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ANNULATION DU HADJ POUR LES ÉTRANGERS

La foi à l’épreuve du Covid-19

En raison de l’inévitable promiscuité entre pèlerins, qui sera forcément un terreau fertile à la propagation de la maladie à coronavirus, les autorités saoudiennes ont décidé d’autoriser le Hadj 2020 uniquement aux résidents en Arabie Saoudite âgés de moins de 65 ans et qui ne sont pas atteints de maladie chronique. C’est sans surprise que cette décision inédite depuis la création du Royaume en 1932, a été prise et on en voyait déjà les signes avant-coureurs depuis la suspension, par Ryad, du petit pèlerinage (Omra) et la demande adressée, en mars dernier, aux pays musulmans de mettre en veille leurs préparatifs pour le Hadj de cette année. Exit donc les pèlerins du reste du monde pour cause de Covid-19. Le moins que l’on puisse dire, c’est que c’est une pilule bien amère que l’Arabie Saoudite et les candidats à l’accomplissement du cinquième pilier de l’islam, vont devoir avaler. Déjà durement frappé par la pandémie elle-même et par la chute des prix du pétrole en effet, le royaume ultraconservateur saoudien subira ainsi un troisième choc : celui de voir se volatiliser plusieurs milliards de dollars qu’aurait généré le pèlerinage de cette année avec près de 3 millions de fidèles musulmans qui y étaient attendus. Pour autant, les autorités de Ryad ne pouvaient pas prendre le risque d’organiser ce rassemblement religieux considéré comme l’un des plus importants au monde et faire de la ville sainte le centre planétaire de propagation du virus, au grand dam de tous ces millions de fidèles qui espéraient assouvir, certains pour la première fois, le rêve de leur vie de croyants. C’est vrai que certains pays comme l’Indonésie, la Malaisie, Singapour et le Sénégal avaient déjà renoncé au Hadj 2020 avant même la décision saoudienne du 22 juin, mais les autres ont plutôt préféré le ‘’wait and see’’ pour ne pas provoquer la colère de leurs pèlerins potentiels et celle des agences de voyage qui vont certainement laisser des plumes dans cette affaire.

La question est de savoir si les candidats déboutés, cette année, de leur projet spirituel auront la chance de le réaliser l’année prochaine

Mais comme de deux maux, il faut choisir le moindre, tout le monde ou presque a félicité l’Arabie Saoudite pour la courageuse restriction, et ce n’est d’ailleurs pas la première fois que les deux villes saintes de l’islam que sont la Mecque et Médine, ont été fermées au pèlerinage rituel pour cause d’épidémie. Le Hadj a été, en effet, annulé une quarantaine de fois dans l’histoire; la dernière annulation en date remonte à 2014 et ne concernait que les pays où sévissait le virus Ebola, notamment la Guinée-Conakry, le Libéria et la Sierra-Leone. Personne n’avait trouvé à redire par rapport à cette décision restrictive d’autant que deux années plus tôt (en 2012), c’est de la Mecque qu’était parti un autre coronavirus bien plus dangereux que le Covid-19, le MERS en l’occurrence, pour se propager et faire plusieurs victimes à travers le monde. La question qui mérite à présent d’être posée est celle de savoir si les candidats déboutés, cette année, de leur projet spirituel auront la chance de le réaliser l’année prochaine, étant entendu que le nombre de prétendants au Hadj va fatalement augmenter alors qu’il y a un quota annuel à respecter pour chaque Etat. Certes, les inscrits de cette année seront prioritaires comme l’ont déjà annoncé de nombreux pays, mais il va falloir anticiper déjà la gestion des « embouteillages » à venir, en négociant possiblement avec l’Arabie Saoudite, l’augmentation des quotas ou à défaut, en entamant, d’ores et déjà, des concertations avec les différents organisateurs du pèlerinage afin que le report de cette année ne soit pas une bombe à retardement.

Hamadou GADIAGA

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