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ARRESTATION D’OPPOSANTS APRES LE DEPART D’ABIY AHMED DU SOUDAN

Un pied de nez au Premier ministre éthiopien

Après le massacre du 3 juin dernier, qui a coûté la vie à une centaine de personnes, le Soudan est au bord du basculement. C’est le moins que l’on puisse dire. En effet, alors que le dialogue est rompu entre les civils et les militaires, les miliciens, eux, continuent de dicter leur loi, tant et si bien qu’il y prévaut un climat de peur généralisée. Et comme pour ne rien arranger, l’opposition, réunie au sein de la plateforme dénommée l’Alliance pour la liberté et le changement (ALC), a appelé à la désobéissance civile à partir du 9 juin dernier et cela jusqu’à nouvel ordre ; l’objectif étant de contraindre le Comité militaire de transition (CMT) à la démission. C’est dans ces conditions que le Premier ministre éthiopien, Abiy Ahmed, a décidé de jouer les pompiers diplomatiques aux fins de relancer le dialogue entre les protagonistes de la crise soudanaise. En séjour à Khartoum, le 7 juin dernier, il a rencontré, tour à tour, le chef de la junte militaire au pouvoir et des responsables de l’opposition. Le Premier ministre éthiopien qui, par son entregent, a réussi à rapprocher son pays de l’Erythrée et a contribué à apaiser les tensions entre l’Erythrée et Djibouti ou encore entre le Kenya et la Somalie, saura-t-il ramener les putschistes soudanais à la raison surtout quand on sait que ces derniers bénéficient des soutiens tacites de l’Egypte, de l’Arabie Saoudite et des Emirats arabes unis ? On attend de voir d’autant plus qu’aucun de ces pays susnommés n’a condamné le massacre du 3 juin dernier, qui a finalement mis le feu aux poudres au Soudan. En tout cas, Abiy Ahmed a du pain sur la planche. Car, à peine a-t-il décollé que deux opposants , Mohamed Esmat et Ismaël Jalab, pour ne pas les nommer, ont été arrêtés juste après leur sortie de l’ambassade d’Ethiopie, à Khartoum.

Le Soudan ira à vau l’eau à moins que l’Union africaine (UA) ne se décide à prendre ses responsabilités

Pour un pied de nez, c’en est véritablement un, tant l’acte est politiquement et diplomatiquement incorrect. S’agit-il là d’une manière pour les militaires soudanais de désavouer Abiy Ahmed dont on sait que le pays est une puissance militaire et économique dans la sous-région ? Cela y ressemble fort. Les jours à venir nous situeront davantage puisque le chef du gouvernement éthiopien promet de repartir à Khartoum en fin de semaine en cours. Mais d’ores et déjà, l’on a envie de dire que son déplacement à Khartoum semble créer plus de problèmes qu’il n’en résout. Et c’est peu dire. Car à l’allure où vont les choses, il court le risque de ne plus avoir d’interlocuteur du côté de l’opposition si, à l’issue de chaque tête-à-tête, des leaders devaient être arrêtés par la junte qui semble être allée trop loin pour reculer, consciente qu’elle pourrait passer sous les fourches caudines de la Justice internationale. C’est dire donc que le Soudan ira à vau l’eau à moins que l’Union africaine (UA) ne se décide à prendre ses responsabilités en arrêtant la vaste hypocrisie qu’elle donne à voir depuis la chute de Omarel Béchir, le 11 avril 2019. Et encore là, on peut être sceptique puisque le maréchal Al-Sissi qui est le président en exercice de l’organisation panafricaine, ne cache pas son soutien à la junte soudanaise dont il a d’ailleurs reçu le chef en fin mai dernier.

Boundi OUOBA

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