DR THIOMBIANO/ COULIBALY NANA A PROPOS DE LA CARENCE EN IODE : « Chez l’enfant, elle provoque un ralentissement de la croissance et de mauvais résultats scolaires »

DR THIOMBIANO/ COULIBALY NANA A PROPOS DE LA CARENCE EN IODE   :   « Chez l’enfant, elle provoque un ralentissement de la croissance et de mauvais résultats scolaires »

Au Burkina Faso, les troubles dus à la carence en iode (goître, crétinisme, etc.) sont un problème de santé publique majeur, si bien que le Burkina a adopté l’Iodation Universelle du sel (UIS). En effet, une enquête menée en 2014 par la Direction de la nutrition a révélé que ¾ du sel est iodé au Burkina Faso, mais seul environ ¼ est correctement iodé. Les causes sont les mauvaises conditions de manutention (sel pas bien séché avant emballage, emballages non adaptés, exposition au soleil) et aussi de distribution  dans les marchés et d’utilisation par les ménages.

En effet, l’iode provient de la mer par évaporation. Lorsque l’eau de mer s’évapore, l’iode aussi est évaporé et se retrouve dans l’atmosphère. Lorsqu’il vente, l’iode est transporté loin de la mer et pendant la pluie, il est précipité dans l’eau de pluie. Cette eau chargée d’iode va donc enrichir le sol dans lequel elle va s’infiltrer.  Lorsque l’on cultive des aliments, l’iode se retrouve donc dans ces aliments. C’est pourquoi les sols des régions montagneuses sont pauvres en iode et partant, les aliments cultivés en montagne. Par contre, les aliments cultivés dans les vallées contiennent de l’iode, et plus la région est proche de la mer, plus le sol est riche en iode, donc les aliments aussi.

Le Burkina Faso étant éloigné de la mer et le sel très consommé par tous les ménages, il est donc bon d’augmenter la consommation de l’iode. Comme nous l’avons vu plus haut, l’iode s’évapore sous l’effet de la chaleur et du soleil.  Lors du transport, une partie de l’iode s’évapore à cause des conditions de transport (longue distance au soleil avec des véhicules lents). Dans les points de vente (marchés), le sel n’étant pas bien séché, pour éviter les pertes, les détaillants de sel iodé étalent le sel au soleil, ce qui entraîne des pertes encore. Dans les ménages, les femmes mettent le sel iodé en début de cuisson, si bien que l’iode s’évapore pendant la cuisson et les sauces ou les aliments cuits au gras perdent la quasi-totalité de l’iode.

Pour éviter les pertes de l’iode

1-les grossistes de sel iodé doivent acheter du sel bien séché et bien iodé dans les pays exportateurs (Ghana et Sénégal), utiliser les emballages recommandés et non pas n’importe quel sac de récupération, protéger le sel contre le soleil et la chaleur (garer à l’ombre et ne pas tarder en route),

2- les autorités en charge des contrôles à l’importation doivent prendre des formalités de nature à éviter les délais de route longs,

3- les détaillants doivent entreposer le sel à l’abri de la chaleur et du soleil.

Dans les marchés, ils doivent éviter d’étaler le sel au soleil et de laisser le sel dans leur emballage pendant la vente,

4- les femmes doivent ajouter le sel iodé en fin de cuisson (on peut en mettre un peu au début pour saler la viande et compléter la quantité de sel iodé après avoir éteint le feu et couvrir la marmite).

Autrement, on va acheter le sel iodé, mais consommer du sel sans iode

Or, l’iode est un minéral très important dans le fonctionnement du corps. En effet, l’iode entre dans la formation des hormones thyroïdiennes qui interviennent dans la croissance, la reproduction, le développement intellectuel, etc. Une carence ou même une déficience en iode entraîne des troubles de fonctionnement qui sont;

1- Sur le plan de la santé, les avortements spontanés, la stérilité, le manque de libido, des anomalies congénitales, des enfants de petit poids à la naissance ou prématurés, des mortinaissances, les retards de croissance, le retard mental, le crétinisme, la diminution de la lactation, le goître, etc.

Le goître peut gêner la respiration, la déglutition (avaler les aliments). La chirurgie peut débarrasser du goître. Le goître peut réduire les chances de se marier, de travailler ou de socialiser.

Le crétinisme peut se compliquer avec la surdimutité (sourd-muet), l’encéphalopathie, un handicap mental sévère, une paralysie des membres inférieurs. Il n’est pas guérissable. C’est un poids pour la famille et la communauté.

2- Sur le plan de l’éducation, une baisse du quotient intellectuel, des échecs scolaires, le manque d’initiative, difficultés d’apprentissage.

3- Sur le plan de l’économie, une faible productivité due à la faible capacité d’apprentissage et de travail, la prise en charge des crétins est très lourde.

Il faut noter qu’il y a des substances goitrigènes qui empêchent l’utilisation de l’iode par l’organisme, on les trouve dans le manioc amer ou les feuilles vertes amères ou dans le chou rouge. Mais, il y a des technologies qui permettent d’éliminer ces substances. Il faut éliminer le goût amer des feuilles et pour le manioc amer, il faut tremper, fermenter le manioc ou le chauffer. L’attiéké et le gari ainsi que le tapioca ne contiennent donc pas ces substances goitrigènes.

Pendant la grossesse et l’allaitement, la femme doit donc bien s’alimenter pour éviter la carence en iode qui peut causer un avortement, un enfant de petit poids à la naissance, un prématuré, des anomalies congénitales.

Il existe quelques signes pour suspecter une carence en iode: la personne ne supporte pas le froid, est lente dans ses gestes, indifférente à tout, somnolente souvent, a une peau sèche ou est souvent constipée. Chez l’enfant, il y aura en plus un ralentissement de la croissance (plus petit que les enfants du même âge) et de mauvais résultats scolaires.

Pour éviter les troubles dus à la carence en iode, consommons du sel adéquatement iodé et en particulier les femmes en âge de procréer, les femmes enceintes et allaitantes et les enfants. Les aliments riches en iode sont le sel iodé, les aliments provenant de la mer (poissons, crevettes, etc.) et qui sont bien conservés (à l’abri de la chaleur et du soleil). Il faut ajouter le sel iodé en fin de cuisson et éviter de manger du manioc cru amer, les feuilles amères et le chou rouge. Pour les feuilles amères, il faut éliminer l’amertume. Pour le manioc, il faut le fermenter (attiéké) ou le sécher par chauffage (gari).

Normalement, tout sel est iodé au Burkina Faso et dans tout l’espace UEMOA. Il faut donc acheter le sel iodé bien emballé et non en vrac (étalé au soleil). Pour savoir que le sel est bien iodé, il n’y a pas d’astuces. Nous devons savoir que les autorités en charge des importations font leur travail et aussi celles en charge de la distribution. Mais, les communautés et les individus doivent s’impliquer dans l’assurance de la qualité du sel iodé en n’achetant que le sel iodé bien emballé et en dénonçant les fraudeurs. Il y va de la santé de tous.

Dr Thiombiano/Coulibaly Nana

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