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AN IV DE L’ACCORD D’ALGER


 

 

Les signataires de l’Accord d’Alger sont à nouveau sous l’arbre à palabres au Mali et ce, à l’orée du quatrième anniversaire de la signature dudit accord de paix qui était censé ramener la quiétude et la sérénité au pays de Ibrahim Boubacar Kéita (IBK). L’on se souvient, en effet, qu’après les pourparlers, à Alger, qui avaient abouti au paraphe de l’Accord par les mouvements indépendantistes du Nord regroupés au sein de la Coordination des mouvements de l’Azawad (CMA), le 15 mai, ces derniers s’étaient rebiffés, entre-temps, avant de signer finalement le texte, le 20 juin 2015, à Bamako, sous la pression de la communauté internationale. Quatre ans après, la question qui taraude les esprits est la suivante : quel bilan peut-on faire de la mise en œuvre de l’Accord d’Alger ?

La guerre dans le septentrion malien est une véritable industrie

En effet, si l’on peut se féliciter du fait que l’Accord d’Alger a instauré le dialogue entre les frères ennemis maliens qui, pendant longtemps, ont communiqué à coups de canons, et permis une plus grande mobilisation de la communauté internationale au chevet du Mali qui, à l’époque, avait tous les traits d’un malade grabataire, la réalité est que sur le terrain, la paix reste plus un mythe qu’une réalité. Et pour cause. L’Accord est malmené par les signataires eux-mêmes qui semblent n’avoir qu’en partage la mauvaise foi et la procrastination maladive qui en résulte. En témoignent les nombreux rapports et rappels de la communauté internationale qui, parallèlement à la rencontre de Bamako, se réunit à New-York à l’effet d’envisager des sanctions contre les fauteurs de troubles au Mali. A cela s’ajoute le fait que Kidal reste toujours en dehors de la République. Et pour ne rien arranger, on assiste parfois à des escarmouches entre groupes armés qui viennent troubler la quiétude des populations qui sont déjà privées des services sociaux de base.
Qu’est-ce qui ne marche pas ? Telle est la question que l’on pourrait se poser après un bilan aussi mitigé. La réalité est que la guerre dans le septentrion malien est une véritable industrie. En entretenant un climat permanent de violences pour empêcher l’Etat malien de jouer son rôle régalien de contrôle de son territoire, les groupes armés dont les liens avec les grandes katibas terroristes, n’ont jamais été formellement démentis, se nourrissent des grands trafics de drogue et de contrebandes de tous genres. Quant à l’Etat malien, il donne l’impression de se complaire du statu quo et de prendre du plaisir à se satisfaire de la manne financière que lui apporte la communauté internationale. L’attention des autorités de Bamako semble même avoir été progressivement détournée par les affrontements communautaires intervenus au Centre du pays entre les Peuls et les Dogons et dont le dernier développement en date est le massacre de Sobane-Kou. Cette spirale de violences communautaires a changé les priorités des autorités maliennes qui font aussi face à la crise politique née des antagonismes entre les leaders religieux.

Il faut espérer que les protagonistes de la crise trouveront les moyens de sortir de cette situation de ni paix ni guerre

A la situation interne du Mali, il faut ajouter l’immobilisme du parrain algérien qui semble avoir laissé faire en se disant que tant que le péril sécuritaire est maintenu loin de ses frontières, mieux cela vaut pour la quiétude dans le pays. A cette indifférence stratégique est venue se greffer la situation politique en Algérie depuis le mouvement révolutionnaire qui a contraint l’ex-président Abdelaziz Bouteflika à renoncer au pouvoir et occasionné l’avènement d’une Transition très contestée.
Cela dit, même s’il n’ y a pas de place pour un optimisme facile au Mali, il faut espérer que les protagonistes de la crise malienne trouveront, à l’issue de ce nouveau conciliabule, les moyens de sortir de cette situation de ni paix ni guerre dans laquelle est plongé le pays. Car si les acteurs politiques maliens peuvent trouver des intérêts à se complaire de la situation, il en va autrement pour les populations du Nord dont la situation sociale est des plus alarmantes, selon différents rapports. Il en va aussi différemment pour toute la sous-région ouest-africaine qui, faut-il le rappeler, est sérieusement éprouvée à cause de la métastase du cancer malien et pour la communauté internationale qui, en plus des importantes sommes d’argent qu’elle injecte dans l’économie malienne pour financer les projets de développement, supporte les coûts humains et financiers des opérations militaires de la MINUSMA. Cela dit, il appartient aux partenaires étrangers du Mali de mettre sous pression les différents acteurs de la crise pour les contraindre à regarder dans la bonne direction.
En tout cas, en entendant de voir la couleur de la fumée qui sortira de l’édifice qui abrite les pourparlers, ils sont nombreux les Maliens et les observateurs de la scène politique malienne qui se demandent s’il n’est pas temps que Bamako jette aux orties l’Accord d’Alger pour aller à la reconquête du Nord. Le peut-elle encore quand on sait que l’on fait, ici, face à une sorte d’équilibre de la peur ?

«  Le Pays »


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