Ombre et lumière

DECES DE VALERE SOME

Trois ans déjà !

Dans la tribune ci-dessous, le président de l’OPA-BF, Me Ambroise Farama, qui n’est plus à présenter, rend hommage à Valère Somé décédé, il y a de cela trois ans. Ce faisant, il appelle les Burkinabè à un « sursaut salutaire en transcendant nos appartenances sociales ou partisanes ». Lisez plutôt !

L’histoire politique du Burkina Faso est tributaire de l’engagement précoce des scolaires et étudiants de notre pays. Le 27 juillet 1960 naissait l’Union Générale des Etudiants Voltaïques (UGEV), fruit du regroupement de l’Association des Scolaires Voltaïques de Dakar (ASV) et de l’Association des Etudiants Voltaïques en France (AEVF). Dès sa naissance, ce mouvement étudiant à caractère syndical a clairement affiché son orientation révolutionnaire, anticapitaliste et son adhésion au principe de la lutte des classes. Jusqu’au soulèvement populaire du 3 janvier 1966, l’Union Générale des Etudiants Voltaïques estime que la Haute Volta est une néocolonie et son président un valet de l’impérialisme français. L’interprétation de ce soulèvement, de même que les divergences apparues au sein du mouvement communiste international (entre la Chine et l’URSSS de Khrouchtchev), provoquent l’apparition de deux courants au sein de l’UGEV. La naissance du Groupe marxiste-léniniste de Haute Volta qui a travaillé à la naissance de l’Organisation Communiste Voltaïque en août 1977 ne règle pas le problème. Cette organisation est secouée par les nouvelles contradictions apparues au sein du mouvement communiste international (rupture des relations entre l’Albanie et la Chine), et, en septembre 1978, la scission est consommée, avec la naissance de l’Union des Luttes Communistes (ULC) et du Parti Communiste Révolutionnaire Voltaïque (PCRV), respectivement porteurs de la Révolution Démocratique et Populaire (RDP et de la Révolution Nationale Démocratique et Populaire (RNDP). Lorsque le 4 août 1983, la réplique populaire à la gifle impérialiste du 17 mai se solde par l’avènement du Conseil National de la Révolution (CNR), dans sa proclamation, le Capitaine Thomas Sankara dit ceci : « Le Conseil national de la révolution appelle chaque Voltaïque, homme ou femme, jeune ou vieux à se mobiliser dans la vigilance pour lui apporter son soutien actif. Le Conseil national de la révolution invite le peuple voltaïque à constituer partout des Comités de défense de la révolution (CDR) pour participer à la grande lutte patriotique du CNR et pour empêcher les ennemis intérieurs et extérieurs de nuire à notre peuple… La raison fondamentale et l’objectif du Conseil national de la révolution, c’est la défense des intérêts du peuple voltaïque, la réalisation de ses profondes aspirations à la liberté, à l’indépendance véritable et au progrès économique et social ».  En effet, déjà en janvier 1983, lors de son discours d’investiture en sa qualité de Premier Ministre du Conseil du Salut du Peuple (CSP 2) Thomas Sankara se reconnaît dans tout régime décidé à contribuer : 
« – à débarrasser notre pays de toute tutelle humiliante et de toute dépendance exploiteuse ;
– à faire respecter son indépendance et sa souveraineté tout en respectant aussi scrupuleusement celles des autres pays ;
– à redonner au peuple voltaïque la confiance dans ses capacités à changer lui-même son destin ;
– à faire avancer la Haute-Volta dans la voie du progrès, ce qui exclut le folklore, l’improvisation et le charlatanisme dans les méthodes de gouvernement, afin de permettre, aussi rapidement que la force et le génie créateur du peuple voltaïque lui en donneront les moyens, de nourrir le peuple, de lui donner une eau saine à boire, de le vêtir, de l’instruire et de le soigner. » C’est ainsi qu’il assignait comme tâche à son gouvernement : « – d’assurer dorénavant à notre pays une politique indépendante et souveraine, prenant pour axe principal de son expression les intérêts du peuple voltaïque, et l’intérêt solidaire des peuples africains, qui vont de pair avec le non-alignement et le soutien ferme et constant aux peuples qui luttent pour leur indépendance, leur souveraineté et leur liberté ;
– de traduire pratiquement, dans les faits de tous les jours, que le pouvoir, celui du Conseil du salut du peuple, est d’abord celui du peuple voltaïque. Le gouvernement est là pour servir le peuple voltaïque, et non pour se servir ou servir quelque puissant du jour ou de la veille. » Le Discours d’Orientation Politique (DOP), prononcé le 2 octobre 1983, à Ouagadougou, deux mois après l’avènement du CNR et le déclenchement de la Révolution, visait « à jeter un regard rétrospectif afin de tirer les enseignements nécessaires pour déterminer correctement les tâches révolutionnaires qui se posent à l’heure actuelle et dans le prochain avenir… en nous dotant d’une claire perception de la marche des événements… en somme : d’où sommes-nous venus ? Et où allons-nous ?… ». Tel était l’objet du DOP. Ce document d’orientation politique, ce référentiel pour l’action politique des porteurs de la RDP, reconnaît en introduction les acquis des luttes héroïques antérieures, énonce son objet, fait l’état-des-lieux du pays tel qu’il était à l’époque, donne le caractère et la portée de la Révolution d’août et énumère les axes de l’action politique révolutionnaire à entreprendre. La mise en œuvre du programme de gouvernement du CNR inspiré du DOP a permis d’obtenir des résultats en quatre années, dont le bilan peut être fait en toute objectivité.  Un homme, Valère SOME, a été la cheville ouvrière de la rédaction de ce document, même si c’était « à son corps défendant ». Valère SOME a consacré sa jeunesse au militantisme, ses talents à la RDP, sa vie à la nation burkinabè. Valère nous as quittés le 30 mai 2017. De nombreux hommages lui furent rendus au Burkina Faso et à l’étranger. Que nous laisse-t-il comme héritage ? Aucun château, aucune voiture luxueuse, aucun compte bancaire à l’étranger.  Valère nous laisse un héritage politique et intellectuel ; il nous lègue des vertus : refus de la paresse, refus de la compromission, refus d’abandonner un ami ou camarade, refus d’être rancunier, refus de courber l’échine, refus de tirer sur une ambulance, courage, patriotisme ; il nous laisse un projet : une Nation souveraine, unie et forte, et un Peuple libre, instruit, en bonne santé, fier, qui construit son avenir ; il nous laisse deux grands rêves : la réconciliation nationale et les Organisations des Peuples d’Afrique à travers toute l’Afrique.  Tout comme la Convergence pour la Démocratie Sociale le faisait (parti qu’il a créé et dirigé), l’Organisation des Peuples Africains-Burkina Faso, rendra toujours un hommage mérité à Valère SOME. Un révolutionnaire ne meurt jamais, il cesse simplement d’être visible et transmet le flambeau de la lutte aux survivants. A l’Organisation des Peuples Africains-Burkina Faso, nous resterons debout : debout pour affirmer que ses idées ne sont pas mortes, debout pour reprendre le flambeau qu’il nous a légué, debout aux côtés de tous ceux qui partagent l’idéal révolutionnaire.  Dans sa dernière interview, il nous laissait le message suivant : « Il n’y a pas d’autre voie pour parvenir à surmonter les défis qui se posent à notre peuple que celle tracée sous la présidence de Thomas Sankara, en réactualisant ses combats: compter sur ses propres forces, avoir foi en l’initiative créatrice du peuple qui doit faire de la question du développement sa propre affaire, faire recours aux intelligences et aux énergies des hommes qu’il faut en les mettant aux places qu’il faut; faire de la gestion honnête et lutter contre la corruption, le clientélisme, le favoritisme. Vivre selon nos moyens et selon nos capacités et, pour ce faire, l’exemple doit venir de ceux d’en haut; mettre l’accent sur la refonte des mentalités pour faire du Burkinabè ce capital précieux et irremplaçable. 
Si les flux de capitaux quémandés de l’extérieur pouvaient faire émerger un pays, il y a belle lurette que Houphouët-Boigny et son disciple Alassane Ouattara avaient fait émerger la Côte d’Ivoire! Les financements proclamés comme un trophée de guerre arraché de haute lutte ne contribueront qu’à enchaîner notre peuple aux chars des pays exploiteurs, hypothéquant dangereusement l’avenir de notre jeunesse qui ploiera sous le poids de cet endettement incontrôlé, consolidant les assises des anciens riches et faisant de nouveaux riches qui pousseront bientôt comme champignons après la pluie. » Il disait également, quelque temps avant de nous quitter : « Or, tout projet politique dans l’Afrique d’aujourd’hui qui ne s’inscrit pas dans la  perspective de l’intégration des Etats africains, est un discours creux et sans effets. Le monde évolue; il nous faut évoluer avec lui sous peine d’être relégués dans le musée des curiosités pré-révolutionnaires… Je sais que de nombreux partis au Mali, au Sénégal, en Côte d’Ivoire, sont acquis à ces thèses, mais faute de moyen et d’initiative, restent dans l’expectative… L’OPA (Organisation des Peuples d’Afrique), ainsi constitué et œuvrant pour s’implanter dans les masses de chaque pays, concrétisera l’idée de la Fédération des Etats d’Afrique ». Cette vérité, les fondateurs de l’Organisation des Peuples Africains-Burkina Faso l’ont entendue et comprise.
Aujourd’hui plus qu’hier, le Burkina Faso a besoin d’orientation politique. C’est l’absence de cette orientation politique qui explique sans doute tous les revers que subit notre pays actuellement, pays que nous avons de la peine à reconnaître. L’Organisation des Peuples Africains-Burkina Faso appelle l’ensemble des Burkinabè à un sursaut salutaire, en transcendant nos appartenances sociales ou partisanes, nos calculs égoïstes, pour remettre le Burkina Faso sur la voie de son développement, ce qui suppose la paix, la sécurité et la cohésion nationale.

« Le Burkina ma fierté, l’Afrique ma force »

Me FARAMA S. Ambroise
Président de l’OPA-BF

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