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COMMERATION DU 25E ANNIVERSAIRE DU GENOCIDE RWANDAIS. : Exorciser les démons du passé pour mieux bâtir l’avenir

 

Le 7 avril prochain, le Rwanda commémore le 25e anniversaire du génocide perpétré en 1994 contre les Tutsi. Le Kwibika, comme on l’appelle là-bas au Pays des mille collines, verra la présence d’une trentaine de chefs d’Etats et de personnalités internationales. L’on peut noter que le président français, Emmanuel Macron, sera l’un des grands absents à ladite cérémonie. Invité, en effet, par l’homme mince de Kigali à y prendre part, le « Grand chef des Blancs » y dépêchera une délégation conduite par le député d’origine rwandaise, Hervé Berville. Et l’on peut aisément imaginer la raison pour laquelle le premier des Français ne fera pas le déplacement de Kigali. Les autorités rwandaises, à commencer par Paul Kagame, ne manquent jamais l’occasion de pointer la responsabilité de la France dans le drame que le Rwanda a connu en 1994. Et pour sûr, cela sera martelé à qui veut l’entendre le 7 avril prochain. Véritablement, c’est un supplice moral auquel le président français ne veut pas assister. Cela dit, l’histoire des Nations est parsemée de tragédies dont le souvenir ne peut jamais être effacé des mémoires individuelles et collectives, tant elles ont été atroces. Le génocide des Tutsi en est une. Il constitue avec le génocide des Juifs, les deux principales déchirures de l’histoire de l’humanité du 20e siècle. De la même manière que le monde se rappelle le génocide des Juifs, au point de l’enseigner partout à tous les écoliers, Paul Kagame veut que l’on accorde le même traitement au génocide de ses compatriotes. Et sur ce plan, l’homme mince de Kigali a parfaitement raison. Et à moins de vouloir entériner la thèse des racistes selon laquelle certaines races sont intrinsèquement et qualitativement supérieures à d’autres, personne ne peut dénier à Kagame le droit d’inviter le monde entier à une cérémonie solennelle de devoir de mémoire et d’introspection sur ce qui s’est passé dans son pays, un certain 7 avril 1994.

Le Rwanda pourra être encore plus grand si Kagame inscrit sa gouvernance politique dans le paradigme de la démocratie

Ce jour-là, en effet, et ce, jusqu’en juillet de la même année, 800 000 Tutsi ont été purement et simplement exterminés et cela pratiquement en live, en présence des armées du monde dit civilisé. Les extrémistes hutu en sont les auteurs mais Paul Kagame ne veut pas que l’on oublie que des pays occidentaux, en l’occurrence la France, la Belgique et le Canada pour ne pas les nommer, y ont joué un rôle trouble. Sur ce sujet, Paul Kagame s’est montré intraitable. Et cela lui a valu l’admiration et le respect de l’Afrique. Et le mérite de l’homme mince de Kigali ne se réduit pas seulement à cela. Il a aussi réussi le tour de force de remettre le Rwanda sur ses deux pieds. Et ce mérite est d’autant plus grand qu’il a hérité d’un pays complètement déstructuré, où la haine Hutu/Tutsi avait été pratiquement érigée en méthode de gouvernement. 25 ans après, l’homme a fait du Rwanda, un pays où pratiquement les clivages ethniques relèvent désormais du passé. A cela, il faut ajouter les pas de géant que le pays a fait en termes de progrès économique, écologique et social. On a le droit d’admirer Paul Kagame ou de le vouer aux gémonies, mais il faut lui reconnaître ce mérite. Et quelque part, l’on peut dire que c’est le génocide qui lui a donné la force et l’énergie qu’il faut pour réussir le pari de la réconciliation et de la reconstruction dans son pays. C’est également le génocide qui fait que le monde dit civilisé se garde de faire à Paul Kagame la moindre observation sur ses dérives en matière de démocratie et de respect des droits humains.  Cette 25e commémoration du génocide des Tutsis doit être l’occasion d’exorciser davantage les démons du passé pour mieux bâtir l’avenir.  Et pour bâtir l’avenir le mieux possible et dans la durée, Paul Kagame a intérêt à intégrer dans son logiciel, que le Rwanda pourra être encore plus grand si Kagame inscrit sa gouvernance politique dans le paradigme de la démocratie. Cela suppose l’alternance. Malheureusement, pour Paul Kagame,  ce mot n’existe pas dans son lexique politique. Toute chose qui donne de lui, l’image d’un satrape.

Pousdem PICKOU

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