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Dr ARISTIDE OUEDRAOGO, PRESIDENT DU FPR:« La plupart des activités du CFOP se limitent aux points de presse (…) malgré le fait qu’il reçoit un financement public considérable »

Le Front patriotique pour le renouveau (FPR) de Dr Aristide Ouédraogo n’est plus, depuis le 2 mars 2020, membre du Chef de file de l’opposition politique (CFOP). Désormais, il fait partie de l’Opposition non affiliée. Entre son retrait d’un camp et son adhésion à un autre, le FPR a des explications à fournir. Son président, Aristide Ouédraogo, est l’invité de votre rubrique « Mardi Politique » de ce jour. Bien entendu, plusieurs autres sujets ont été abordés au cours de cet entretien.

« Le Pays » : Quel est le niveau d’implantation du FPR, votre parti, sur le plan national ?

Dr Aristide Ouédraogo : Notre parti politique se porte bien. Après deux (02) ans révolus de présence sur la scène politique burkinabè, nous sommes satisfaits. Nonobstant l’insécurité grandissante, le FPR est présent au sein des 13 régions du Burkina Faso.

 Qu’est-ce qui explique votre retrait du CFOP ?

A partir de notre première conférence de presse, le FPR s’est très vite signalé comme étant un parti de l’opposition politique au Burkina Faso. Nous avons adressé notre demande d’intégration au cadre de concertation du CFOP et nous avons intégré ce cadre courant août-septembre 2018. En rappel, c’est toujours étant membre de ce bloc que nous (FPR) avons été suspendus le 13 novembre 2019 pour 3 mois. Au terme de la suspension, réunis au cours d’une réunion extraordinaire du Bureau politique national, les camarades, après une analyse de notre participation au CFOP, ont décidé à l’unanimité du retrait du parti du CFOP et les principales analyses ont porté sur des faits qui sont entre autres :

Premièrement, des interrogations sur le laxisme et la somnolence du CFOP, marqués par une quasi- absence sur le terrain alors qu’il se veut un contre-pouvoir sérieux. Sur ce point, les arguments qui sont ressortis s’articulaient autour de la forte impression qu’avaient les camarades sur le fait que le CFOP favorise indirectement le régime actuel, parce qu’il n’occupe pas vraiment le terrain pour s’opposer vigoureusement au régime du président Kaboré pendant que la souffrance du peuple est palpable. De plus, la plupart des activités du CFOP se limitent aux points de presse organisés tous les mardis malgré le fait que le CFOP reçoit un financement public considérable.  A titre d’exemple, en dehors de la marche-meeting du 29 septembre 2018 à laquelle le FPR a participé, le CFOP a organisé un seul meeting (le 29 avril 2017) à la Maison du peuple et après, plus rien. Pour nous, une telle posture du CFOP est même en contradiction flagrante avec ce que le Chef de file de l’Opposition lui-même a déclaré lors de la marche-meeting du 29 septembre 2019, à savoir : «Quand l’opposition somnole, le gouvernement ronfle et croit qu’il est là pour cinquante ans. Mais quand elle se met debout, le gouvernement court ». L’inaction profite à qui ? Au régime qui gouverne certainement. Dans un tel cas, serions-nous dans la logique d’un laissez-faire du type : « reste tranquille, je suis au pouvoir. Tu m’arranges et si c’est toi, je t’arrange aussi » ? Partant de ces observations et inquiétudes, nous avons ainsi pris acte du fait que cette posture du CFOP, nous mettait mal à l’aise dans notre logique d’une opposition franche.

Deuxièmement, l’ensemble des camarades ont également remarqué que pendant notre suspension, les présidents de certains partis politiques sous la houlette du CFOP, ont été décorés par le régime contre lequel ils disent s’opposer, à l’occasion de la fête de l’indépendance de notre pays. Si on peut être tenté à première vue de penser que cela ne pose aucun problème, en politique, ça conduit également à des interrogations légitimes sur un conflit d’intérêts possible ainsi que sur la question cruciale de la neutralité en termes d’interférences avec le pouvoir en place. En termes d’image, si ceux qui ont initié la décoration, c’est-à-dire le régime en place, récolte des dividendes politiques, qu’en est-il de ce bloc d’opposition qui se veut sérieux et sincère envers le peuple ? Si le régime du président Kaboré a manifesté l’intention de décorer des opposants, les opposants ne pouvaient-ils pas refuser ? Après l’acception desdites décorations, y a-t-il eu plus de proximité avec le régime actuel ? Cela n’est-il pas de nature à influencer ce bloc d’opposition de sorte à le rendre complice ou plus docile dans ses actions ? Cela ne sème-t-il pas le doute ? Nous avons pris également acte et tiré la conséquence qui est que lorsque des opposants d’un bloc d’opposition, prennent des décorations d’un régime contre lequel ils sont censés s’opposer, sans qu’elles ne soient intimement liées à des actes hautement salutaires ou héroïques de portée nationale pour lesquelles la Nation tout entière a été témoin, cela installe inéluctablement le doute dans l’esprit de ceux qui suivent la dynamique d’une telle opposition.

Troisièmement, au cours de notre suspension, le CFOP a souhaité que le Dr Aristide Ouédraogo que je suis, vienne co-animer le point de presse du mardi 26 novembre 2019 parce qu’il souhaitait faire un coup médiatique. J’ai accepté parce qu’il ne s’agissait pas d’une activité du FPR mais d’une activité initiée par le CFOP et à ce titre, ma modeste personne pouvait représenter tout autre personne, à une activité du CFOP. Le jour de l’activité, à mon arrivée sur les lieux, le Chef de file de l’Opposition me demande de laisser tomber parce que, d’une part, parmi les membres du Cadre de concertation, certains émettaient des inquiétudes et que, d’autre part, le ministre l’avait appelé le matin pour manifester son mécontentement. Il me signifiait en même temps que je pouvais rester pour suivre le point de presse si je le souhaitais ; ce que j’ai refusé parce que j’étais allé pour co-animer le point de presse et si je ne pouvais plus co-animer, alors, j’estimais qu’il était mieux que je prenne congé.  De l’analyse de ce point, les camarades se sont posé une question de fond, à savoir comment tout un Chef de file de l’opposition peut-il prendre une décision mûrie, une initiative personnelle et qu’un ministre de la République l’appelle pour l’influencer et qu’il accepte faire marche-arrière sans s’assumer ?

Notre parti, le FPR, qui se veut une opposition franche, pouvait-il continuer de se sentir en sécurité dans ce bloc ? Dans une telle ambiguïté ? De l’analyse de ces points saillants, et partant aussi du fait qu’il est possible qu’il existe des accords qui justifieraient certaines postures, dont nous n’étions pas partie et dont nous ignorons les clauses, nous avons donc estimé qu’il était important qu’on assume notre vision, même si le FPR devait rester seul. Nous avons ainsi tiré la principale conclusion qui était que le FPR devrait se retirer du CFOP et continuer de jouer son rôle d’opposition sur la scène politique. Ce que le parti a publiquement et courtoisement fait le 2 mars 2020.

Vous avez créé l’Opposition non affiliée (ONA). Quelles en sont les raisons ?

La déclaration officielle sur l’existence de l’ONA, a été faite le 26 avril 2020. En effet, l’ONA est le constat d’une situation de fait qu’il y a des partis politiques qui sont de l’opposition au Burkina Faso mais qui ne sont pas affiliés au CFOP.  En droit, la loi sur le statut de l’Opposition politique révisée en 2013, en l’occurrence son article 4, dispose que « tout parti politique doit faire une déclaration écrite publique de son appartenance à l’opposition ou à la majorité avec copie au ministre en charge des libertés publiques pour enregistrement ». Avant la révision de 2013, cet article 4 prévoyait, dans sa version originelle de 2009, que « pour être un parti de l’opposition, il faut faire une déclaration officielle de son appartenance à l’opposition et la transmettre au Chef de file de l’opposition ».

La référence au CFOP ayant disparu de la nouvelle version de la loi, l’affiliation au cadre de concertation du CFOP n’est plus automatique pour les partis politiques de l’opposition. Cette affiliation est donc devenue facultative et libre. Certains partis politiques ayant fait une déclaration d’appartenance à l’opposition, ont choisi de jouir de cette faculté laissée par la loi, de ne pas faire la démarche supplémentaire d’affiliation au cadre de concertation du CFOP. Ils relèvent alors en droit de l’ONA. En pratique, le CFOP lui-même a institué des formalités propres d’affiliation des partis politiques au cadre de concertation du CFOP. Ainsi, certains partis politiques de l’opposition qui ont demandé une affiliation au cadre de concertation du CFOP, ont été refusés.  D’autres sont sans réponse du CFOP à leur demande d’affiliation depuis plusieurs années et certains partis politiques précédemment affiliés au Cadre de concertation du CFOP, n’en sont plus affiliés pour diverses raisons liées soit à leur volonté, soit à la volonté du CFOP lui-même.  L’existence de l’ONA est donc un fait incontestable dans la vie de la classe politique burkinabè. On doit considérer désormais qu’il y a, au Burkina Faso, trois grands blocs déclarés de partis politiques : la majorité (APMP), l’opposition (CFOP) et l’opposition ONA qui regroupe les partis politiques ayant régulièrement déclaré leur appartenance à l’opposition et qui ne sont pas affiliés au cadre de concertation du CFOP.

L’ONA a-t-elle pour perspective de présenter un candidat unique à la présidentielle ?

Compte tenu du fait que l’ONA est tout sauf un regroupement à des fins électoralistes, la question d’une candidature unique au sein de l’ONA pour le compte de la  présidentielle, n’a pas été envisagée ou discutée à ce jour.

D’aucuns disent que vous faites l’âne pour avoir du foin. C’est-à-dire que vous faites actuellement du bruit pour être appelé à la soupe. Que leur répondez-vous ?

Sur cette question, nous voulons aussi demander courtoisement à ceux qui pensent ainsi ou qui pourraient penser de la sorte, de faire l’effort d’élever de manière patriotique le niveau du débat politique, qui, du reste, doit apporter des éclaircissements utiles en vue d’orienter les Burkinabè. Jusqu’à présent, le FPR aborde des questions très importantes ayant des liens directs avec la légalité, la légitimité démocratique mais aussi avec la gouvernance non vertueuse de notre cher pays. Peut-être que ces personnes ignorent que notre pays va mal et qu’à la date du 11 juin 2020, le sondage (publié par la radio Oméga) attribuait la note de 4,53/10 contre 4,72/10 une année avant (en juin 2019) au Président Roch Marc Christian Kaboré, à cinq mois de la fin de son mandat. Aussi, si tel était le cas, vous auriez constaté que, dès sa création, le FPR allait rejoindre la mouvance présidentielle ou la majorité présidentielle pour essayer d’attraper la courte échelle ou espérer recevoir des nominations gracieuses. Bien au contraire, nous avons décidé de jouer notre partition sur le terrain très difficile de l’opposition, en tant que parti politique de l’opposition qui avance sur la base de ses convictions. Lesquelles convictions nous permettent de défendre aujourd’hui la profonde nécessité du renouvellement de la classe politique du Burkina Faso à travers un vrai changement. Car, pour se développer, il faut que ça change et nous y croyons.

Quels sont vos rapports aujourd’hui avec Adama Kanazoé, conseiller spécial du président du Faso, avec qui vous avez cheminé à un moment ?

Vous affirmez dans cette question, que j’ai personnellement cheminé avec M. Adama Kanazoé à un moment. Très honnêtement, je ne sais pas d’où vous tirez cela ou de quel type de cheminement vous parlez. Même si nous nous connaissons physiquement, je l’affirme avec précision. Si vous faites allusion à un cheminement politique, je n’ai jamais cheminé politiquement avec Adama Kanazoé, conseiller spécial du président du Burkina Faso.

Hier, vous et Adama Kanazoé étiez ensemble au sein de AJIR qu’on savait proche de Roch. Aujourd’hui, Kanazoé est conseiller du président et donc a été récompensé par le président. Est-ce que vous ne vous sentez pas trahi ?

Que l’insigne honneur me soit permis de vous demander de revoir vos sources d’informations parce je n’ai jamais milité au sein du parti politique AJIR, même pas une seule seconde en tant que membre ou militant de l’AJIR. Compte tenu du fait que je n’ai jamais été dans l’AJIR, je ne peux parler de trahison qui n’a jamais existé à mon égard.

Seriez-vous prêt à rejoindre Roch s’il vous faisait appel ?

En toute humilité, je ne pense pas que le président actuel du Burkina Faso, Son Excellence Roch Marc Christian Kaboré, qui, du reste, me connaît physiquement, m’appellera à le rejoindre. Donc, je n’y pense même pas. Je pense plutôt que les ténors du régime du MPP ne recherchent pas des jeunes dynamiques et compétents pour les accompagner. Ils recherchent plutôt des jeunes « yes-men et yes-women », c’est-à-dire des hommes et femmes qui leur répondront toujours par oui-oui en vue de recevoir leurs faveurs. Or, à mon avis, le suivisme sans convictions est nocif pour des pays comme le nôtre, où tout est pratiquement urgent et à construire.

Vous et vos camarades de l’ONA, militez pour un report des élections. Pourquoi une telle initiative et quelle est l’alternative, en cas de non tenue des élections, dans la gestion du pouvoir ?

L’initiative est liée non seulement au fait que nous sommes des républicains, mais aussi par le fait que nous sommes de vaillants défenseurs de l’équité sociale prônée par notre Constitution. Pour cette question, je restitue les choses dans leur contexte qui est que suivant les articles 37 et 80 de la Constitution, les élections présidentielle et législatives ont lieu au suffrage universel. Cela implique que tous les citoyens burkinabè qui ont le droit de vote, doivent avoir la possibilité de voter. Par ailleurs, selon les dispositions de l’’article 36 de la Constitution, il faut comprendre qu’il est de la responsabilité du Président du Faso, de garantir l’intégrité du territoire et les autres conditions fondamentales de tenue des élections au suffrage universel. Si le Président du Faso actuel ne peut pas assumer cette responsabilité, on lui concède la légitimité électorale qu’il a de terminer son mandat en cours (qui, du reste, est intangible, non modifiable et non prolongeable) et de quitter le pouvoir le 28 décembre prochain. Le Président actuel redeviendra citoyen ordinaire et un mécanisme consensuel de gouvernance transitoire, doit se mettre en place pour gérer l’Etat en vue de réaliser les conditions sine qua non de tenue des élections conformes à la rigueur de la Constitution et de la légitimation démocratique.

Pour l’heure, la CENI reconnaît implicitement, à travers certaines des ses affiches de révisions des listes électorales, que pour des raisons de sécurité, l’enrôlement est impossible dans certaines provinces comme le Yagha, l’Oudalan, le Soum, etc. Si l’enrôlement ne peut donc se faire partout, c’est qu’il est évident que ces élections voulues ne peuvent se tenir dans toutes les provinces. Certaines provinces, donc certains citoyens, seront simplement écartés de ces élections, par la volonté de l’Etat lui-même. C’est inacceptable, vu que cette incapacité de l’Etat est imputable au régime actuel. Cette question me donne également l’opportunité de dire que selon les informations qui nous parviennent et compte tenu du fait que nous avons levé le lièvre sur un sujet très important et préoccupant, certains, avec leurs complices, sont en train de s’organiser assez rapidement en vue d’opérer des modifications chirurgicales et subjectives au Code électoral pour chercher à rendre légal et légitime la forfaiture qui se prépare, à savoir écarter purement et simplement certaines parties du territoire national des élections. Si cela doit s’accepter, alors qu’on ne soit pas étonné qu’un jour, on nous dise aussi que la province du Kadiogo ou que Ouagadougou seul suffirait et serait habilitée à élire le président du Faso.

Votre position par rapport à la tenue des élections, n’est-elle pas dictée par le fait que vous n’avez pas les moyens de rivaliser avec les principaux partis politiques ?

Nous avons suffisamment et largement défendu nos raisons qui sont fondées en droit. Mais si les partis politiques que vous appelez principaux, estiment qu’ils ont assez de moyens ou qu’ils sont suffisamment forts, alors, je pense que les choses sont simples. Ils devraient plutôt accepter d’être aussi comme nous, défenseurs de ce qui est juste au regard de l’équité sociale. Accepter d’aller aux élections suivant ce que nous préconisons et ne pas avoir peur de les perdre à x ou y période puisqu’ils sont sûrs de les remporter à tout moment. Lorsqu’on s’estime grand, on cesse de s’illustrer négativement comme des partis de la majorité présidentielle qui ont déjà été épinglés par la gendarmerie, le 11 juin dernier à Ziniaré, pour des cas de tentatives de fraudes et de corruptions électorales en amont d’un scrutin discuté. Avec ce type de pratiques déplorables dont certains sont des habitués depuis des décennies, nous ne sommes pas étonnés de les voir toujours réclamer une grandeur acquise frauduleusement. Aussi, lorsqu’on se croit grand, on ne traite pas les autres de ceci ou de cela. On assume sa grandeur en affirmant par exemple mettre de côté ses intérêts égoïstes de sièges ou de postes à gagner au profit de l’intérêt du plus grand nombre, à savoir la sécurisation du territoire national, la sécurité des personnes, la paix et la quiétude des populations burkinabè sans distinction aucune de (prioriser) telle ou telle province.

Que faites-vous en dehors de la politique ?

Je suis un haut cadre, en termes de formation universitaire. Je suis chef d’entreprise, je suis représentant de certaines organisations internationales. Je m’occupe assez bien sur le plan professionnel par la grâce de Dieu.

Comment voyez-vous le Burkina post-Covid-19 ?

C’est l’opportunité pour moi de féliciter tous les acteurs qui sont restés sur le pied de combat contre cette maladie ravageuse. Je présente également mes condoléances à tous ceux qui ont été endeuillés par cette maladie. L’opportunité qui est mienne, me permet de dénoncer également la gestion inopportune et par tâtonnements, que nous avons tous pu constater de la part de nos gouvernants vis-à-vis de cette maladie. Pour répondre à cette question, je vois le Burkina Faso mal dans son économie après le Covid-19. Sans vouloir être pessimiste mais plutôt réaliste, à l’instar de beaucoup d’autres pays à travers le monde, la situation économique du pays va malheureusement s’accentuer dans le mauvais sens pour le Burkina post-Covid-19. C’est en intégrant aussi cette prévisibilité de tension économique et financière pour l’Etat et plus particulièrement pour les ménages, que nous souhaitons simplement le décalage des élections couplées sinon, il reviendra à l’Etat (qui est déjà dans une situation économique difficile) de trouver des milliards de F CFA pour des élections (présidentielle et législatives) en 2020 et trouver à nouveau des milliards de F CFA pour les élections municipales en 2021 alors qu’il est bel et bien possible, au profit du plus grand nombre, d’organiser ces trois (03) élections au cours d’un même et unique scrutin (le même jour). Mais comme certains ne gouvernent pas pour le bonheur de la majorité mais plutôt pour eux et la minorité autour d’eux, il faut qu’ils s’obstinent à conduire le peuple selon ce qui les arrange prioritairement. Ce qui est regrettable.

Le Burkina Faso, dans le sillage sécuritaire critique, est confronté à des problèmes ethniques et communautaires. Comment cernez-vous ces problèmes et comment les endiguer ?

Fort malheureusement, ce que vous ressortez à travers cette question, est une réalité. Si aujourd’hui, les terroristes utilisent ce canal pour semer la discorde entre les communautés, c’est parce qu’ils ont constaté l’existence d’une faille préexistante. Partant du postulat que ceux qui frappent régulièrement (terroristes) n’ont pas de territoire et souhaitent s’en accaparer, pour sortir de ce problème, nous disons que les communautés n’ont pas le choix que de s’accepter mutuellement dans la complémentarité des atouts et faiblesses de chacune, afin de pouvoir vivre paisiblement sur la terre du Burkina Faso. A défaut, elles seront appelées à disparaître avec leur histoire. Penser que le fait qu’on soit sur un territoire est un acquis permanent et qu’il faut dormir tranquillement sans chercher à lutter pour préserver son identité, sa culture et son histoire, pourrait être une erreur fatale car à travers l’histoire des civilisations, nous constatons que rien ne peut être considéré comme définitivement acquis puisqu’il y a des civilisations qui, jadis, existaient physiquement mais aujourd’hui, n’existent uniquement qu’à travers des récits et assimilés.

Toutefois, pour aller vers une synergie d’actions des communautés qui doivent présenter une image soudée face à l’envahisseur comme évoqué ci-dessus, il faut la présence d’une volonté politique ferme et indiscutable. Un leadership politique affirmé doit faire en sorte que l’équité sociale tant prônée, soit une réalité sur le terrain, que les citoyens se sentent égaux en droits et que lorsqu’on dit que telle ou telle personne est Burkinabè, que la seule référence prioritaire soit son certificat de nationalité et secondairement les questions d’identités communautaires. Malheureusement, cette volonté politique est quasi absente aujourd’hui avec le régime du MPP au pouvoir ; ce qui crée des fractures, des méfiances entre communautés et qui menace à terme, le socle du vivre- ensemble de la Nation tout entière. Pour y remédier, franchement, il faudrait que la nation puisse avoir un nouveau souffle politique, une nouvelle dynamique politique à travers un personnel politique nouveau, capable de faire en sorte que le changement de mentalités soit une réalité sur le terrain. Pour finir, je déclare que  lorsque chaque Burkinabè intégrera dans son quotidien, que l’acquisition de son bonheur doit impliquer aussi le bonheur d’un autre Burkinabè, alors, nous aurons ensemble entamé la marche vers la préservation de notre chère patrie, celle de la victoire commune.

 

Propos recueillis par Michel NANA

 

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