temps de l’affaire Norbert Zongo. A un moment donné, je croyais que mes jours étaient comptés. Mais Dieu merci, on a pu traverser cela. Pendant la mutinerie, nous avons été attaqués deux fois le même jour. Nos matériels ont été détruits et  emportés. La plupart de nos archives sont parties également. Cela a été vraiment un coup dur pour nous. Pendant le coup d’état de 2015 également, on a encore été visité par les militaires. Jusqu’ à ce jour, c’est un problème qui n’a jamais été élucidé. Tout ça, c’est des choses dont les Burkinabè, pour la plupart, ont pris connaissance. Mais il y a  à côté de cela, des situations auxquelles nous avons fait face   sans que les gens ne le sachent. Ce sont des situations qui m’ont  poussé à un certain moment  à mettre la clé sous le paillasson. Il y avait un gourou du régime à l’époque, qui avait décidé de me faire couler. La personne en question avait la main sur toute l’administration burkinabè. Après que toutes ses tentatives de faire fermer la radio aient échoué, il s’est tourné vers la Sonabel. Si vous vous souvenez, il y a eu un problème en octobre-novembre 2016 nous concernant. Depuis cette date, nous n’avons pas d’autre source d’énergie que les plaques solaires. Parce que cette personne avait réussi à s’infiltrer au sein de la Sonabel. Mais je précise que les responsables de l’entreprise n’étaient pas au courant. Mais il a fait en sorte qu’on vienne nous priver du courant parce que tout simplement on devait de l’argent à la Sonabel. C’est vrai qu’on devait de l’argent à la Sonabel mais il y avait des accords qui nous liaient à la maison. Souvent, l’Etat faisait des commandes chez nous. Des ministères faisaient des bons de commande chez nous pour des reportages, des communiqués et autres. Et ce sont des sommes qui s’élevaient à des millions de F CFA. Nous avons écrit au ministère des Mines et au ministère des Finances pour leur demander de prélever notre facture Sonabel sur ce qu’ils nous devaient et de nous reverser le reste par la suite. Ça toujours été comme cela et il n’y avait jamais eu de problème. Le courrier est parti en Août 2016. Et jusqu’en octobre, il n’y a pas eu de réaction.  Un jour, j’étais dans mon bureau quand un monsieur est venu me voir, un officier de l’armée, pour me dire ceci. « J’ai un conseil à te donner. Va demander pardon à untel parce qu’il t’en veut. J’étais en sa compagnie  quand  il m’a dit  qu’il va faire couler ta radio. Il y a des   personnes  qui peuvent témoigner puisque je n’étais pas seul quand il  a dit cela ».  En réaction à ce que l’officier m’a confié, je l’ai d’abord remercié  avant de lui dire que je ne voyais  pas la nécessité d’aller  lui demander pardon parce que je n’avais rien à me reprocher. Quand il a pris congé de moi, j’ai appelé un ami dont j’avais fait la connaissance en Côte d’Ivoire. C’est un tonton  qui nous fréquentait  tous les deux. Lui, je  l’ai chargé  d’aller transmettre le message suivant à cet homme. « Va lui dire que je suis informé de tout ce qu’il mijote contre ma personne. Mais  le scénario qu’il a prévu pour moi  peut se jouer en sa défaveur. D’un, il peut sans doute avoir le courage ou les moyens de fermer la radio. Mais ça peut aussi être l’effet  contraire. En ce sens que c’est peut-être la même radio qu’il veut fermer par tous les moyens, qui va  peut-être annoncer son départ de son poste actuel. Tout est possible dans la vie. Le jour où tu seras avec lui, si tu n’as pas le courage de lui répéter ce que je viens de te dire, je t’en prie, appelle-moi à partir de  ton téléphone et je me chargerai de le lui dire parce que pour moi, c’est comme de l’eau à boire ». Je me rappelle que cela s’est passé dans le mois de mai. Et en octobre, j’étais en ville quand on m’a appelé aux environs de 11 h  pour me dire que la Sonabel est là.  Quand je suis arrivé, l’agent de la Sonabel m’a dit que si je ne paye pas ce que je dois avant midi, nous serons privés d’électricité. La première facture coûtait 1 700 000 F CFA. J’ai fait un chèque rapidement et mon comptable  est allé  payer. Le lendemain, j’étais dans ma ferme non loin de  Komsilga quand on m’a  appelé pour m’informer que la Sonabel est encore  là.   L’agent de la Sonabel a encore exigé  que les deux autres factures qui s’élevaient  à plus de 3 000 000  de F CFA soient réglées  incessamment sinon, il s’en irait avec le compteur.  Cette fois-ci, c’en était trop. C’est ainsi que j’ai dit à mon comptable de lui dire d’enlever le compteur. Ce qui fut fait. Mais à leur grand étonnement, la radio a continué de fonctionner. Tout simplement parce qu’on avait prévu les plaques solaires depuis janvier 2013.  Des plaques qui étaient déjà fonctionnelles et se mettaient aussitôt en marche dès qu’il y avait une coupure de courant. C’est juste pour vous dire que les difficultés n’ont pas manqué durant notre parcours. On a eu de gros marteaux sur notre tête, mais Dieu a toujours été notre protecteur.

 

Mais pourquoi ce monsieur dont il est question vous en voulait-il tant ?

 

Je ne sais pas. C’est à lui de répondre à cette question. Moi-même je me suis posé à maintes reprises la question sans trouver de réponse. Il y a des gens qui n’aiment pas voir leur prochain être indépendant, surtout quand ils ont une parcelle de pouvoir. Je n’ai jamais été soumis à un régime. J’ai vécu sous le régime de Blaise Compaoré sans me compromettre avec qui que ce soit. Ça été pareil sous la transition jusqu’ à l’avènement du pouvoir MPP. Je l’ai fait parce que je n’en voyais pas la nécessité. Même demain, ce sera toujours la même chose.

 

On peut savoir son nom ?

 

Si je voulais vous en dire plus, j’allais vous donner son nom. Mais laissons ça comme cela (rire).

 

Quel est votre meilleur souvenir à la radio ?

 

La radio m’a permis de découvrir des personnalités de ce monde. Rien qu’à voir les photos qui sont placardées sur le mur de mon bureau, vous êtes édifié. J’ai rencontré pas mal de chefs d’Etat et de personnalités de premier plan. Que ce soit en Côte d’Ivoire avec Alassane Ouattara, avec l’ancien président du Faso, Blaise Compaoré, Guillaume Soro, Yacouba Isaac Zida et j’en passe. Ce sont des personnalités que je peux appeler à tout moment.  Et cela, grâce à la radio. Sinon, je ne pense pas qu’en étant planteur de café/cacao en Côte d’Ivoire, j’allais avoir toutes ces opportunités. Je crois que mes meilleurs souvenirs sont mes rencontres avec ces personnalités dont beaucoup me sont utiles. Mais cela ne veut pas dire que je me soumets à eux. Loin de là. Il y en a parmi eux qui ne réfléchissent pas comme nos gars d’ici. Ils reconnaissent ma valeur.

 

De la radio, vous êtes passé au cinéma. Expliquez-nous cela !

 

J’avais un rêve pour le cinéma. Quand je me suis débrouillé pour arriver à Bobo-Dioulasso à l’âge de 12 ans, avant de me rendre plus tard en Côte d’Ivoire, je me suis engagé dans la vente de friperies pour pouvoir avoir les 3 000 F CFA qui devait me permettre de me rendre à Bouaké. A l’époque, le transport Bobo/Bouaké coûtait 2 400 F CFA. Je ne savais pas où dormir. Un jour, je suis passé devant le cinéma Houët et j’ai vu une foule immense. Par curiosité, je me suis approché pour savoir ce qu’il en était. Et on m’a fait savoir que c’est un grand film américain qui est à l’affiche. En son temps, le ticket de cinéma coûtait 40 F CFA. Et il m’arrivait souvent de ne même pas avoir un bénéfice de 25 F. Alors je me suis dit que dans ce cas, je vais économiser ma ration journalière qui était de 10 F CFA. Mais pour y arriver, je devais faire le sacrifice de ne manger qu’une seule fois dans la journée (du riz sans viande). C’est ainsi que si je mange le lundi, le mardi, je fais un effort sur moi-même pour ne pas manger. Ainsi de suite jusqu’à ce que mon économie atteigne les 40 F CFA pour l’achat du ticket de cinéma. Quand je suis rentré pour la première fois dans la salle de cinéma, la première impression que j’ai eue, c’était de faire tout de suite du cinéma. Je ne comprenais rien du tout à la chose. Je ne savais même pas qu’on appelait les acteurs de cinéma, des cinéastes. Mais je me suis dit tout de suite : « Ce travail-là, moi Sidnaba, je vais le faire un jour ». J’ai donc continué à fréquenter les salles de cinéma. Dans le mois, j’allais 2 à 3 fois suivre les films hindou, karaté, etc. Quand je suis revenu au Burkina Faso à la radio, j’avais comme patron un certain Taoko Augustin Rock, paix à son âme, qui était réalisateur. C’était quelqu’un qui aimait trop bricoler. Tous les soirs, on se retrouvait chez lui à Kalgondé. Et c’est là-bas que le virus du cinéma a germé en moi. Mais je n’avais véritablement pas les moyens pour réaliser un film. Le premier scénario que j’ai écrit date de 1996. J’avais pu réaliser  deux scénarios.  A travers mon patron Taoko, j’ai connu des personnalités dont Mahamoudou Ouédraogo qui était présentateur du journal télévisé  à la RTB. Il fut par la suite ministre de la Culture et de la communication. J’ai pris mes deux scénarios pour aller le voir  pour lui dire ceci. «  J’ai deux scénarios, mais  je n’ai pas les moyens pour les réaliser. J’ai besoin d’un appui matériel  et financier si possible de la direction nationale de la cinématographie  ». Après m’avoir longuement écouté, il m’a fait la proposition de lui laisser mes deux scénarios afin qu’il en prenne connaissance, et  qu’il me rappellerait après.  Effectivement, il m’a rappelé quelques jours plus tard pour me dire que le premier scénario demande beaucoup de corrections. Et  qu’il avait transmis le second à  Stanislas Méda qui était le DG de la direction nationale de la cinématographie. Il m’a dit d’aller le voir  et qu’il avait donné des instructions afin qu’on me donne le matériel pour que je puisse travailler. Quand je suis arrivé  chez Méda, il m’a fait savoir qu’il a  effectivement pris connaissance de mon scénario et que c’est très bien. « Je vais t’envoyer à Gounghin, à la direction du matériel, avec un mot. Tu iras voir untel pour organiser ton tournage. Nous n’avons pas d’argent à te donner, mais le matériel sera à notre charge », m’a-t-il dit. C’est ainsi que j’ai pris congé de lui pour me rendre immédiatement à Gounghin. Mais c’est malheureusement là-bas que les choses vont se gâter. Ceux qui m’ont reçu, m’ont dit : «écoute Sidnaba, le cinéma, ce n’est pas comme la radio.  N’importe qui peut faire la radio et réussir, mais au cinéma, ce n’est pas pareil. Si tu veux, tu nous donnes ton scénario qui est vraiment impeccable et puis on va réaliser le film tout en prenant le soin de mentionner que  l’idée originale vient de Sidnaba mais que la réalisation est de nous ». En réaction, je leur ai dit que c’est bien, mais que j’avais besoin de quelques jours de réflexion avant de revenir. J’ai pris congé d’eux et je ne suis plus reparti là-bas. Je ne suis plus reparti voir non plus le ministre, ni le DG parce que je ne voulais pas les mettre mal à l’aise. Je me suis dit à ce moment que le temps n’était pas encore arrivé. Ça été ainsi jusque dans les années 2 000, lorsque le numérique a commencé à faire son apparition.  J’ai encore relancé le projet. Mais je n’avais toujours pas le matériel de montage, les captures, les caméras et autres. Qu’est-ce qu’il fallait faire ?  C’est par un prêt bancaire que j’ai commencé. Mais j’avoue que ça n’a pas été facile d’obtenir ce prêt. J’ai même  pris  la villa de ma mère à Kilwin, comme garantie pour obtenir un prêt. Je voulais 13 000 000 de  F CFA. Mais au niveau de la banque, tout a été bloqué parce que le directeur adjoint qui était un français, m’a dit que prenais des risques. «M. Zida, c’est de la folie ça ! Tu n’es pas cinéaste et ce n’est pas sûr que tu puisses t’en sortir. C’est un dossier qui comporte des risques. Nous ne pouvons rien faire pour toi », m’a-t-il dit. C’est à ce moment-là que je me suis souvenu de quelqu’un qui est aujourd’hui l’actuel président du Faso. Roch était le vice-président de l’Assemblée nationale. Je l’ai connu en 1987, grâce au Larlé Naaba Bénéwende, le père de l’actuel Larlé Naaba. C’est lui qui m’a présenté au président Roch, chez lui à domicile. Il m’a dit ceci : « Je te présente Roch Kaboré, c’est mon fils. C’est le DG de la banque BIB ». Après les présentations, il a demandé à Roch s’il a une fois entendu parler d’un certain Sidnaba. Et Roch a répondu par l’affirmative. Alors, il est revenu à la charge pour dire ceci à Roch. « Sidnaba est aussi mon fils au même titre que toi. Je veux que chacun de vous vienne en soutien à l’autre en cas de pépins». Depuis lors, j’ai gardé d’excellents rapports avec Roch Marc Christian Kaboré. Alors dès que l’expatrié a rejeté mon dossier de prêt, j’ai appelé Roch  pour lui demander s’il pouvait me recevoir. Il a réagi aussitôt en me disant de passer  à  l’Assemblée nationale. Quand je suis allé le voir pour lui présenter mon dossier, il m’a posé beaucoup de questions.  Je ne me suis pas fait prier pour lui expliquer tout mon projet et ce que j’attendais de lui. C’est ainsi qu’après m’avoir écouté, il m’a dit ceci : « Mais Sidnaba, tu es en train de prendre des risques. Je sais bien que tu es un passionné mais ce n’est pas évident que tu puisses rembourser. Dis-moi sincèrement. Est-ce que tu es sûr que tu peux rembourser ? ». Je lui ai dit en retour que  moi Sidnaba, je pense que je peux le faire. Quand j’ai dit cela, il  a dit, il n’y a pas de problème. Alors il s’est emparé de son téléphone pour appeler le PCA de la banque qui était Lassina Diawara. Après avoir raccroché avec lui, il m’a intimé l’ordre d’aller le voir. Arrivé dans le  bureau de Lassina Diawara, lui aussi m’a dit la même chose en ce qui concerne les risques que je prenais  en me  lançant dans un tel projet. « Mais  comme  c’est une instruction qui vient d’un ami, nous allons t’aider tout en sachant que la tâche ne sera pas aisée pour toi », a-t-il dit. C’est comme cela que Lassina Diawara et moi  sommes allés voir M. Corut, l’expatrié en question qui avait refusé au départ mon dossier  de prêt. C’est là-bas que tout s’est dénoué pour moi. Après un bref échange avec  Mr Lassina Diawara, il  a finalement pris la décision de  virer les 13 000 000 de F CFA dans mon compte. Après avoir obtenu le prêt, qu’est-ce qu’il fallait faire maintenant ? Bien évidemment, il faut du matériel. Mon collègue Charlemagne Abissi et moi avons fait le nécessaire pour qu’il parte à New York pour l’achat du matériel. A son retour, nous avons été confrontés à un autre défi.  C’est   qu’on n’avait pas les  moyens de nous offrir des  techniciens. Etant un homme de défis, je me suis dit que puisqu’on n’avait pas d’argent pour payer les cameramen, les éclairagistes et autres, nous-mêmes, on va s’essayer à la chose. Nous allons nous-mêmes nous charger de faire tout cela à la fois. C’est ainsi que j’ai déballé les cartons qui contenaient les caméras. Au passage, je vous informe que  j’apprends très vite. Je n’ai jamais appris quelque chose deux fois de suite. Il suffit de bien observer une seule fois pour comprendre. J’ai commencé à filmer et à visionner mes films  pendant une semaine. Après cela, on a  commencé les tournages. Je jouais à la fois le rôle de cameraman et de l’acteur principal du film. Quand on a fini  les cinq premiers épisodes, on s’est dit, mais pourquoi ne pas combiner tout cela pour en faire un long métrage afin de le projeter dans les salles. Le film s’intitulait la cité pourrie. Et c’est ce qu’on a fait en procédant au lancement du film. Je souligne au passage que le ministère avait refusé de me délivrer l’autorisation de tournage. J’avais confié le film à tonton Kaboré de ciné Burkina, qui  avait mis du temps avant de le programmer parce qu’il n’était pas sûr de la rentabilité. Mais  par la grâce de Dieu, il est revenu à de meilleurs sentiments et a décidé  de le  programmer. Après une semaine de projection , alors  que j’étais  allé rendre visite à un ami qui habitait dans les parages  (Boureima Badini, à l’époque  ministre de la Justice),  grande fut ma surprise de constater sur le chemin du retour, en empruntant  la voie qui mène vers le cinéma Neerwaya,  que tout le parking  du cinéma était  bondé de voitures et de motos. Alors, par simple curiosité, j’ai stationné au niveau  du parqueur et je lui ai demandé ce qui se passait. C’est alors qu’il m’a dit ceci : « Vous n’êtes pas à Ouagadougou ou vous venez d’arriver. Depuis environ une semaine, c’est le nouveau film de Sidnaba qui cartonne ici. Vous ne voyez pas que les parkings sont remplis  de voitures et de motos ?».  C’est  alors que pour satisfaire ma curiosité, j’ai  décidé de  m’acheter un ticket  de cinéma pour constater la réalité des faits. Une fois à l’intérieur de la salle, j’ai été agréablement surpris de constater que la salle était pleine à craquer. Plus de  2 000 personnes s’étaient mobilisées   pour voir le film ;    il n’y avait même plus de places assises dans la salle. Et c’était comme cela tous les jours pendant un mois. Quand Neerwaya m’a payé, Je suis allé directement en banque pour payer mon crédit et retirer le PUH de ma maman.  Et pour bien faire les choses, j’ai appelé Roch pour lui dire que « ça y est, j’ai pu rembourser le crédit que je devais à la banque. » Il était très content et m’a félicité pour le respect de la parole donnée. Idrissa Ouédraogo qui gérait le ciné Burkina a pris le relais pour deux mois de projection. Avec la somme que j’ai pu réunir, nous avons commencé le second tournage avec cette fois-ci des professionnels.

 

 

Peut-on dire que Sidnaba est un homme qui a réussi sa vie au regard de ce qu’il est devenu aujourd’hui ?

 

Je ne sais pas ce que les gens appellent réussite parce que pour la génération actuelle, quand on parle de réussite, on pense immédiatement à quelqu’un qui a assez de sous. Mais moi, je n’ai pas d’argent, mais j’ai réussi. Pourquoi ? Tout simplement parce que j’ai pu   atteindre mon but, ma passion qui est le cinéma. Les gens ont tout fait pour me barrer la route, mais finalement, ils n’ont pas pu.  Maintenant, j’ai même l’autorisation de la direction nationale de la cinématographie. Alors qu’à l’époque, j’avais réalisé cinq longs métrages sans autorisation. Et là aussi, c’est Mahamoudou Ouédraogo qui a dû taper du poing sur la table pour qu’on me donne l’autorisation. Comme argument, les gens avançaient que je n’avais pas fait une école de cinéma. Ils ont oublié que dans le domaine de l’art, ce n’est pas forcément l’école qui prime. On a vu des musiciens qui n’ont jamais été à l’école, mais qui excellent dans leur domaine.

Quelles relations entretenez-vous avec les Hommes politiques ? Et plus particulièrement avec l’ex-président Blaise Compaoré et le président actuel ?

 

Il n’y a jamais eu de problème entre l’ex-président et moi. J’avais plutôt des problèmes avec son entourage. Blaise Compaoré ne m’a jamais causé de problème. Au contraire, je le remercie de m’avoir consulté à plusieurs reprises sur des sujets traitant de la situation nationale. J’estime que s’il n’avait pas de considération pour moi, il ne l’aurait jamais fait. Mais il y avait des personnes autour de lui qui en faisaient un peu trop. Et cela a contribué à écorner son image auprès de la population.

 

Quel regard portez-vous sur la relève en matière de journalisme au Burkina Faso ?

 

C’est comme je l’ai dit tantôt, la communication relève du domaine de l’art qui est intemporel. Il y aura des enfants qui feront mieux que ce que nous faisons aujourd’hui. Maintenant, ceux qui sont venus à la radio parce qu’ils n’ont pas eu mieux ailleurs, j’aimerais leur dire qu’ils ont échoué d’avance. Je le dis parce qu’à la radio, il n’y a pas d’argent à se faire. Mais la radio fait venir l’argent. Cela peut paraître contradictoire mais c’est la réalité. En travaillant avec passion à la radio, vous serez aimé par tout le monde. Et c’est à travers cela que des portes vont s’ouvrir. Et c’est aussi à travers ces relations qu’on pourra se faire de l’argent et tout ce qu’on désire. Sinon, ce n’est pas le salaire. Ton salaire ne peut jamais te faire évoluer. Moi-même j’ai reçu dans mon bureau plusieurs jeunes diplômés qui sont venus me dire qu’ils veulent faire de la radio parce qu’ils n’ont pas eu de travail.  Je leur ai répondu qu’il n’y a pas de poste ici pour eux. Je le dis parce que c’est un travail qui demande de la passion. Si c’est parce que tu n’as pas eu de travail ailleurs que tu veux faire de la radio, alors ce n’est pas la peine. C’est la passion qui nous guide.

 

Vous avez fêté les 20 ans de votre radio sous le signe du soutien aux FDS. Le Burkina Faso est présentement confronté à plusieurs défis sécuritaires. Quels sont vos  conseils  pour sortir le pays des difficultés actuelles ?

 

Je pense que si une partie des Burkinabè se lève pour aller attaquer une autre partie, pendant qu’un autre groupe applaudit parce qu’on est attaqué sous le prétexte qu’ils ne sont pas avec le régime, le terrorisme ne sera jamais vaincu dans notre pays. Il faut une union sacrée de tous les fils du pays pour faire face au terrorisme.  Ne prêtons pas le flanc aux terroristes dont le seul souhait est de nous voir désunis. Ils ont d’abord tenté d’opposer les ethnies, ça n’a pas marché. Mais ils n’ont pas baissé les bras pour autant. Ils sont revenus à la charge en tentant encore de semer le désordre entre les religions. Ça n’a pas marché non plus. C’est parce que le peuple burkinabè est différent des autres peuples. Si c’était un autre pays qui était confronté à cette situation, il y a longtemps qu’on aurait déploré de nombreux morts. Ce que je demande à la nouvelle génération, c’est de s’entendre pour dire non à la violence. Chacun, à son niveau, peut participer à l’instauration de la paix dans notre pays. Mais il faut le faire dans l’ordre et la discipline.

Propos recueillis par Seydou TRAORE

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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