A la uneLignes de force

CONCLUSIONS DE LA COP 24

 On pouvait faire mieux

Peut mieux faire ! C’est le moins que l’on puisse dire des conclusions du 24e  sommet de l’ONU sur le climat, appelé COP 24, qui a refermé ses portes, le 15 décembre dernier à Katowice, en Pologne. Ce grand raout dont l’objectif majeur était de parvenir à des règles précises d’application de l’Accord de Paris, négocié en 2015 dans le cadre de la COP21, a accouché d’une feuille de route a minima, devant permettre sa mise en œuvre concrète. En effet, après deux semaines de tractations, les 200 pays participants ont fini par s’accorder sur les règles de fonctionnement de cet Accord de Paris en adoptant un canevas qui indique le mode d’emploi qui doit permettre aux pays signataires de le mettre en application et, surtout, de suivre la réalité des avancées mises en œuvre par les Etats. Si le manque d’impulsion des pays les plus pollueurs de la planète, était patent vis-à-vis de cette 24e COP qui a voulu donner vie à la COP 21, on peut dire que l’accord arraché à Katowice et qui décrit un suivi des engagements de réduction de gaz à effets de serre, donne des espoirs malgré le retrait tonitruant des Etats-Unis ou l’éventuel départ aussi du Brésil de Bolsonaro de l’Accord de Paris. A Paris, rappelons-le, la COP 21 avait refermé ses portes sur une batterie de promesses et d’engagements de bonne facture. Au nombre des engagements phares, on note la décision de contenir la hausse de la température globale à moins de 2°C tout en renforçant les capacités d’adaptation des pays au changement climatique et à orienter les flux financiers vers des activités économiques à faibles émissions de gaz à effet de serre. Et ce, avec en prime l’augmentation de l’utilisation des énergies renouvelables. Si trois ans après, l’on a constaté que les bonnes intentions de Paris n’ont pas produit les effets escomptés,   l’engagement des Etats, à Katowice, de passer aux actes concrets, est à saluer.

Cependant, comme l’a reconnu le ministre français  de la Transition écologique, « le chemin est encore long et difficile ». 

Eviter que les conclusions de Katowice restent des vœux pieux

Ce relativisme traduit les difficultés qui ont émaillé la COP 24 avec l’opposition de la Russie et de l’Arabie Saoudite que les conclusions du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC), visant à sonner l’alarme sur le réchauffement climatique, soient inscrites comme «accueillies favorablement» dans l’accord de Katowice. Ensuite, quand bien même la feuille de route adoptée par les Etats est ambitieuse, il reste qu’il n’y a pas de chronogramme pour sa mise en œuvre. C’est dire que les conclusions de cette COP 24 ne sont pas aussi encourageantes que cela. On pouvait donc mieux faire en établissant un calendrier bien défini et clair. Par ailleurs, l’Afrique qui retourne de la COP 24 avec la promesse de financement d’un fonds vert pour le climat à hauteur de 10 milliards de dollars en 2019, ne doit pas pour autant se laisser aller au satisfecit. Ce d’autant que cette cagnotte mise à la disposition des pays en développement pour financer leur transition écologique, n’est pas aussi mirobolante au point de satisfaire les besoins urgents. Car, comme dirait l’autre, « c’est bon, mais ce n’est pas arrivé ». Encore que l’Afrique, faut-il rappeler, n’est pas la seule bénéficiaire de cette manne. Et rien ne dit que le mécanisme de décaissement ne sera pas une autre paire de manches. En tout état de cause, en attendant que les puissances pollueuses de la planète  décident de se défaire de leur hypocrisie pour adhérer au principe du pollueur payeur tout en s’engageant honnêtement à diminuer considérablement l’émission du gaz à effet de serre, l’Afrique a intérêt à développer elle-même des stratégies pour sa résilience. C’est le lieu donc de faire un clin d’œil au lauréat 2018 du prix Nobel alternatif (Right Livelihood Award), Yacouba Sawadogo, qui a pu faire pousser une forêt d’une trentaine d’hectares en plein désert au Burkina Faso. Pendant ce temps, d’autres pays, à l’image de la Côte d’Ivoire et du Gabon qui subissent aussi de plein fouet les aléas du réchauffement climatique, ont laissé ouvertes leurs forêts à des multinationales qui les exploitent sans aucun égard. En tous les cas, il faut aller vite sur la voie tracée par la COP 24.  Et comme on dit, c’est toujours une belle harmonie quand le dire et le faire vont ensemble. Il  faut donc éviter que les conclusions de Katowice, quoique mi-figue mi-raisin, restent des vœux pieux.

Drissa TRAORE

Articles similaires

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.

Bouton retour en haut de la page
Google+
Fermer