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CANTON DE TENGRELA : Cacophonie autour de la chefferie

 

Les habitants du canton de Tengréla, situé à une dizaine de kilomètres de Banfora se sont rassemblés le 26 janvier 2019 sur le terrain de football du village pour procéder à la destitution du chef Siaka Koné et à son remplacement par Fulgence Koné celui dont l’actuel chef assure l’intérim il y a plus de 10 ans. Il a fallu l’insistance de la population pour que ce dernier se détermine clairement et publiquement à assumer désormais cette fonction. Ce qui n’était pourtant pas prévu car, apprend-on, au cours d’une rencontre que la famille royale a tenue quelques heures avant le début de l’AG, Fulgence devait renoncer à prendre les commandes du canton.

Les habitants du canton de Tengréla, ne veulent plus de Siaka Koné comme leur chef. Leur souhait est de voir Fulgence Koné, le premier adjoint au maire de Banfora reprendre le trône qu’il avait confié à Siaka Koné il y a un peu plus de dix ans. Pour ces habitants, Siaka Koné se livre à des exactions qui n’honorent pas le canton.

Trop de griefs contre Siaka Koné

Adama Tou, un habitant de Tengréla explique que si la population demande à Fulgence Koné de reprendre la chefferie, c’est parce que son petit frère Siaka Koné n’est pas sur le droit chemin. « Nous voulons une meilleure administration du village et du canton. Par exemple, Siaka Koné a imposé un bureau à la coopérative n°3 de la plaine de Karfiguéla au motif que l’ancien trésorier Tou Fousséni a volé l’argent des coopérants », révèle Adama Tou qui atteste que le chef Siaka Koné a également voulu imposer des gens dans le bureau CVD tout comme du CCRV. Et d’ajouter que là où il échoue, il demande à la tutelle administrative de ne pas composer avec ce bureau. « Pour nous, un chef ne doit pas s’ingérer directement et personnellement dans ces genres d’affaires », a conclu Adama Tou. Présent sur les lieux, Sagnon Fousséni, trésorier du comité de gestion du lac de Tengréla ajoute que le chef abuse des recettes propres du village à l’image de celles que génère le lac. « Aucun compte rendu n’est fait à la population simplement parce que le chef fait main basse sur lesdites recettes. Les recettes du lac sont utilisées pour faire des sacrifices du village. Une fois, il a retiré 565 000 F CFA de la caisse pour cela. Au même moment, il exige de chaque halogène la somme de 5 000 F CFA à chaque hivernage au motif que c’est pour organiser des sacrifices. Pour nous cela n’honore pas le village. D’ailleurs, nos parents et grands-parents ne l’ont jamais fait », martèle Fousséni Sagnon dont les propos sont soutenus par Adama Diao, président du CVD.

La volte-face de Fulgence Koné

C’est vers 16 heures que Fulgence Koné, accompagné de certains membres de la famille du chef, fait son arrivée au lieu du rassemblement. Lorsqu’il prend la parole une première fois, il ne dira pas clairement ce que les villageois voulaient entendre ; à savoir qu’il décide de prendre les rênes du canton. A l’entendre, des concertations se poursuivent. Ce qui ne semblait pas donner satisfaction à la foule. Après lui, d’autres intervenants se montrent plus acerbes; voulant que, clairement, Fulgence Koné décide de reprendre la chefferie. Poussé par ces revendications, le premier adjoint au maire de Banfora, prend la parole une seconde fois et finit par annoncer qu’il accède à la requête de la foule. Dès cet instant, des applaudissements et des cris se font entendre. Pour accompagner cette liesse de la population, les balafonistes entonnent une chanson de la chefferie et accompagnent Fulgence Koné jusqu’à sa voiture. Karim Koné, l’un des frères de Siaka Koné que nous avons rencontré après l’AG atteste que la famille ne s’est pourtant pas entendue sur cela. « Nous avons eu un conciliabule entre frères, et nous avons dit que ce problème perturbe la quiétude du village. Nous avons rappelé les principes qui encadrent la désignation d’un chef du village. Siaka Koné a été désigné selon ces principes. Nous avons décidé que ce principe de désignation du chef soit respecté et que l’actuel chef ne peut pas être déchu de ses fonctions tant qu’il est en vie. Fulgence Koné peut accompagner le chef pour assurer une bonne gestion du village. C’est ce message que nous étions venus porter à la connaissance de l’ensemble de la population qui était réunie au terrain. Pour nous, il ne fallait d’ailleurs pas convoquer une AG car au regard de certains événements qui se sont passés dans notre région et un peu partout dans le pays, nous voulions éviter le regroupement. Mais Fulgence a préféré l’AG à laquelle nous n’étions même pas conviés au départ. Nous pensons que c’est un problème qui va se résorber progressivement ». Pour Siaka Koné qui se porte en faux par rapport à toutes les accusations dont il fait objet, seule la mort détrône le chef dans le canton de Tengréla. Selon lui les agissements de Fulgence Koné l’étonnent car « Il nous a rassurés au cours de notre concertation qu’une fois à l’AG, il sait ce qu’il dira à la population ». Dans ces conditions, tout laisse croire qu’il y a désormais deux chefs pour le même canton de Tengréla.

Mamoudou TRAORE
(Correspondant)

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