ABRAHAM NIGNAN, président du RPF « Au Burkina, les politiciens louent des gens comme on louerait des chaises (…)»

ABRAHAM NIGNAN, président du RPF     « Au Burkina, les politiciens louent des gens comme on louerait des chaises (…)»

Il s’appelle Abraham Nignan ! Président du Rassemblement patriotique du Faso (RPF), il se présente comme le Chef de file de l’opposition radicale. Au menu de nos échanges, il y a plusieurs sujets : le poids du RPF sur l’échiquier politique national, la gouvernance du régime actuel, la réconciliation nationale, entre autres. M. Nignan répond sans détour à nos questions.

 

« Le Pays » : Vous vous dites « opposition radicale ». Qu’est-ce à dire ?

 

Abraham Nignan : Sur l’échiquier politique du Burkina Faso, il y a plusieurs types d’opposition.  Il y a le Chef de file de l’opposition politique. Moi, je n’en fais pas partie parce que le CFOP abandonne le peuple quand une position politique l’arrange.  Je ne suis pas non plus de la mouvance présidentielle. Je suis le chef de file de l’opposition radicale  et depuis la création de notre parti, le Rassemblement patriotique du Faso (RPF), on n’a jamais changé notre façon de faire. Je suis le seul vrai opposant au Burkina Faso mais je ne revendique rien. C’est moi qui ai chassé le Congrès pour la démocratie et le progrès (CDP) du pouvoir.

 

Quel est le rôle de l’opposition radicale dans l’espace politique ?

 

L’opposition radicale lutte pour l’intérêt général. Nous ne défendons pas nos intérêts individuels.  Ce qui n’est pas le cas pour la plupart des partis politiques. Ici, au Burkina, on crée des partis politiques à quelques mois des élections, juste pour y participer. Or, ces partis devraient d’abord travailler à la base pour former, sensibiliser. Mais ils se contentent d’aller louer des gens qu’on réunit dans une salle pour faire des déclarations démagogiques. Au Burkina Faso, les politiciens louent les gens comme on louerait des chaises.

 

Quel est le degré d’implantation de votre parti au niveau national ?

 

Disons que nous sommes plutôt en train de travailler pour être présent partout au Burkina Faso. On s’y attèle de façon progressive et selon nos capacités.

 

Qui finance le RPF ?

 

Ce sont les militants, qu’ils soient à l’intérieur ou à l’extérieur du pays. Ce sont également des Burkinabè qui ont confiance en nous et qui savent que notre parti a été créé pour défendre l’intérêt général. Nous ne sommes pas là pour des postes. Abraham Nignan n’a pas créé le RPF pour être président. Nous voulons être des modèles pour les générations futures comme l’a été Thomas Sankara.

 

  1. Nignan est-il un modèle sur le plan politique ?

 

Dire que je suis un modèle est trop prétentieux. Ce n’est pas modeste. Tous ceux qui me connaissent depuis la Sissili ou ailleurs, ne peuvent pas parler mal de moi. Mais vous verrez que dans les journaux et sur les réseaux sociaux,  je fais l’objet d’attaques sans fondement.  Si vous voyez quelqu’un qui m’attaque, c’est qu’il ne me connaît pas.

 

Quel est le poids de votre parti sur l’échiquier politique national ?

 

Je peux seulement vous dire que notre poids dépasse celui de ceux qui sont au pouvoir. Cela va vous faire  rire mais c’est la réalité. Je suis aimé à Ouagadougou plus que n’importe quel homme politique. Je suis un homme du peuple.

Vous dites donc que vous êtes plus populaire que le président Roch ?

 

Roch n’est pas populaire ; il s’est accaparé des partisans de Blaise Compaoré.

 

D’aucuns disent que le RPF fait partie de ces partis politiques dont les militants ne remplissent pas une cabine téléphonique. Qu’en dites-vous ?

 

Cela n’engage que ceux qui le disent. Je vais vous le répéter : au Burkina, les politiciens louent des gens comme on louerait des chaises pour remplir des salles. Tous les partis politiques le font. Moi aussi, j’ai les moyens pour louer des gens que je peux convoyer par cars entiers pour aller remplir une salle, mais je ne le ferai pas parce que ce n’est pas notre approche de la politique.

 

Vous en avez les moyens ?

 

J’ai les moyens de ma politique !

 

Quelle est votre base électorale ?

 

Ma base électorale, c’est le Burkina Faso tout entier, parce que je connais tous les villages de mon pays. C’est vrai, je suis de la région du Centre-Ouest, mais je ne compte pas sur elle seule pour devenir président.

Pourquoi avez-vous boycotté les dernières élections ?

 

Après le départ de Blaise Compaoré, j’avais préconisé que l’on prenne des mesures pour éviter le retour du système au pouvoir. On ne m’a pas suivi. Donc, j’ai préféré ne pas aller aux élections. J’ai même remis mes propositions à Michel Kafando, président de la Transition.  J’avais indiqué que tout ancien ministre de Blaise Compaoré, ancien conseiller, ancien député, ancien ambassadeur, ancien maire,…, ne peut pas être candidat aux élections. De même que ceux qui ont eu à travailler avec Blaise Compaoré depuis 1987. On devrait faire la promotion de nouvelles têtes.

Serez-vous candidat aux prochaines élections ?

 

S’il y a des élections, pourquoi pas ? Je dis bien s’il y a élection !

 

Pensez-vous qu’il n’y aura pas d’élections en 2020 ?

 

Est-ce que le parti au pouvoir veut organiser des élections en 2020 ? C’est cela la question.

Quelle est la réponse, selon vous?

 

Le MPP n’a pas envie d’organiser des élections en 2020. J’en vois déjà les signes. Le parti au pouvoir ne fait pas assez d’efforts pour qu’on aille aux élections. Peut-être, les élections auront-elles lieu en 2022. Roch va demander un « lenga ».

 

C’est une accusation sans fondement, M. Nignan !

 

J’ai dit peut-être. Attendez de voir si le pouvoir actuel va organiser des élections en 2020. S’il se rend compte qu’en organisant les élections en 2020, il va les perdre, ce n’est pas évident qu’il respectera le rendez-vous. Présentement, la partie Nord du pays est occupée.

 

« Je suis un homme bien dans mon esprit et dans mon âme »

 

Pensez-vous que quelqu’un ira faire campagne là-bas ? Or, on ne peut pas faire campagne ailleurs et ignorer le Nord.

 

Le Mali est occupé mais il va organiser très prochainement des élections !

 

La situation du Mali et celle du Burkina sont différentes. Mon petit doigt me dit que le parti au pouvoir n’a pas l’intention d’organiser des élections en 2020.

 

Quel est le projet de société du RPF ?

 

Notre projet de société est très large. Je pense que le peuple burkinabè doit faire en sorte que je ne meure pas vite, parce que je suis le seul homme politique capable de développer le Burkina Faso.

 

Nous aimerions savoir ce que vous proposez exactement au peuple burkinabè en termes de projet de société !

 

S’il y a des élections en 2020, vous aurez l’occasion d’apprécier ce que nous proposons au peuple burkinabè. Dans ce pays, les gens aiment copier. Donc, je préfère attendre le moment indiqué pour vous déballer mon projet de société. Je constate seulement que le Burkina Faso est dans le désordre total. Et la faute incombe à ceux qui sont au pouvoir. Sur les plans de la sécurité, de la cohésion sociale, des infrastructures, Roch a échoué. Si je suis président, en trois mois, vous ne verrez plus un djihadiste ici. Même si on le tire pour venir au Burkina Faso, il ne le fera pas parce qu’il sait qu’il viendra dans sa propre tombe.

Vos critiques et positions relèvent peut-être uniquement du fait que vous faites dans « l’opposition radicale »…

 

Tout le monde sait que le président est un ami à moi. C’est également un frère.  Si je devais demander des postes à Roch comme certains le font, certainement que j’occuperais un poste de mon choix actuellement.

 

Certains estiment que vous êtes quelque peu « dérangé ». Que leur répondez-vous ?

 

Ces critiques ne me dérangent pas. Si tu n’as pas ta langue dans la poche, tu ne peux aussi empêcher les gens de dire ce qu’ils veulent.  Je suis un homme bien dans mon esprit et dans mon âme et j’aime aussi mon pays.

 

D’aucuns estiment que la réconciliation nationale est quelque chose de fondamental pour relancer le pays ! Qu’en dites-vous ?

 

Je ne suis pas contre la réconciliation nationale. Seulement, la question que je me pose, c’est comment elle doit se faire.  Le problème, c’est entre les hommes politiques. La population n’a rien à y voir. C’est la méchanceté des hommes politiques qui a conduit notre pays dans cette situation. Ce sont les hommes politiques qui doivent se réconcilier.

 

Depuis près de deux ans, les mouvements sociaux ont remplacé le travail au niveau de la Fonction publique. Quelle lecture faites-vous de cette situation ?

 

Tout le monde peut être un homme politique, mais tout le monde ne peut pas être président.  Roch doit apprendre à être un homme d’Etat.  Si moi, j’étais président, il n’y aurait pas de grève au Burkina Faso.  Vous pensez qu’on peut embaucher des gens et ils vont être tous les jours dehors pour des grèves ? Il n’y a qu’au Burkina qu’on voit ça. Si c’était dans le privé, le problème trouverait vite une solution. Le problème, ce ne sont pas les travailleurs, c’est l’incompétence des autorités.

 

Selon vous, l’Etat a-t-il suffisamment d’argent pour satisfaire aux revendications des travailleurs ?

 

Quand le président est arrivé au pouvoir, il n’a pas dit aux gens qu’il n’y avait pas d’argent dans les caisses de l’Etat. Ce n’est pas en cours de route qu’on va constater que l’argent manque.

 

Certains estiment que la suppression de la peine de mort dans le nouveau Code pénal vise François Compaoré. Qu’en pensez-vous ?

 

Je suis contre la peine de mort. Dans cette affaire, chacun a fait son interprétation. Je suis convaincu que même si c’est dans 100 ans, François Compaoré sera jugé au Burkina Faso. Il peut courir pendant longtemps, mais il sera jugé. Je considère que le régime de Roch ne veut pas que François Compaoré vienne au Burkina. Tout ce qui se passe actuellement, c’est du cinéma. Si l’on me donne le pouvoir demain, François Compaoré sera à Ouaga ; Blaise Compaoré également.

Propos recueillis par Michel NANA

 

 

Articles similaires

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.

Google+