DISCOURS DE MACRON A OUAGA : Il est venu, il a parlé, et après ?

DISCOURS DE MACRON A OUAGA   : Il est venu, il a parlé, et après ?

Au deuxième jour de sa visite à Ouagadougou, le président français, Emmanuel Macron, s’est adressé à la jeunesse burkinabè en particulier et africaine en général depuis le prétoire de l’amphithéâtre de l’Union africaine (UA) de l’Université Ouaga I Pr Joseph Ki-Zerbo.  Mais avant ce cours magistral, l’hôte de Roch Marc Christian Kaboré a fait deux déclarations d’importance pour les Burkinabè : le dossier Thomas Sankara dont on dit que l’assassinat a des connexions internationales avec la France pour centre névralgique, et le dossier Norbert Zongo dont le présumé commanditaire de l’assassinat, François Compaoré, réside en France, sous contrôle judiciaire en attendant son éventuelle extradition devant la Justice burkinabè qui en a fait la demande. S’agissant de la première affaire, le locataire du palais de l’Elysée a fait une annonce qui devrait réjouir les Sankaristes, celle qui concerne la déclassification des archives françaises sur l’assassinat de l’ancien président burkinabè, avec la possibilité, pour  la Justice burkinabè, d’y accéder.

Le grand oral a tenu toutes ses promesses

Rien ne semble aujourd’hui donc pouvoir arrêter la  dynamique devant permettre la manifestation de la vérité sur ce crime datant de trois décennies. Sur la seconde affaire, même si le président français se garde de tout interventionnisme dans les dossiers judiciaires, il promet de faire ce qui est en son pouvoir pour que justice soit rendue à Norbert Zongo. En attendant de voir quelle suite sera donnée à ces deux dossiers qui tiennent en haleine les Burkinabè, notamment les plus jeunes qui s’identifient aux deux personnages charismatiques de leur histoire nationale, l’on peut dire que Emmanuel Macron a réussi, avant son grand oral qui devrait suivre, à mettre toute la nation dans les dispositions d’écoute de son discours tant attendu depuis l’université de Ouagadougou. Et ce grand oral, pour qui connaît le tribun qu’est le président français, a tenu toutes ses promesses. Avant d’entrer dans le fond même de ce discours, l’on retiendra principalement deux symboliques fortes. La première est  que malgré le climat tendu et l’hostilité ambiante qu’il a été donné de constater, Emmanuel Macron n’a pas craint d’aller livrer son message dans le foyer incandescent de la contestation qu’est le milieu estudiantin, même si l’on sait que le dispositif sécuritaire dissuadait plus d’un et que comme le requièrent les circonstances, les interventions ont été minutieusement préparées pour ne pas froisser notre hôte. La seconde symbolique est que l’allocution tant attendue par les Africains s’est faite depuis  l’amphithéâtre de l’Union africaine réalisée par le guide de la Jamahiriya arabe libyenne, Mouammar Kadhafi dont la mort violente, ironie du sort, est intervenue suite à l’ingérence d’un des prédécesseurs de Macron, en l’occurrence l’ex-président français, Nicolas Sarkozy, dans les affaires intérieures de la Libye. L’on peut donc à la fois admirer le courage et la détermination du prince régnant de l’Hexagone et souffrir de voir que le message d’espoir du président français à la jeunesse africaine ait été livré sur les œuvres d’un leader panafricaniste assassiné par la France pour les raisons que l’on sait. Quant au discours lui-même, l’on peut dire qu’il a tenu toutes ses promesses. Car, Emmanuel Macron, comme prévu, s’est tour à tour prononcé sur la question sécuritaire au Sahel, la crise migratoire, l’éducation et la démographie en Afrique. Morceaux choisis.   A propos de la sécurité au Sahel : « Nous devons accélérer le travail de coopération avec le G5 Sahel, a affirmé le chef d’Etat français. Les premières expériences ont été faites avec succès. Je veux que nous puissions désormais conduire les premières victoires pour terrasser les terroristes. Ce sont des organisations régionales plus fortes qui ont vocation à prendre le relais contre le fardeau du terrorisme. Il faut renforcer les forces régionales crédibles et réactives. C’est le sens de l’histoire ».

Le discours de Macron risque de ne pas être un point de rupture

A propos de la crise migratoire sur fond de commerce d’esclaves en Libye, Macron a laissé entendre ceci : « La tragédie de ce que j’appelle les routes de la nécessité, (...) le pire désastre de notre histoire partagée, il faut le nommer pour agir avec force ». A propos de la démographie : « Quand vous voyez des familles de 6, 7, 8 enfants par femme, êtes-vous sûrs que cela soit le choix de la jeune fille ? Je veux qu’en Afrique, partout, une jeune fille puisse avoir le choix (…) C’est une conviction profonde, qui m’a poussé à faire de l’égalité femme-homme une grande cause de mon mandat. La démographie peut être une chance, mais à condition que chaque femme puisse choisir son destin ». Cela dit, au-delà de la beauté des mots et de l’éloquence de l’orateur du jour, la question que l’on peut se poser est de savoir quelle suite sera donnée au discours du premier des Français. Le scepticisme est grand quand on sait que les prédécesseurs de Macron se sont tous illustrés par des discours du genre, mais qui, au finish, n’ont rien changé dans les relations entre la France et l’Afrique. A titre d’exemple, depuis Jacques Chirac, tous les présidents ont annoncé la mort de la Françafrique qui, pourtant, leur a tous survécu.  C’est donc dire combien est grande la crainte de voir les déclarations d’intention mourir dans de lointains échos.  Le discours de Macron risque de ne pas être un point de rupture mais juste la continuation de la politique française en Afrique. Or, ce dont le continent africain a besoin aujourd’hui, ce n’est pas que l’on fasse l’histoire à sa place, mais que la France rééquilibre véritablement ses relations qui restent empreintes de paternalisme voire parfois de condescendance.

 

« Le Pays »

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