CONDAMNATION D’ACTIVISTES DE LA SOCIETE CIVILE AU TCHAD : Quand Deby joue à se faire peur

CONDAMNATION D’ACTIVISTES DE LA SOCIETE CIVILE AU TCHAD : Quand Deby joue à se faire peur

Depuis sa réélection contestée du 10 avril 2016, le président tchadien, Idriss Deby Itno, développe une allergie à toute forme de contestation dans son pays. En effet, tout se passe comme si la moindre critique le renvoyait à sa mauvaise conscience. Ainsi, après avoir envoyé aux fers des élèves dont le seul tort a été de protester contre les coupures abusives de leurs bourses, il a réglé par un simulacre de procès dont l’épilogue est intervenu hier le sort de Nadjo Kaina Palmer et de Bertrand Solloh Gandere, figures de proue du mouvement des jeunes « Iyina » et membres de la campagne internationale « Tournons la page ». Inculpés pour tentative de complot et provocation à l’attroupement, les deux activistes ont écopé d’une peine d’emprisonnement de six mois avec sursis. Au-delà de ce verdict, il convient déjà de dénoncer la furie répressive des autorités tchadiennes qui, en sus de violer l’inaliénable droit des deux activistes à la liberté d’expression, les ont soumis à d’intolérables tortures dont des tentatives d’asphyxie avec des sacs plastiques contenant du piment et/ou de noyade avec des jets d’eau à forte pression. Puis, en violation des règles élémentaires dans un Etat de droit, les prévenus ont été détenus au secret dans les locaux des services de renseignements. « Chasser le naturel, il revient au galop », dit l’adage. Le satrape de N’Djamena n’arrive toujours pas à opérer sa mue. En réalité, la répression, pour ce loup qui s’est introduit dans la bergerie, est un mode de gouvernance. Il arrête et emprisonne ses opposants et les libère dans le double objectif de les terroriser pour les contraindre à se tenir à carreaux et de faire croire à l’opinion nationale qu’il est un chef magnanime, soucieux de la concorde nationale. La question que l’on pourrait cependant se poser est celle de savoir si les manifestations peuvent être durablement endiguées par cette politique du bâton et de la carotte.

Deby serait bien inspiré de prêter une oreille attentive aux aspirations légitimes de sa jeunesse

De toute évidence, l’on ne peut que répondre par la négative. Et pour causes. Le régime, usé par près de trois décennies de pouvoir, ne fait plus rêver une jeunesse tchadienne de plus en plus ouverte au monde et qui ne pense qu’alternance. Le pays, qui fait face à la chute drastique du cours du pétrole, sa principale source d’entrée de devises, est menacé d’asphyxie et comme le disent les locuteurs de la langue de Shakespeare, « a hungry man is an angry man ». En d’autres termes, « un homme qui a faim est un homme en colère ». C’est donc dire que Deby ne fait pas peur à son opposition par ces arrestations à tour de bras. Seulement, il joue à se faire peur. Même si la philosophie bien connue des dictateurs est que « ça n’arrive qu’aux autres », Deby serait bien inspiré de prêter une oreille attentive aux aspirations légitimes de sa jeunesse. A défaut de le faire, il pourrait ne pas échapper au sort bien connu de nombreux autres dictateurs qui ont connu l’errance sur les chemins de l’exil ou de mourir comme Mobutu Sésé Seko, enterré dans un cimetière d’inconnus. Que Deby ne s’y trompe pas. Le soutien de l’armée dont il peut pour l’instant se targuer, pourrait bien cacher des lézardes car, sans nul doute, la Grande muette tchadienne, comme membre à part entière de la société, est aussi parcourue par les mêmes courants contraires qui agitent la société tchadienne.

SAHO

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