CRISE POLITIQUE AU ZIMBABWE : Voilà ce qui arrive quand un régime s’adosse à l’armée

CRISE POLITIQUE AU ZIMBABWE : Voilà ce qui arrive quand un régime s’adosse à l’armée

Au Zimbabwe, c’est toujours la confusion, 48 heures après le coup de force de la soldatesque contre le président Robert Mugabe qui en est encore à se demander ce qui lui arrive. Car, il y a cinq jours seulement, il était impensable de s’imaginer un seul instant le nonagénaire doyen des chefs d’Etat de la planète  en résidence surveillée dans ce qu’il appelait lui-même « sa bananeraie », en référence à son pays qu’il avait complètement mis à ses genoux. Et pour cause. Robert Mugabe était adossé à du roc ; ce qui lui a permis de mener son peuple à la baguette pendant plus de trois décennies, sans adversaire politique véritablement à sa taille. Et ce roc avait pour nom l’armée. Mais depuis trois jours, il est en train de mesurer tout le péril qu’il y a à s’adosser à une telle muraille. En effet, la Grande muette a sorti son armada contre lui, alors qu’il croyait l’avoir totalement et définitivement soumise à sa volonté. La cause de l’ire du Général Constantino Chiwenga et de ses hommes qui ont retourné leurs armes contre le maître de Harare, est que Grace, la tendre épouse de ce dernier, a eu la mauvaise idée de vouloir succéder à son époux et a ostensiblement montré ses ambitions présidentielles au point de faire limoger le vice-président, Emmerson Mnangagwa.

Le Zimbabwe vit un coup d’Etat qui ne dit pas son nom

Depuis lors,  le ciel est en train de tomber sur la tête du vieux qui est, depuis le 15 novembre dernier, de fait « l’otage » de l’armée qui dit vouloir « désinfecter » son entourage  « en éliminant les criminels ». Depuis 48 heures donc, le Zimbabwe vit un coup d’Etat qui ne dit pas son nom. Et le silence prolongé de la Grande muette qui a pourtant investi les rues de la capitale et placé le président en résidence surveillée au moment où elle opérait des arrestations de plusieurs personnalités et autres figures de proue du régime, vient en rajouter aux interrogations et autres inquiétudes d’une population en manque d’informations et qui attend d’être fixée sur le coup de force. C’est pourquoi l’on peut se demander si le coup a été bien mûri et quelle est encore l’assise du vieux Bob au sein de l’armée. Quoi qu’il en soit, cette situation au Zimbabwe vient rappeler une fois de plus la problématique des dictateurs qui s’adossent sur l’armée pour s’imposer durablement à la tête des Etats, comme c’est le cas au Burundi de Pierre Nkurunziza, au Congo de Denis Sassou Nguesso, en RD Congo de Joseph Kabila ou encore au Togo de Faure Gnassingbé qui ne sont que des démocraties de façade. Et la liste est loin d’être exhaustive. Tant que les intérêts de la soldatesque sont préservés, ces dictateurs peuvent peu ou prou dormir tranquilles. Mais attention à l’effet boomerang, comme c’est visiblement le cas aujourd’hui au Zimbabwe. Car, il est bien connu que le pouvoir use et corrompt. Et à force de longévité au pouvoir, certains chefs d’Etat finissent par se prendre pour des demi-dieux, aidés en cela par des laudateurs zélés chantant à tout vent leurs louanges  pour bénéficier de privilèges en nature ou en espèces. Dans le cas d’espèce, beaucoup en viennent à se croire indéboulonnables, oubliant qu’outre le soutien de la soldatesque, ils doivent l’assise de leur pouvoir à la terreur policière qu’ils abattent sur les populations en général et sur l’opposition en particulier, à la fraude électorale institutionnalisée et aux multiples achats de consciences. Si fait qu’en l’absence d’une véritable opposition généralement muselée ou réduite à sa plus simple expression, il n’y a que l’armée, dernier rempart, à pouvoir porter la contradiction ou arrêter de tels chefs d’Etat dans leurs dérives dictatoriales. L’erreur de Mugabe a sans nul doute été d’avoir laissé sa tendre moitié tourner le dos à la soldatesque.

Au Zimbabwe, il y aura un avant et un après 15 novembre 2017

Mais au-delà, dans une démocratie qui se respecte, le rôle d’une armée n’est pas de gérer le pouvoir d’Etat. Au demeurant, force est de constater que les démocraties qui ont prospéré sur le continent, sont celles où l’armée est généralement restée dans son rôle, à l’écart de la gestion du pouvoir. C’est le cas du Sénégal, qui est cité en exemple sur le continent. En tout état de cause, il appartient aux princes régnants de tirer leçon du cas zimbabwéen et se convaincre une fois pour toutes de l’incertitude des lendemains, quand on s’adosse au canon pour mettre le peuple au pas. Le seul véritable chemin pour avoir le sommeil tranquille, c’est d’adopter une gouvernance vertueuse, qui prend en compte les préoccupations du peuple. Pour cela, l’Afrique a aussi besoin d’institutions fortes pour ne pas donner des raisons à l’armée de s’inviter dans le débat politique. A présent, il y a lieu de se convaincre qu’au Zimbabwe, il y aura un avant et un après 15 novembre 2017. Car, quelle que soit l’issue de ce coup de force, les choses risquent de changer fondamentalement au pays de Robert Mugabe. En tout état de cause, il faut assainir le jeu politique dans ce pays. Et les Zimbabwéens ont une occasion rêvée de se dresser comme un seul homme pour demander le retrait du pouvoir kaki de la gestion des affaires de l’Etat. Pourront-ils transformer l’essai ? Rien n’est moins sûr. En attendant, c’est la diplomatie souterraine qui est en action et bien malin qui pourrait dire ce qu’il en sortira. Mais avec le silence prolongé des « putschistes » d’une part, et la position de Robert Mugabe qui refuse catégoriquement de démissionner, il y a lieu de croire que les négociations sont plus serrées que l’on ne le croit.

 

« Le Pays »

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2 Commentaires

  1. Pingback: Au Zimbabwe comme ailleurs, tout pouvoir a son “point de bascule”

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