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DRAME DANS LES LOCAUX DE L’UNITE ANTI-DROGUE

Des morts qui doivent interpeller tout le monde

La nouvelle donnée par le procureur du Faso, fait froid dans le dos. Onze personnes ont trouvé la mort dans des conditions non encore élucidées dans une cellule de la police des mœurs à Ouagadougou, le 15 juillet dernier. Dans la foulée, les autorités ont annoncé l’ouverture d’une enquête, promettant de situer toutes les responsabilités et de sanctionner les fautifs.  En attendant les résultats de cette enquête, à Ouagadougou, chacun y va de son commentaire. Deux principales hypothèses sont avancées. La première est celle des conditions d’incarcération des détenus. Nonobstant l’exiguïté et la précarité des locaux de détention des prévenus, qui peuvent avoir causé une asphyxie, l’on pointe aussi du doigt le non-respect récurrent de la durée de la garde-à-vue.

L’autre vrai problème est l’ampleur qu’ont pris le trafic et la consommation de la drogue dans notre pays

En attendant que l’autopsie commandée par le procureur du Faso livre ses résultats, dans les spéculations, l’on n’écarte pas non plus le cas de sévices corporels aux fins d’obtenir des aveux, qui auraient mal tourné. La deuxième hypothèse est celle d’un empoisonnement. En effet, on ne le sait que trop. Les milieux de la drogue sont ceux du crime organisé et d’aucuns n’excluent pas qu’avec des complicités, des parrains, pour empêcher que les enquêtes policières remontent jusqu’à eux ou ne compromettent d’importantes sommes d’argent en jeu, aient décidé d’envoyer ad patres ceux-là qui pourraient être des témoins gênants. Même si cette deuxième hypothèse ressemble au scénario d’un film ou roman policier, elle n’est cependant pas à exclure, surtout quand on sait que le trafic de drogue est celui qui brasse le plus d’argent sur la planète. Et voilà qui, en tout cas, vient soulever cet autre problème qui est celui de la sécurité des prisonniers. Dans l’une ou l’autre des hypothèses, ces disparitions suspectes dans les locaux de la police, n’arrangent pas l’image de cette institution déjà écornée. L’on se souvient, il y a peu, que l’activiste Naïm Touré, pour ne pas le nommer, avait dénoncé sur les réseaux sociaux la mort d’un détenu dans des conditions similaires dans un violon de la police ; ce qui lui avait d’ailleurs valu des ennuis judiciaires. En remontant plus loin dans le temps, en 2011, l’on note aussi cette autre affaire similaire, celle de Justin Zongo, qui avait été à l’origine d’une grave crise socio-politique sous l’ère Compaoré. Ces drames à répétition dans l’environnement de la police, doivent sérieusement interpeller nos gouvernants. Mais au-delà de cette polémique, l’autre vrai problème que soulève ce drame en milieu carcéral, est l’ampleur qu’ont pris le trafic et la consommation de la drogue dans notre pays. En effet, ce n’est un secret pour personne que le Burkina Faso est devenu un important pays de transit de la drogue. Les saisies fréquentes opérées par les services de contrôle, donnent la mesure de l’ampleur du phénomène dans un pays où  la porosité des frontières est un atout pour toutes sortes de trafics et de contrebandes. Sans doute faut-il établir un lien entre cette nouvelle explosion dans la circulation de la drogue sur le territoire national et la montée du péril islamiste auquel le Burkina Faso est confronté. En effet, les liens entre les bandes armées qui sèment la mort et la désolation dans les pays du Sahel et les narcotrafiquants, n’ont jamais été démentis.

Les jeunes doivent prendre conscience que la toxicomanie est un chemin à risques

Cela dit, même si le Burkina Faso dispose déjà d’un Comité national de lutte contre la drogue doté d’un Secrétariat permanent qui mène des actions sur le terrain, le gouvernement doit redoubler d’efforts afin de tarir les sources de ravitaillement, surtout quand on connaît les étroits rapports qu’il y a entre le trafic et la consommation de la drogue et l’explosion de la violence dans la société.
Plus inquiétante que le trafic de la drogue est sa consommation par les jeunes, qui a gagné massivement les milieux scolaire et estudiantin. En effet, des enquêtes révèlent que de nombreux blocs de latrines ou murs d’écoles, servent de couloirs de circulation de la came au grand désespoir des enseignants et des responsables d’établissements. Même si le gouvernement a pris conscience du danger et vient de se dôter d’une stratégie nationale de lutte contre la drogue, la toxicomanie et la violence en milieu scolaire, le mal semble déjà profond. Au-delà donc du gouvernement, ce sont les familles qui, le plus souvent, font dans le déni ou s’abritent derrière l’alibi de la pauvreté pour fermer les yeux, qui sont interpellées. Les jeunes eux-mêmes doivent prendre conscience, surtout avec ce drame qui vient de se passer, que la toxicomanie est un chemin à risques. Cela dit, pour revenir au drame du 15 juillet dernier qui interpelle tout le monde, il faut que l’enquête ouverte par la Justice, aille jusqu’au bout et que les familles des victimes sachent de quoi sont morts les leurs. Cela est d’autant plus important que les enquêtes ouvertes sous nos cieux, constituent souvent la plus belle des manières pour enterrer les dossiers.

« Le Pays »

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