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CORONAVIRUS EN AFRIQUE

Déconstruire certains clichés

Alors que le coronavirus fait des ravages dans le monde entier où près d’une centaine de pays sont à présent touchés, on se demande encore pourquoi l’Afrique est plus épargnée que les autres continents, notamment l’Europe et l’Asie qui enregistrent le plus grand nombres de cas et de décès. Et si une dizaine de pays du continent noir ont confirmé par-ci par-là des cas, il reste que les cas révélés sont, pour la plupart, ceux de voyageurs européens en migration sur le continent africain. Et aujourd’hui encore, très peu de cas d’Africains atteints par la maladie, sont signalés à travers le monde. De là à penser que le Noir est plus résistant au coronavirus, que d’aucuns ont vite fait de qualifier de maladie de Blancs, il y a un pas que certains Africains ont vite fait de franchir, convaincus de surcroît que le virus ne résisterait pas à la chaleur encore moins à la poussière du continent. Mais en dehors de toute démonstration scientifique, ce sont des clichés à déconstruire au plus vite, sur un continent où le manque d’informations sur la maladie laisse souvent la place à toutes sortes de ragots véhiculés, la plupart du temps, sur les réseaux sociaux.

Il est impératif de garder la vigilance au niveau d’alerte le plus élevé

Cela est d’autant plus nécessaire que la maladie, partie de Chine, est en train de se répandre à une vitesse exponentielle dans le monde, et de plus en plus sur le continent noir où on compte, à ce jour, une dizaine de pays touchés, avec un premier cas de décès en Egypte où un sexagénaire allemand est mort, le 8 mars dernier, après deux jours d’internement. C’est dire si la situation est devenue très préoccupante. Et la question est de savoir si l’Afrique est suffisamment armée pour faire face à la maladie et de quels moyens elle dispose pour contrer le fléau qui est en train de désorganiser même les plus grandes puissances, avec des conséquences économiques catastrophiques par endroits. Avec un système de santé pas toujours au point et des frontières poreuses, il y a des raisons de nourrir de fortes inquiétudes face à une éventuelle escalade de la maladie en Afrique. Non seulement les structures sanitaires seraient vite débordées, mais on ne voit pas non plus comment l’on pourrait procéder, par exemple, à des méthodes de confinement prolongé ou de mise en quarantaine de régions entières sur un continent où la majorité des populations sans revenu fixe, vit pratiquement au jour le jour. Et dans des pays comme le Burkina Faso, le Mali et le Niger confrontés à l’hydre terroriste, la situation serait encore plus catastrophique avec la situation des déplacés internes confinés par endroits dans des camps, et dont le nombre ne cesse de s’accroître au fur et à mesure que la bête immonde étend ses tentacules. C’est pourquoi il est impératif de garder la vigilance au niveau d’alerte le plus élevé, et de mettre l’accent sur l’information et la prévention en vulgarisant au maximum les mesures de précaution les plus simples et les plus accessibles aux populations.

L’Afrique présente une vulnérabilité qui fait craindre que le défi de la lutte contre ce redoutable virus, ne soit une gageure pour elle

Car, quand on connaît souvent le laxisme dans certaines de nos administrations, on peut douter que le dispositif dans bien des aéroports et le protocole que requiert la gravité de la situation, soient rigoureusement suivis pour permettre de détecter tout cas suspect à l’arrivée, afin de prendre les dispositions de mise en quarantaine et de suivi médical qui s’imposent. Et quid des frontières terrestres qui connaissent chaque jour des flux massifs de populations, et qui ne semblent pas prises en compte dans le déploiement des dispositifs de surveillance et de détection ? C’est dire si l’Afrique présente une vulnérabilité qui fait craindre que le défi de la lutte contre ce redoutable virus, ne soit une gageure pour elle, si rien n’est fait pour éviter une explosion de la maladie sur ce continent. Les gouvernants sont donc interpellés. Car, si la distance d’avec la Chine peut, en partie, expliquer la relative faiblesse des cas signalés en Afrique, on peut dire que le continent est désormais beaucoup plus explosé depuis que l’Europe a été frappée de plein fouet par la maladie dont le foyer le plus incandescent est, à ce jour, localisé en Italie. C’est dire si plus que jamais aux portes d’un des continents les plus pauvres et les plus démunis du monde, le coronavirus pourrait faire davantage parler de lui si des mesures drastiques ne sont pas prises pour parer à la situation et minimiser son impact sur le continent. En attendant que la science trouve, au plus vite, une solution, on croise les doigts pour l’Afrique qui n’a visiblement pas la grande capacité de réaction que l’on a vu ailleurs.

«  Le Pays »

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