BOUREIMA DIALLO, DIRECTEUR DE PUBLICATION DE « NOTRE TEMPS » : « Faire du journalisme dans notre pays, c’est presqu’un sacerdoce »

BOUREIMA DIALLO, DIRECTEUR DE PUBLICATION DE « NOTRE TEMPS » : « Faire du journalisme dans notre pays, c’est presqu’un sacerdoce »

On dit qu’à chaque fois qu’un titre disparaît, c’est une nouvelle inquiétante pour l’avenir des professions journalistiques. Mais le constat est que depuis un certain temps, les médias burkinabè, notamment la presse écrite, semblent dans une zone de turbulences. Des titres ont bien disparu des kiosques à journaux. Le dernier en date, c’est le quotidien « Notre Temps », après seulement 38 mois d’existence. Nous avons donc approché son directeur de publication, Boureima Diallo, pour mieux comprendre la situation. Et comme la plupart des journaux qui ne paraissent plus, « Notre Temps », à en croire son premier responsable, a aussi fini par crouler sous le poids des factures non payées de ses débiteurs dont l’Etat. Mais, il rassure qu’il s’agit d’une suspension et que la reprise est pour bientôt.

 

« Le Pays » : Depuis un certain temps, on ne voit plus « Notre Temps » dans les kiosques à journaux. Que se passe-t-il ?

 

Boureima Diallo : Effectivement ça fait bientôt trois semaines que notre journal ne paraît plus. Cela est dû à des soucis d’ordre divers. Depuis quelques mois, nous éprouvons des difficultés pour payer les salaires. Et cette situation a amené les journalistes à observer, dans un premier temps, deux jours de grève pour réclamer les arriérés de salaires que nous n’avons pas pu régler. Après, ils ont décrété une semaine de grève. C’est suite à cela que nous nous sommes dit qu’il fallait arrêter, pour tout mettre à plat afin de voir un peu plus clair. En réalité, le substrat du problème, c’est que nous avons beaucoup d’argent dehors alors que nous sommes un journal jeune, qui n’est en place rien que depuis  le 20 janvier 2014. Nous étions étouffés par cette situation d’impayés qui nous a fait accumuler trois mois d’arriérés de salaires. La décision a été donc d’observer un temps d’arrêt pour voir comment trouver des solutions alternatives en termes de recherche de fonds pour continuer à faire fonctionner le journal.

Ce temps d’arrêt va-t-il donc permettre de trouver des solutions durables ?

 

Cela nous permet de penser à une restructuration. Il y a certes, les problèmes de salaires, mais il se peut qu’il y ait aussi des problèmes dans notre propre gestion du journal. Nous n’avions jamais géré un journal. C’est donc tout nouveau pour nous parce qu’être journaliste, c’est une chose et gérer un journal, en est une autre. C’est vrai qu’il y a des arriérés de salaires à payer, mais il peut y avoir des problèmes dus à notre propre insuffisance. Il ne faut pas toujours jeter la pierre à autrui. Je pense que nous sommes nous-mêmes interpellé. Nous allons donc faire une introspection à notre niveau, pour voir ce qui ne va pas et ce qu’il faut remettre à plat.     

 

Il y en a qui expliquent la mauvaise santé financière des organes de presse par le fait des nombreuses factures non payées par l’Etat. Quelle est la situation à votre niveau ?

 

Nous avons une trentaine de millions de F CFA à recouvrer. Pour un jeune journal comme « Notre Temps », ça fait beaucoup. Hormis les journaux comme les Editions « Le Pays », « L’Observateur Paalga »  ou « Sidwaya », je ne vois pas un journal qui puisse vraiment s’auto-suffire, de nos jours, lorsqu’il a une telle somme dehors. Ça fait seulement trois ans que nous existons et avoir des impayés de ce montant, ne pouvait pas ne pas entraîner notre comptabilité dans des difficultés. Par ailleurs, il faut noter que faire du journalisme dans notre pays, c’est presqu’un sacerdoce. Il n’y a pas beaucoup d’argent dedans. Si vous prenez par exemple « L’Evènement » qui a une dizaine d’années d’existence, c’est vrai qu’ils arrivent à s’en sortir, mais je ne pense pas qu’ils roulent sur de l’argent. JJ (ndlr : le Journal du Jeudi) qui a été créé dans les années 91 vient de fermer. Vous voyez un peu la situation dans laquelle vivent les médias !

 

« Nous avons une trentaine de millions de F CFA à recouvrer. Pour un jeune journal comme « Notre Temps », ça fait beaucoup »

 

Quand comptez-vous reprendre ?

 

Nous sommes toujours dans les concertations. Notre préoccupation est d’abord d’arriver à éponger les arriérés de salaires et aller sur de nouvelles bases. Nous avons appris que l’Etat est à pied d’œuvre pour régler ses impayés. Si c’est fait, nous allons reprendre.

 

C’est donc pour bientôt ?

 

En tout cas nous l’espérons et Inch’Allah je pense que ça sera fait.

 

 Propos recueillis par Drissa TRAORE

 

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