A la uneDialogue intérieur

ECHEC DU DIALOGUE POLITIQUE EN COTE D’IVOIRE

Pouvait-il en être autrement ?

A quelque huit mois de la présidentielle qui cristallise les passions, la situation politique en Côte d’Ivoire ne rassure guère. En effet, ce n’est un secret pour personne que l’atmosphère sociopolitique s’est chargée de souffre, depuis que les alliés d’hier sont devenus, plus que des adversaires, les ennemis jurés d’aujourd’hui. C’est ainsi que le PDCI-RDA, se sentant floué par le parti présidentiel qui semble avoir renié sa parole de le faire roi à sa suite, a pris ce dernier en grippe au point de chercher à se rendre justice en s’alliant, entre autres, au FPI de Laurent Gbagbo dont la rivalité bien connue avec le RDR, dans une guerre fratricide au sens propre du terme, a laissé trois milliers de cadavres sur le carreau dans la crise de 2010-2011. Dans le même temps, l’ex-président de l’Assemblée nationale, Guillaume Soro, présenté à tort ou a raison comme le « protégé » d’Alassane Dramane Ouattara (ADO) et entré en dissidence avec le chef de l’Etat, rumine, depuis son refuge européen, sa rage de s’être vu rappeler son passé de chef rebelle au point d’être désormais persona non grata dans son pays pour une sombre histoire de tentative présumée d’atteinte à la sûreté de l’Etat.

La crise de confiance a aujourd’hui conduit à une démarcation des lignes entre deux camps antagoniques

C’est dire si la situation, en Eburnie, était suffisamment délétère et tendue pour nécessiter l’ouverture d’un dialogue politique entre les acteurs à l’effet de trouver un modus vivendi, dans l’intérêt du peuple ivoirien. Une bonne initiative en soit. Malheureusement, après un mois et demi de discussions, le dialogue s’est refermé, le 17 février dernier, sur un constat d’échec, sans signature d’accord. Conséquence, tout le monde repart insatisfait, et l’on se demande si cela ne va pas contribuer à polluer davantage l’atmosphère sociopolitique sur les bords de la lagune Ebrié. Mais pouvait-il en être autrement ? Oui et non.  Non, si les acteurs doivent continuer à rester figés sur leur position. Et dans cette Côte d’Ivoire aujourd’hui divisée et à l’histoire politique chargée de soubresauts, où les alliances se font et se défont au gré des intérêts dans la course au pouvoir, l’on a parfois le sentiment que contrairement à ce qu’ils veulent montrer, bien des acteurs et pas des moindres de la classe politique n’arrivent pas à se départir de leur esprit de vengeance. Ainsi, si Bédié est prêt à oublier sa brouille avec Gbagbo, c’est pour aller à un rapprochement avec le FPI dans le but de faire payer sa « trahison » à ADO. Lequel s’est, entre-temps, mis à dos Guillaume Soro qui est prêt, pour assouvir sa vengeance, à se rapprocher d’un Blé Goudé qu’il a pourtant contribué à envoyer à la Cour pénale internationale (CPI) avec son mentor Gbagbo en attente de la clôture définitive de leur procès pour un hypothétique retour triomphal. C’est dire si en Côte d’Ivoire, la crise de confiance a aujourd’hui conduit à une démarcation des lignes entre deux camps antagoniques qui se regardent en chiens de faïence. Et on n’est pas loin de la veillée d’armes, dans la perspective de la présidentielle d’octobre prochain dont le compte à rebours a visiblement déjà commencé et qui, à en juger par certains comportements, semble aussi sonner l’heure de la revanche pour certains.

La Côte d’Ivoire n’a pas besoin d’une autre crise

C’est dire si dans cette Côte d’Ivoire à l’histoire politique fortement agitée, les blessures restent profondes et le pardon et la réconciliation tant serinés du bout des lèvres, semblent loin d’être fortement ancrés dans les cœurs. Comment, dans ces conditions, peut-on espérer aller à un accord si l’on doit continuer à se demander si les protagonistes ne vont pas à la table de négociations avec chacun un couteau dans le dos ? Dans le cas d’espèce, si les questions du Code électoral, du remboursement des frais de campagne au-delà d’un seuil des votes et de la recomposition de la Commission électorale, par exemple, semblent légitimes, on peut se demander si en mettant dans la balance l’abandon des charges contre Laurent Gbagbo, l’opposition n’a pas mis la barre un peu trop haut, en adoptant une position qui peut paraître maximaliste. Quoi qu’il en soit, l’on est fondé à croire qu’il pouvait aussi en être autrement. Oui, à condition que les acteurs majeurs de la scène politique ivoirienne fassent d’abord preuve de sincérité dans la recherche de la concorde, et surmontent ensuite leurs ego en mettant en avant l’intérêt supérieur de la Nation. Seront-ils capables d’un tel supplément d’âme ? L’histoire nous le dira. En attendant, on ne peut qu’encourager la classe politique à renouer le fil du dialogue pour trouver un modus vivendi dont toutes les parties se feront le devoir de respecter les termes. Ne dit-on d’ailleurs pas qu’un mauvais arrangement vaut mieux qu’un bon procès ? Cette maxime est d’autant plus à méditer qu’à l’étape actuelle de son histoire, la Côte d’Ivoire n’a pas besoin d’une autre crise. Le pays risque d’avoir du mal à s’en relever. Pourtant, si l’on n’y prend garde, c’est le danger qui la guette tant, à travers la fracture sociale et la réconciliation qui reste toujours en chantier, les ingrédients d’une déflagration dont nul ne saurait prédire ni l’ampleur ni la durée, sont, petit à petit, en train d’être réunis.

« Le Pays »

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