CONFLIT FONCIER A DJINAWORO : Des autochtones détruisent 12 hectares d’anacardiers d’un allogène

CONFLIT FONCIER A DJINAWORO :   Des autochtones détruisent 12 hectares d’anacardiers d’un allogène

 

Un champ d’anacardiers d’environ 12 hectares a été détruit par les membres d’une communauté du village de Djinaworo, les 29 et 30 septembre 2018. Selon le propriétaire du champ que nous avons rencontré sur ses installations le 9 octobre 2018, les auteurs de ce forfait disent que la terre leur appartient. Pourtant, ses parents s’y sont installés depuis plus de cent ans.

Un conflit foncier, vieux de trois ans, qui oppose deux communautés dans le village de Djinaworo, à une dizaine de kilomètres de Sindou, a abouti à la destruction de 12 hectares d’anacardiers appartenant à Ngalma Coulibaly. Du haut de ses 61 ans, Ngalma Coulibaly dit qu’il est né à Djinaworo et que son père y a passé sa tendre enfance. « Depuis ce temps, soutient-il, c’est notre famille qui exploite ces terres et nous n’avons jamais été inquiétés par qui que ce soit ». Il raconte que cela fait trois ans que la situation perdure et que d’année en année, elle ne fait que s’exacerber. A l’entendre, c’est le 29 septembre 2018 que les membres de l’autre communauté ont commencé à détruire le domaine. Le lendemain 30 septembre 2018, ils sont venus détruire le reste, malgré les supplications du chef de village de Kawara et les injonctions du préfet de Sindou dont relève le village de Djinaworo. A l’entendre, ce sont des plants vieux de 4 et 5 ans sur une superficie d’environ 12 hectares qui ont été détruits. Certains ont même été dessouchés pour ne plus avoir la possibilité de repousser. Il soutient avoir ramassé 10 sacs de noix. Et cette année, allaient commencer les grandes récoltes puisque les arbres avaient bien grandi. Toujours selon Ngalma Coulibaly, l’objectif des auteurs de cette destruction est de les chasser du village, lui et les autres membres de sa communauté, et ils l’ont clairement dit. « Ils se réclament propriétaires des terres et nous demandent de regagner (…) car c’est de là que nos grands-parents sont venus s’installer à Djinaworo », a-t-il dit. Présentant le jeune Soungalo Coulibaly, Ngalma Coulibaly fait remarquer que plusieurs d’entre eux qui résident à Djinaworo, sont sous cette menace. Soungalo Coulibaly dit avoir été exproprié du champ d’anacardiers que lui a légué son défunt père. Présentement, se lamente-t-il, il vit sans ressources substantielles avec deux femmes et des enfants. Ce sont donc, déclare-t-il, ceux qui se disent propriétaires terriens qui vivent des fruits des anacardiers que mon père m’a légués. « Dès le début de ce conflit en 2015, nous avons porté plainte en justice », reprend le vieux Ngalma. « Mais grâce à l’intervention de certaines personnes dont le chef de Kawara, nous avons tenté un règlement à l’amiable qui suivait son cours depuis le mois de juillet 2018. Mais voilà que ce processus n’est pas à son terme et l’autre groupe vient poser pareil acte. Pendant combien de temps allons-nous encore supporter leurs exactions ? », s’interroge Ngalma qui estime que les autorités affichent une grande lenteur dans la résolution de ce conflit. « Ces gens sont simplement animés d’une jalousie de notre prospérité, dira-t-il. C’est pourquoi nous demandons aux autorités de s’intéresser véritablement à ce conflit qui gagne en envergure d’année en année ».

« Ce sont des amis de longue date »

De l’autre côté, c’est-à-dire du côté de ceux qui ont détruit le verger de Ngalma Coulibaly, une source qui a requis l’anonymat indique que dans le cadre du règlement à l’amiable du conflit, il y a, dans le protocole d’accord, une limite qui a été indiquée à Ngalma. « Nous ne savons pas pourquoi il a franchi la limite et malgré les interpellations, il continue à planter des arbres. D’ailleurs, lui aussi a déterré nos plantes », relate notre source tout en disant que c’est ce qui a révolté la population et l’a amenée à détruire les anacardiers. Pour le préfet de Sindou, André Lankoandé, qui n’a pas souhaité trop parler puisque l’affaire est en justice, ce conflit est regrettable puisqu’il oppose en réalité deux amis de longue date. L’un a vécu chez l’autre pendant plusieurs années et on croyait même qu’ils étaient des frères. Pour sa part, le préfet les appelle au calme en attendant que la Justice tranche. Du côté du ministère de l’Environnement, le directeur provincial dont des éléments ont fait le constat, fait savoir que la destruction de plantes est condamnée par le code forestier.
Pour éviter de heurter la sensibilité de certains, nous avons préféré taire le nom des communautés en conflit.

Mamoudou TRAORE

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