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AVALANCHE D’INVESTITURES DE CANDIDATS A LA PRESIDENTIELLE 2020: Quand des partis politiques succombent à la pulsion alimentaire

Chaque  jour que Dieu fait, l’on enregistre des cérémonies d’investiture de candidats à la présidentielle 2020.  L’on peut d’emblée percevoir le phénomène comme une chose normale et cela d’autant que l’on est pratiquement à deux mois de la présidentielle. Mais dans le cas du Burkina comme d’ailleurs dans celui de bien d’autres pays d’Afrique où la politique a tendance à perdre son sens noble pour devenir un business, l’on peut se risquer à dire que derrière  ces cérémonies d’investitures à la pelle,  se cachent des intentions liées à des pulsions alimentaires. Pour clarifier le concept, on peut dire,  en français facile, que les pulsions alimentaires sont caractérisées par une urgence à manger beaucoup, comme pour combler un vide.

Cela dit, la thèse de la pulsion alimentaire peut être étayée au regard des considérations suivantes. Premièrement, bien des partis qui passent tout leur temps à organiser des cérémonies d’investiture au profit de certains candidats, sont parfois des partis politiques qui étaient pratiquement en situation d’hibernation. Ils choisissent donc les moments fastes pour revenir à la vie. A quelques encablures de la présidentielle, on peut estimer que l’on est en train de traverser ces moments fastes. Et le moins que l’on puisse dire est que ce sont des moments où les politiciens n’hésitent pas à délier les cordons de la bourse pour rallier des suffrages à leur cause.  Deuxièmement, quand on fait le point des candidats à la présidentielle sur lesquels les professionnels des investitures jettent le plus leur dévolu, on peut s’apercevoir qu’il s’agit de candidats qui pèsent, financièrement parlant. En effet, les candidats qui sont régulièrement investis sont Roch Marc Christian Kaboré, Eddie Komboïgo et Zéphirin Diabré.

Cette avalanche d’investitures répond à des  calculs d’intérêts

Ce constat, on peut facilement le faire aujourd’hui en parcourant la presse.  Il est également établi qu’il faut une débauche de moyens pour organiser une cérémonie d’investiture. Les Burkinabè sont curieux de savoir,  peut-on dire, qui finance ces grand-messes dédiées aux investitures. Troisièmement, on a remarqué ceci: après que la majorité présidentielle a organisé une cérémonie collective pour investir son candidat, certains partis de ce groupement ont tenu à organiser individuellement des cérémonies d’investiture du même candidat. A quoi cela peut-il bien répondre ? Peut-on légitimement s’interroger. On peut prendre le risque de répondre  par ceci: si tu remportes le scrutin, souviens-toi de nous puisque notre parti t’a investi comme son candidat. Et les archives sont là pour l’attester. La stratégie est donc simple ! Faire le griot pour se donner plus de chances d’être servi le moment venu. Bref, cette avalanche d’investitures répond à des  calculs d’intérêts. Avant les élections, on peut, par là, recevoir des subsides pour aider  à prendre en charge les participants et après l’élection, en cas de victoire de son candidat, on peut prétendre à des maroquins.

En réalité, ces genres de pratiques tirent la politique vers le bas. Car, à force de réduire la chose politique à une quête immodérée « du mocré »*, l’on court le risque de se transformer en prostitué politique, prêt à vendre « ses charmes »  au plus disant. L’autre conséquence est que l’on risque de perdre toute crédibilité  auprès des populations. En tout cas, de plus en plus, les Burkinabè, peut-on dire, savent distinguer le bon grain de l’ivraie. Et il est salutaire de travailler à renforcer cette dynamique, pour autant que l’on veuille dissuader les calculateurs et autres opportunistes politiques. Cet exercice est rendu d’autant plus impérieux que cette catégorie de personnes envahit de plus en plus le champ de la politique et elle incarne des contre-valeurs. Et cette catégorie de personnes est particulièrement active à l’approche des échéances électorales. L’enjeu, pour eux, se résume à ceci: se servir de la politique non pas pour construire la cité mais pour  s’enrichir. Et quand on est dans cette logique, la crainte de Dieu et du qu’en dira-t-on importe peu.

 

Sidzabda

 

*Mocré : nourriture, bouffe en langue nationale mooré

 

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