EMBUSCADE CONTRE UNE TROUPE AMERICANO-NIGERIENNE : L’Amérique gagnerait à sortir de sa coquille

EMBUSCADE CONTRE UNE TROUPE AMERICANO-NIGERIENNE : L’Amérique gagnerait à sortir de sa coquille

 

L’Amérique vient de subir une grosse perte qui risque d’être la plus lourde jamais enregistrée au Sahel, depuis le début de la crise malienne en 2012. En effet, une troupe américano-nigérienne est tombée hier, 4 octobre 2017, dans un guet-apens à la frontière du Mali, alors qu’elle pourchassait des assaillants qui ont attaqué le village de Tongo Tongo dans la région de Tillabéry. Le bilan serait lourd, plusieurs soldats y auraient perdu la vie, certains seraient portés disparus. C’est la preuve que les ingénieurs du mal ont repris du poil de la bête et qu’il y a urgence à mutualiser les moyens pour mieux les combattre. Cette attaque est inédite et devrait pousser le pays de l’Oncle Sam qui, jusque-là, hésite à délier le cordon de la bourse pour le financement de la force du G5 Sahel, à revoir sa position. Et s’il venait à prendre une telle décision, ce serait tant mieux.

Tant que l’Afrique sera un réservoir de djihadistes, l’Amérique n’aura jamais la paix

Car, il ne fait plus l’ombre d’un doute que l’heure est grave et qu’il est temps  d’intensifier la lutte contre les terroristes qui écument la bande sahélo-saharienne. Au-delà de l’opération entreprise pour porter la riposte, l’Amérique gagnerait à sortir de sa coquille en se déployant davantage en Afrique de l’Ouest qui, il faut bien l’admettre, est devenue un véritable sanctuaire de terroristes.  Le moins que l’on puisse dire, c’est que l’Amérique traverse une semaine noire. Faut-il le rappeler, le pays de Donald Trump a été endeuillé le 1er octobre dernier, lors de la fusillade à Las Vegas, qui  a fait 58 morts et plus de 500 blessés. Une preuve supplémentaire que l’Amérique est loin d’être à l’abri des attaques terroristes. En tout cas, tant que l’Afrique sera un réservoir de djihadistes, l’Amérique n’aura jamais la paix. Or, selon le rapport annuel de l’ONU, malgré l’accord d’Alger, les signaux sont loin d’être positifs au Mali.  . Ce document qui vient d’être rendu public  par les soins d’Antonio Guterres, n’est pas passé par ces circonlocutions hypocrites dont l’institution Onusienne a l’habitude et le secret, pour appeler le chat par son nom. La situation sécuritaire et humanitaire, estime-t-elle, s’est « nettement détériorée ». Et d’ajouter : « presqu’aucun progrès n’a été fait dans l’application de l’accord de paix », au cours de l’année écoulée. Au nombre des points qui tirent les choses vers le bas, la mise en place du DDR, le programme de désarmement démobilisation et réinsertion. Pour le patron de l’ONU, le Portugais Antonio Guterres, il est impératif que les groupes armés participent de manière active à la mise en place de ce volet de l’accord d’Alger. Et cela,  insiste-t-il, « en proposant leurs listes définitives de candidats pour le processus de DDR afin de le mettre en route une fois pour toutes ». Faute de quoi « la stabilisation et la consolidation de la paix dans le Nord du Mali resteront hors de portée », avertit le secrétaire général. Et le temps oblige les uns et les autres à se dépêcher à pas de diarrhéique, car la commission nationale du DDR a prévu d’entamer le processus le 15 octobre prochain. Le moins que l’on puisse dire, c’est que l’ONU a tiré fortement la sonnette d’alarme. Et elle est dans son rôle. Elle a d’autant plus de légitimité à le faire qu’elle est politiquement et moralement garante de la mise en œuvre de l’accord d’Alger. Un autre élément de légitimité de l’ONU, c’est que depuis le début de la crise au Nord-Mali, elle s’est énormément investie en termes de mobilisation de ressources financières et humaines pour la paix. Et bien des Casques bleus qu’elle a déployés sur le théâtre des opérations dans le cadre de la MINUSMA (mission des Nations unies pour la stabilisation  du Mali),  y ont déjà perdu la vie. L’heure n’est donc plus au langage de Normand. Il faut dire les choses telles qu’elles sont. Et c’est tout le mérite de l’ONU. C’est la preuve que quelque part, l’ONU observe la situation au Mali, comme du lait sur le feu. Mieux, qu’elle procède de façon annuelle et sérieuse à une évaluation de la situation de sorte à remettre le train malien sur les rails, à chaque déraillement. Et la cerise sur le gâteau, peut-on  dire, est que l’ONU ne se contente pas seulement de pointer du doigt les points qui stagnent. Elle indique aussi et surtout les mesures à prendre pour y remédier. Et tous ceux qui croient à la paix au Mali et qui y travaillent, doivent s’en féliciter et rendre à César ce qui est à César. Mais pour autant, l’on ne peut s’empêcher, après la publication du rapport annuel dans lequel l’ONU a étalé toutes ses vérités aux Maliens, de se poser la question suivante. Et après ? Autrement formulée, la sonnette d’alarme de l’ONU sera-t-elle entendue ? Il y a matière à nourrir quelque scepticisme. En effet, il est de notoriété publique que l’élément que les protagonistes maliens ont en commun, est la mauvaise foi. Pour faire dans l’euphémisme, certains observateurs de la situation qualifient cela de manque de confiance entre signataires de l’accord. La réalité est que bien des auteurs de la crise malienne trouvent leur compte dans l’enlisement de la situation. Et chacun y va de sa petite ruse pour qu’il en soit ainsi.

Il n’y a plus à  tergiverser

En effet, les rapines et autres trafics illicites ne peuvent prospérer que dans des zones de non-droit. La parade est toute trouvée. Tous les moyens sont bons  pour torpiller les efforts entrepris par la communauté internationale pour le retour du  droit et de la civilisation dans le Nord-Mali. Et le mal s’est métastasé au point de gagner bien d’autres régions du Mali. Les pays voisins sont à leur tour en train d’être touchés sérieusement par le mal. Il n’y a donc plus à tergiverser. L’ONU, dans l’intérêt du Mali et dans celui de la sous- région, doit mettre un  point d’honneur à aller au-delà  du rapport annuel qu’elle vient  de publier pour sonner de manière forte, la fin de la recréation. Elle doit d’autant plus le faire qu’elle connaît déjà les identités des groupes armés coupables du fait « que la stabilisation et la consolidation de la paix dans le Nord du Mali resteront hors de portée ». Mieux, l’ONU  connaît les identités de leurs chefs, ainsi que celles de leurs acolytes. L’on peut même se risquer à dire que l’ONU a une idée des pays dont la complaisance voire la connivence permet à ces chefs de guerre d’aller et de venir sur toute l’étendue de la bande sahélo-saharienne, sans courir le risque d’être alpagués. Si ces gens là n’étaient pas adossés à du solide, ils n’auraient pas eu l’outrecuidance de narguer l’ONU au point de refuser de lui communiquer les listes définitives de leurs combattants pour le processus de DDR et ce, alors que la commission nationale en charge de ce volet a prévu d’entamer le processus le 15 octobre prochain. Visiblement, cette date ne sera pas tenue. Plus que de la provocation, cela s’apparente à une défiance. Et une preuve supplémentaire, s’il en est encore besoin, que les torpilleurs de la paix au Nord-Mali sont dans cette logique,  est que les groupes armés réclament aussi des quotas dans toutes les institutions sécuritaires et pas seulement les forces armées comme initialement prévu. Et ce qui est de nature à faire perdre aux hommes de bonne foi leur latin est que malgré tout cela, le gouvernement malien s’obstine à voir plus la bouteille à moitié pleine qu’à moitié vide, en soutenant que des  avancées significatives ont été faites  dans le sens de la paix.

« Le Pays »

Articles similaires

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.

Google+