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DECES DE MANU DIBANGO DU COVID-19

Ce virus qui casse aussi les trompettes

La rumeur qui circulait, il y a quelques jours, sur les réseaux sociaux, a fini par devenir réalité. Le saxophone de la légende de l’Afro-jazz, le Camerounais Manu Dibango, s’est tu à jamais, ce 20 mars 2020, au petit matin, dans un hôpital de la banlieue parisienne. L’annonce du décès faite par sa famille, n’a véritablement donc pas surpris. Testé positif au coronavirus, l’on sait, de par l’âge (86 ans), que le plus célèbre des afro-jazzmen africains faisait partie de la population à risque élevé de la pandémie causée par le COVID-19 qui secoue aujourd’hui le monde. Qui est l’illustre disparu ? Si la réponse à cette question parait évidente pour bien des mélomanes à travers le monde, elle peut cependant donner le tournis à la nouvelle génération. De son vrai nom Emmanuel N’Djoke Dibango, l’artiste est né le 12 décembre 1933 à Douala, de parents protestants. C’est donc tout naturellement dans la chorale du temple dont s’occupait son père, que Manu s’initie au chant et à la musique.

L’œuvre de Papy Groove et le large sourire d’Africain qui l’a toujours caractérisé, continueront à inspirer des générations entières d’artistes

Après l’école primaire, il est envoyé en France pour poursuivre ses études. Et c’est là que l’homme apprend à jouer divers instruments comme la mandoline, le piano et surtout le saxophone qui lui confère plus tard ses lettres de noblesse. C’est là aussi et à cette même époque qu’il découvre aussi le jazz, genre musical avec lequel il fait ses premières armes dans la musique dans les cabarets en France puis à Bruxelles. Au début des années 60, il ouvre son propre club de jazz en Afrique. En 1969, il sort son premier album aux sons très jazzy : « Saxy Party ». Mais c’est en 1973 qu’il explose mondialement avec son hit « Soul Makossa », un morceau aux accents très africains, qui lui assure en quelques mois, un succès planétaire. Ce tube booste sa carrière musicale qu’il enrichit à chacun de ses voyages et à chacune de ses rencontres musicales. Mélangeant ainsi jazz, musiques africaines ou jamaïcaines au Gospel et au Rythm’n’Blues, il crée une alchimie musicale qui le fait entrer au panthéon de la musique mondiale. La disparition de Manu Dibango est donc une grosse perte pour la culture africaine de façon particulière et mondiale de façon générale. Le vide que laisse le virtuose du saxo sur la scène musicale, sera difficile à combler. Mais comme on le dit, un artiste ne meurt jamais, il survit à travers son œuvre. Sans nul doute que l’œuvre de Papy Groove et le large sourire d’Africain qui l’a toujours caractérisé, continueront à inspirer des générations entières d’artistes sur le continent et à travers toute la planète.  En cassant ainsi les cordes de la voix de ce géant de la musique africaine et en bouchant pour toujours sa trompette, le Covid-19 vient tristement rappeler à notre souvenir qu’il n’épargne personne. Autant il décime les acteurs du monde de la culture comme il a déjà donné à le voir avec le Congolais Aurlus Mabélé, une autre icône de la musique africaine des décennies 80-90, autant il fait des ravages dans d’autres sphères de l’activité humaine. En le disant, l’on ne peut s’empêcher de penser au corps médical qui paie un lourd tribut dans le combat qu’il mène contre ce tueur silencieux. L’on ne peut que souhaiter que cette comptabilité macabre prenne fin au plus vite.

Il faut agir dans l’urgence

Mais l’on sait que l’insatiable virus n’arrêtera pas de lui-même sa gargantuesque anthropophagie; d’où toutes les mesures que les différents gouvernements, de par le monde, prennent pour tenter d’enrayer le mal.  Ainsi, au Burkina Faso comme dans de nombreux autres pays africains, après quelques tâtonnements, le gouvernement s’est décidé à serrer la vis. Donnant suite au discours du chef de l’Etat, Roch Marc Christian Kaboré, les autorités ont annoncé une batterie de mesures dont l’objectif, in fine, est le confinement général de la population; seule alternative, selon les spécialistes, pour éviter le ballet macabre des corbillards. Les dernières venues de ces mesures sont l’interdiction des mouvements des compagnies de transport et la fermeture annoncée des grands marchés et des yaars. Si de façon générale, les populations comprennent la nécessité de ces mesures additionnelles, ces dernières n’en sont pas moins inquiètes quant à leurs répercussions. S’agissant, par exemple, de l’immobilisation des cars de transport, des malades astreints à faire le déplacement vers la capitale pour se faire dialyser, s’inquiètent et disent être des victimes expiatoires de la lutte contre l’épidémie du coronavirus. Et que dire de l’inévitable spéculation autour des prix des denrées que va nécessairement entraîner la fermeture des marchés ? Il y a aussi des soucis à se faire pour tous ces travailleurs du secteur informel qui vivent au jour le jour et qui seront fortement impactés par l’arrêt de la vie économique du pays.  Cela dit, l’on comprend l’embarras du gouvernement face à une épidémie qui prend de l’ampleur. Non seulement le nombre des infectés croit de façon exponentielle, mais aussi l’on note une forte tendance à la délocalisation géographique de l’épidémie avec l’apparition de foyers d’infection dans des villes comme Boromo, Banfora ou Dédougou. Il faut agir dans l’urgence et si l’on veut faire des omelettes, il ne faut sans doute plus se soucier de casser les œufs. Mais là où le bât blesse dans cette guerre contre la pandémie, c’est que le gouvernement semble oublier la nécessaire mobilisation de thérapeutes traditionnels qui ont certainement leur mot à dire, en attendant que les grands scientifiques en finissent avec leurs débats sur l’utilisation de la chloroquine dans les traitements de l’infection au coronavirus.

« Le Pays»

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