A la uneDialogue intérieur

DECES SUBIT DE AMADOU GON COULIBALY

Quand Dieu projette ADO dans les cordes

« Dieu a donné, Dieu a repris », a-t-on coutume de dire quand on en vient à perdre un être cher. Dieu a donc repris à la Côte d’Ivoire, le Premier ministre Amadou Gon Coulibaly (AGC) qu’Il lui avait donné. Mais, Il a surtout pris au président Alassane Dramane Ouattara (ADO), son dauphin et candidat désigné du Rassemblement des Houphouetistes pour la démocratie et la paix (RHDP) pour la présidentielle du 31 octobre prochain. A quelque trois mois de la tenue de ce scrutin capital qui fait couler beaucoup d’encre et de salive sur les bords de la lagune Ebrié, a défaut d’un uppercut, c’est un coup du Destin qui a de quoi projeter le chef de l’Etat ivoirien dans les cordes. C’est donc un Alassane Ouattara groggy, partagé entre la douleur de la perte d’un proche, d’un intime, de son dauphin et homme de confiance rêvé pour sa succession, et la difficile équation de son remplacement en tant que candidat désigné de son parti, dont la réaction est vivement attendue après ce coup de massue reçu sur la tête. Que va faire le chef de l’Etat ivoirien ? La question est d’autant plus fondée que AGC était l’homme d’ADO.

Les choix s’avèrent cornéliens

C’est lui qu’il avait minutieusement préparé pour sa succession et dont la mort semble sonner le glas de son plan de sortie de la scène politique. Voir ainsi le fruit de plusieurs années de labeur, s’écrouler en un instant comme un château de cartes, en plus d’être une épreuve difficile à supporter, le met devant un vrai dilemme, tant les choix s’avèrent cornéliens. Qui pour remplacer AGC comme candidat du RHDP ? Comment s’y prendre pour le choix ou la désignation de l’heureux élu ? Aller à des primaires au sein du parti pour éviter d’éventuelles frustrations ou prendre la responsabilité de la désignation dudit candidat ? Ou alors se jeter à nouveau dans la bataille au risque de susciter d’autres débats ? Car, au-delà de la question de son troisième mandat dont la polémique sur la constitutionnalité est loin d’être close, ADO avait certes prévenu qu’il se réservait le droit de se représenter si Bédié et Gbagbo étaient candidats. Mais comment revenir dans la course à sa propre succession sans trahir sa promesse de passer la main à la jeune génération ? Et puis, il ne faut pas oublier qu’il avait été félicité par la communauté internationale quand il avait fait l’annonce solennelle de son renoncement à un troisième mandat, sachant qu’à 78 ans révolus, avec l’état de santé qu’on lui connaît, le locataire du palais de Cocody n’est plus bon pied bon œil pour une mission aussi astreignante que la charge suprême de chef de l’Etat. Autant de questions et de réflexions à même de troubler le sommeil de l’enfant de Kong au moment où il doit aussi penser aux funérailles de l’illustre disparu. D’ailleurs, on peut se demander s’il n’aura pas un cas de conscience. Car, malgré les alertes sur l’état de santé du disparu, ADO avait pesé de tout son poids pour lui faire porter la charge de son dauphinat. Cela a-t-il pu précipiter les choses d’une façon ou d’une autre ? Chacun appréciera.

On se demande si ADO a un plan B

Cela dit, aussi atterré qu’ADO puisse l’être face à ce jeu cruel du destin, il n’est pas K.-O. comme il aurait pu l’être si cet événement malheureux était survenu, par exemple, au moment où toutes les candidatures étaient officiellement bouclées. C’est dire si cette disparition brutale de son poulain, à quelques mois de la prochaine présidentielle, peut être perçue comme une seconde chance pour ADO, quand on sait qu’au sein même du RHDP, beaucoup n’étaient pas convaincus qu’il ait misé, à travers Gon, sur le meilleur cheval. Non seulement en raison de ce qu’était l’état de santé du défunt, mais aussi parce que pour ces derniers, Amadou Gon Coulibaly était trop tendre pour faire face à certains dinosaures politiques de l’opposition. Mais beaucoup avaient préféré ravaler leur orgueil par peur, ou par respect pour le chef de l’Etat. Après avoir imposé son dauphin et maintenant que la nature en a décidé autrement, on se demande si ADO a un plan B. On attend de voir. Mais comme le dit un proverbe africain, « si la chèvre d’autrui ne meurt pas, quelqu’un ne fait pas bonne chair ». C’est dire si cette disparition de l’ex-candidat désigné du RHDP à la présidentielle d’octobre prochain, va rouvrir la parenthèse du choc des ambitions au sein du parti. Et l’on se demande si cela ne va pas fragiliser davantage le parti à l’orée de l’élection. Le défi, pour les tenants actuels du pouvoir en Côte d’Ivoire, est donc de sortir le plus indemne possible de cette mauvaise passe que le sort leur a imposée. C’est pourquoi, si parmi les multiples scénarii, l’on peut s’attendre à voir ADO enfiler de nouveau le maillot pour mettre tout le monde au pas au sein du RHDP, il ne faut pas exclure l’hypothèse qu’il le fasse pour assurer, dans un premier temps, la victoire à son parti, avant, dans un deuxième temps, de démissionner quelque temps après sa prestation de serment en faveur d’un éventuel vice-président qu’il aura travaillé à positionner. C’est dire si à l’heure actuelle, les jeux sont ouverts et qu’aucune piste n’est à écarter. En attendant, l’heure est au recueillement et il faut saluer la mobilisation de la classe politique ivoirienne dans son ensemble, qui, en ces moments douloureux pour la Nation, a su taire ses divergences pour rendre un hommage unanime et mérité à ce grand serviteur de l’Etat de Côte d’Ivoire.

«  Le Pays »

Articles similaires

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.

Bouton retour en haut de la page
Google+
Fermer