ADOPTION D’UN PROJET DE LOI REGLEMENTANT LE RENSEIGNEMENT : Seuls compteront les résultats !

ADOPTION D’UN PROJET DE LOI REGLEMENTANT LE RENSEIGNEMENT : Seuls compteront les résultats !

Le Conseil des ministres, en sa séance du 4 avril 2018, a adopté un projet de loi portant réglementation générale du renseignement au Burkina Faso. Si l’on en croit le gouvernement, ce projet de loi « vise à mettre en place un système efficace et efficient de renseignement qui soit à la fois respectueux des droits et libertés individuels et collectifs, des principes démocratiques et au service des intérêts de la nation ». L’acte, en lui-même, est à saluer. Car, quelque part, l’on peut avoir l’impression que le gouvernement a enfin entendu la clameur et autres griefs formulés contre le système de renseignement. Et toutes ces récriminations se rejoignent sur le fait que le Burkina Faso post-insurrection a mal, voire très mal à son système de renseignement. Pour illustrer les choses, l’on évoque à tort ou à raison le cloisonnement et la guerre des corps qui en sont chargés. Ainsi, la gendarmerie et la police travailleraient chacune de son côté, sans le moindre souci de synergie d’actions. Cette façon de travailler a fini par rendre inopérant le renseignement au Burkina.  Résultat : ce sont les terroristes et autres bandits de grand chemin qui se frottent les mains. Et les attaques récurrentes auxquelles notre pays fait face depuis un certain temps, en sont l’une des conséquences. Ce sentiment est, en tout cas, partagé par bien des Burkinabè. A chaque attaque terroriste, ces derniers ne manquent pas de pointer du doigt le système de renseignement. Et l’on peut dire qu’ils n’ont pas tord, puisque le gouvernement lui-même, en choisissant de réglementer le système de renseignement, est passé aux aveux. Et le fait de se rendre à l’évidence que les choses doivent être repensées pour plus d’efficacité et d’efficience, suppose que le système de renseignement ne répondait pas aux attentes de l’Etat et des populations.

La réglementation du système de renseignement ne doit pas dérégler le Burkina Faso

Ce souci du gouvernement de revoir sa copie en matière de renseignement, est un acte d’humilité et de courage qu’il convient de saluer à sa juste valeur. Mais une chose est d’adopter une loi portant réglementation du système du renseignement, une autre est de faire en sorte que la réforme aboutisse à de bons résultats. En tout cas, seuls compteront les résultats. Les Burkinabè, légitimement, attendent de voir si cette réglementation va véritablement tirer la sécurité vers le haut, de sorte à leur permettre de vaquer à leurs occupations dans un climat de paix et de sérénité. Et pour que la loi portant réglementation du système de renseignement produise les effets attendus, l’on peut se permettre de suggérer à Roch Marc Christian Kaboré de veiller à un bon casting des hommes et des femmes qui seront retenus pour conduire les choses. A ce niveau, seuls la compétence et l’intérêt supérieur de la Nation doivent lui servir de critères pour opérer ses choix. L’autre grand défi qu’il doit impérativement relever, est de faire en sorte que la légitime quête de la sécurité pour tous ne vienne pas transformer le Burkina Faso en un pays où la stigmatisation, la délation et la suspicion s’érigent en règles. Le gouvernement doit d’autant plus veiller à cela que les libertés individuelles et collectives que l’on observe aujourd’hui au pays, sont le fruit d’une longue lutte du peuple burkinabè. Il ne faudrait donc pas les remettre en cause en s’abritant derrière la lutte contre le terrorisme. Pour tout dire, la réglementation du système de renseignement ne doit pas dérégler le Burkina Faso au point de le transformer en un Etat policier où l’on embastille, interpelle et torture sans discernement. D’ailleurs, lorsque les populations seront logées à cette enseigne, l’on peut être sûr qu’elles rechigneront à collaborer à la mise en place d’un système de renseignement efficace et efficient, comme le souhaite le gouvernement. De part le monde, certains pays se sont fourvoyés en terrorisant les populations au nom de la lutte contre le terrorisme.

Résultat : au lieu de faire des populations des adjuvants dans la lutte contre les ingénieurs du mal, ils en ont fait plutôt des personnes qui sont disposées à collaborer avec l’ennemi. Il faut absolument que le Burkina évite ce piège. Car, en matière de lutte contre le terrorisme en particulier et l’insécurité en général, l’on peut, tout en prônant la rigueur, éviter de s’aliéner le soutien des populations. L’adoption du projet de loi portant réglementation du système de renseignement ne doit jamais perdre cela de vue.

Sidzabda

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